L A VIERGE DE LA MAISON T E M P I
(PinacotiK'que de Mciiiicli.)
sidérée comme le portrait de la sœur de Raphaël), cette exquise étude de la plus pure jeunesse de Raphaël, comme l'a si bien appelée M. de
Chcnnevières '. Le peintre allait enfin entrer dans une voie nouvelle.
La l^ieri^v du graiid-diic-, peinte à Florence, consacre l'alîranchissement du jeune maître. Le modelé a acquis une fermeté et une sûreté inconnues à l'Ecole de l'Ombrie ; d'ambré qu'il était, le coloris est devenu clair, vif, brillant. Les types aussi s'écartent singulièrement de ceux qui étaient en honneur à Pérouse et dans les environs : plus de pommettes trop saillantes, de bouche trop mignonne, de menton trop pointu. Les contours du visage se rapprochent de plus en plus de l'ovale, la taille se redresse et s'accentue; sans être moins recueillie, moins chaste, la Vierge a des traits plus réguliers et une personnalité plus tranchée que ses aînées. On remarquera surtout les formes pleines, presque rebondies de l'enfant; l'exubérance de la vie, l'aisance des mouvements, contrastent singulièrement avec les productions antérieures de Raphaël : posé sur une des mains de sa mère, soutenu par l'autre, le « bambino » s'attache à elle avec une tendresse mêlée d'inquiétude; il fixe ses grands 3'eux sur le spectateur, et paraît hésiter entre le sourire et les larmes. Le costume de la Merge, sans s'écarter de la simplicité chère aux Ombriens, a déjà plus d'élégance; mais il est assez transparent pour ne pas cacher ses beaux cheveux soyeux, son front si pur. Le choix des couleurs montre aussi plus de recherche : le ton rouge de la robe, la tonalité bleue du manteau doublé de vert, forment une note plus gaie que dans les ouvrages antérieurs.
Pendant le cours même de l'exécution, Raphaël a réalisé des progrès considérables : dans le dessin du musée des Offices, qui forme comme la première pensée du tableau, la A^ierge offre un caractère plus hiératique; sa figure exprime une mélancolie profonde; sa tête est presque entièrement recouverte d'un pan de son manteau; la main droite, qui, dans le tableau, soutient avec tant d'amour l'enfant, pend ici négligemment le long du corps. Autant la composition définitive montre de grâce et de tendresse, autant l'esquisse est froide et triste. Raphaël, en la traçant, songeait évidemment encore à la « Mater dolorosa » du moyen âge : aux rayons du soleil de Florence, ces sombres images n'ont pas tardé à s'envoler de son esprit.
Dans la Petite Madone de lord Coivper, peinte vers i5o5, aujourd'hui conservée à Panshanger, près de Hertford, la simplicité et la
1. Les Dessins de maîtres anciens exposes à l'Ecole des beaux-arts en iSjr); Paris, 1880, p. 22.
2. Ainsi appelée parce que le duc de Toscane, Ferdinand 111 (mort en 1824), qui en avait fait l'acquisition, en lytiq, pour la modique somme de 5~ij ecus de 3 livres, était tellcnicnl épris de ce tableau, qu'il l'emporta dans tous ses vovage.; et même en exil.