‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 87 sur 327 · LA PETITE MADONE DE LORD COWPER · texte numérisé non relu

LA PETITE MADONE DE LORD COWPER

spontanéité de la composition ne sont pas moins frappantes. Tiioré a fait ressortir avec sa vivacité et .son esprit accoutumés les qualités propres à ce tableau : « La Vierge, dit-il, à mi-corps et mi-nature, est assise de face; elle a un corsage rouge, et sur les genoux une draperie bleue. Sur sa main gauche, elle porte l'enfant, comme on tient un fruit, dans la paume de la main. Lui, de ses deux bras, entoure le cou de sa mère, et de son petit pied lui foule la main droite. Ce mouvement de

K T Ll D E P O LI R U N E M A D O N E

( I nivci'sitc d'Oxford.)'

spontanéité enfantine est délicieux. Une expression de tendresse maternelle et une chaste sérénité animent la physionomie de la Vierge. Bien des artistes préfèrent les premières madones de Raphaël à celles de sa troisième manière, et le Times, parlant de cette Vierge de ]5o5, remarque justement qu'elle est plutôt l'idéal de la maternité qu'une figure composée dans un .système théologique » Nous ajouterons,

1. Ce beau dessin .se place évidemment, au point de vue chronologique, entre la Vierge de la maison Tcmpi et la Petite Madone d'Orléans.

2. Trésors d'art exposés à Manchester en iS^j, par M. W. Burger; Paris, 1857, p. 5h.

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pour compléter cette description, que le tableau a pour fond un pa3'sagc dans lequel on remarque, sur une colline, une église surmontée d'une coupole. Ajoutons aussi qu'à côté des qualités transcendantes, si bien mises en lumière par Thoré, la Petite Madone de lord Coivper offre de certaines imperfections que la critique n'a pas le droit de passer sous silence : la tète de la mère, celle de l'enfant sont trop grosses; elles jurent avec l'élégance des mains, qui, pendant cette première période de la vie du maître, sont souvent assez fortes, comme dans la statuaire antique. Quant à l'exécution, elle est facile, rapide, légère. Passavant insiste sur les tons fortement glacés des draperies, le ton brun verdàtre du premier plan du paysage, le bleu clair du fond.

L'admirable Madone de la maison Tempi, à la Pinacothèque de Munich (achetée en iS2i) par le roi Louis de Bavière pour la somme de i6 ooo scudi), marque un pas de plus. Ici les deux figures sont si intimement unies, si harmonieusement fondues, qu'elles semblent n'en faire qu'une. Quelle tendresse chez la mère! quel amour naïf chez l'enfant, qui se serre contre elle, appuyant ses joues contre ses joues, sa poitrine contre sa poitrine! quel élan chez l'un et chez l'autre! Ce sont des beautés qu'il est plus facile de sentir que d'analyser.

Rien de plus opposé à la Madone de la maison Tempi le carton du tableau se trouve au musée Fabre, à Montpellier) que la Petite Madone de la maison d'Orléans, qui, après bien des vicissitudes, est redevenue la propriété d'un membre de la famille, un amateur hors ligne, M^' le duc d'Aumale. Si dans l'une tout est vie, mouvement, élan, dans l'autre, tout est recueillement, intimité. Autant, dans la première, le talent de Raphaël parait prime-sautier ; autant, dans la seconde, l'exécution est savante-, la pensée, comme le style, y est longuement caressée; rien n'est livré au hasard : la finesse, la pondération, }' remplacent la verve, sans que le spectateur ait le courage de prononcer entre des qualités si diverses et cependant si supérieures les unes et les autres.

Passavant a imprimé, et l'on a universellement répété après lui que le fond de la Petite Madone d'Orléans avait été repeint dans la manière de Da"\ id Téniers. Mais M. le commandant Paliai'd a \ ictorieusement iX'futé cette assertion', k Passavant, dit-il, a trou^■é peu digne de Raphaël un rideau a\ ec des petits vases élégants rangés sur une tablette, et il se croit obligé de mettre ces accessoires vulgaires sur le compte d'un Flamand. Il \oudrait probablement un portique laissant xo'w un pay-

i. La Petite MdLioiic d'Orléans cl diverses erreurs de Passavant.

lÈTh Dt VIERGt . Collection de M. Malcoim.)

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