I. A PETITE MADONE DE LORD COWPER
(Château de Paii^liangcr.)
beaux groupes de la statuaire antique n'ont ni plus de souplesse ni plus de science. Mais que l'on se garde bien de croire que Raphaël cherche à imiter dans ses Madones des bas-reliefs ou des statues : il n'a pris à la sculpture que la rigueur de ses méthodes, la pureté de son style.
Le costume des Madones peintes à Florence dans ces quatre années
igo RAPHAËL. — CHAPITRE VIII.
d'une vertigineuse fécondité mériterait à lui seul une étude approfondie. Il y a un art prodigieux, des recherches incessantes dans cette apparente simplicité ! Avec les étoffes les moins riches, une robe rouge ou bleue, une tunique, un voile ou une écharpe négligemment jetée autour du cou, Raphaël a réalisé des combinaisons d'une infinie variété.
La chronologie des Madones peintes par Raphaël entre 1604 et i5oS, c'est-à-dire pendant son séjour à Florence, est pleine d'incertitudes. \'asari se borne à mentionner la Madone au chardonneret , la Madone Canig-'iani (au musée de Munich), deux petites madones otfertes au duc Guidobaldo d'Urbin, la Vierge au baldaquin, enfin une madone que l'artiste laissa inachevée en partant pour Rome, et à laquelle son ami Ridolfo Ghirlandajo mit la dernière main. D'autre part, quatre seulement des madones peintes par Raphaël à Florence sont pourvues de dates, et encore la lecture de ces dates donne-t-elle lieu à de sérieuses difficultés. En efiet, abstraction faite de la Grande Madone de lord Coivper [iboH), les meilleurs juges sont partagés sur la question de savoir si l'année marquée sur la Jlerge dans la prairie, de ^'ienne, est i5o5 ou i5oG, celle de la Sainte Famille à l'agneau, i5o() ou iSo-, celle de \ai Belle Jardinière, 007 ou i5o8. L'emploi de chiiïres romains explique ces incertitudes, l'addition ou l'enlèvement d'un trait de pinceau, semblable à un I, suffisant pour modifier la date. Ne pouvant résoudre ces questions avec une certitude absolue, nous nous attacherons à grouper les Madones de la période florentine selon leurs affinités naturelles.
On s'accorde' à placeur au début du séjour de Raphaël à Florence deux dessins à la plume, conservés l'un à Oxford, l'autre au Louvre, et tous deux reproduits ici. Le dessin d'Oxford (gravé p. i85>, est encore conçu dans les données de l'Ecole ombrienne : Marie, vue de face, la tète ceinte d'un nimbe, }' garde l'attitude timide et recueillie des Vierges du Pérugin; l'enfant lève les yeux vers elle avec une expression de mélancolie frappante, qui accentue encore le caractère religieux de la composition. Le dessin du Louvre a déjà plus de liberté, en môme temps qu'il exhale un parfum plus foncièrement raphaélesque. Ici la \'ierge, aux traits plus allongés et plus distingués, se montre de trois quarts; elle lit avec attention dans le livre qu'elle tient à la main; tandis que son fils, assis sur ses genoux, suit la lecture et joint les mains avec une sorte de fer\eur enfantine. L'attitude, le costume, l'expres-
I. Voyez notamment Si>uinoeh, Raffacl und Miclicl-An^clo, nouv. édition, t. I, pp. 8(') et suiv.
sion, marquent un progrès véritable, qui s'affirme encore davantage dans la tête de vierge de la collection de M. Malcolm (longtemps con-