‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 97 sur 327 · ÉTUDE POUR LA VIERGE AU CHARDONNERET · texte numérisé non relu

ÉTUDE POUR LA VIERGE AU CHARDONNERET

(Collection Albcinine, à Vienne.)

reuses se confondent avec l'azur du firmament. C'est un site calme, harmonieux, une de ces contrées privilégiées faites pour fixer à toujours les amants de la nature. Et cependant, quelles que soient les beautés pittoresques du tableau, elles ne forment que le cadre destiné à renfermer une composition encore plus belle : assise sur un tertre, la jeune mère, radieuse et recueillie, est tout entière à la contemplation de son fils qui, debout devant elle, un pied appuyé sur un de ses pieds, ses mains posées sur ses genoux, fixe ses yeux sur les siens et lui sourit avec un amour sans bornes. Dans cette mutuelle contemplation, la mère et l'enfant oublient le livre dans lequel ils lisaient tout à

l'heure; ils oublient également leur jeune ami, saint Jean, agenouille devant le Christ dans l'attitude de la plus profonde vénération. Est-il une idylle plus exquise, une scène plus vivante et d'un sentiment plus élevé? C'est l'amour maternel de tous les temps et de tous les pays, dans ce qu'il a de plus pur et de plus noble.

Envisagées au point de vue plastique, les ligures ofi'rent une perfection à laquelle Raphaël n'avait pas encore atteint jusqu'alors. La Vierge est un type accompli de grâce et de modestie. Serait-il vrai, comme le veut la légende, que quelque jardinière, ou plutôt quelque marchande de fleurs (fioraja) de Florence ait servi de modèle au maître? Les « fioraje » abondent aujourd'hui encore sur les bords de l'Arno ; mais quelle est celle qui nous montrerait ces tempes pures et limpides, ces yeux si doux, cette bouche d'une finesse exquise, ces beaux cheveux d'un blond de miel ? Ce qui est certain, c'est que la « Belle Jardinière » offre un caractère d'individualité qu'il est impossible de méconnaître : c'est plus qu'une conception abstraite, c'est un portrait dans lequel le peintre n'a eu que peu de changements à introduire pour créer une figure idéale, divine. La simplicité du costume relève encore la beauté j de la jeune mère : robe rouge, bordée de noir, avec des manches jaunes étroites, fermées aux poignets; manteau bleu négligemment étendu sur les genoux et laissant à découvert les pieds nus. Voilà toute sa parure. Raphaël avait-il besoin d'étoffes brochées d'or, de riches ornements pour exprimer la noblesse?

La facture du tableau mérite de nous arrêter; le coloris est d'une ténuité, d'une égalité et d'une transparence admirables, sauf dans le manteau de la Vierge — dont le bleu opaque semble trahir la main d'un collaborateur. Il est impossible d'imaginer une peinture plus légère, plus unie et en même temps plus loyale : tout est modelé en pleine lumière, tout est rendu avec un soin également scrupuleux. Fidèle à la tradition des primitifs, Raphaël n'a entendu sacrifier aucun détail, escamoter aucune difficulté, et il l'a fait avec une sûreté, une aisance, qui tiennent du prodige. Il lui eût été facile, en multipliant les empâtements, de produire un effet plus vigoureux et de passer pour coloriste. Sa conscience s'y est refusée.

'Là Belle Jardinière semble avoir été peinte en i5()N i la date MDMI... ' qui suit la signature RAPHAELLO VRB. a été tour à tour lue ibo- et i50(S). A en juger par deux dessins, l'un ayant autrefois appartenu à Mariette, l'autre conservé à Oxford (Robinson, n" 5o), Raphaël travaillait à la Belle Jardinière en môme temps qu'à la Mise an tombeau de !

la galerie Borghèsc (i3oSj. Le tableau laissé inachevé par Raphaël fut terminé par son ami Ridolfo Ghirlandajo, Commandé par Philippe

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