PORTRAIT D INGHIRAMI
(Palais Pitti.)
HAPHAEL. 75
fois elle a toute la dureté de l'émail ; dans la Viwge au Poisson, l'intensité du coloris confine à la lourdeur. Seule, la Viwge de Foligno est peinte avec une vraie liberté de touche, une souplesse et une variété de coloration incomparables, pour ne point parler de la mise en scène, qui est aussi fraîche que libre.
Du pontificat de Jules II datent également quelques portraits, d'une superbe venue, larges et puissants ; d'abord celui du pape même, puis ceux de Bindo Altoviti, le banquier et Mécène florentin fixé à Rome (Pinacothèque de Munich), de Phèdre Inghirami, le bibliothécaire du pape (Palais Pitti), peut-être aussi de la Fornarine (Palais Barberini). Ces effigies, d'un réalisme généreux et d'une extrême variété de conception, sont plus que la représentation inexorable d'individualités déterminées : ce sont de vraies peintures de caractères.
Au cours de l'exécution des fresques de la Chambre d'Héliodore, un coup de foudre avait mis en émoi Rome et la chrétienté : Jules II, le pape bourru, fougueux et généreux, était mort le 20 février 1513 ; le 11 mars suivant, Léon X de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, était élu à sa place : le nouveau successeur de saint Pierre ne comptait que trente-huit ans; à une ambition désordonnée pour la grandeur de sa maison, il joignait l'amour le plus ardent pour la gloire, le culte le plus passionné pour l'art sous toutes ses formes : poésie, musique, architecture, sculpture, peinture.
Héritier du goût le plus sûr et de la politique la plus perfide dont l'Italie ait gardé le souvenir, Léon X ignorait les sublimes envolées à la façon de Jules II : il était avant tout l'amateur; on serait tenté de dire : l'épicurien le plus fin, le plus voluptueux. Les arts mineurs l'intéressaient autant que les créations transcendantes 'd'un Michel-Ange ou d'un Raphaël: la tapisserie, l'orfèvrerie, la gravure en pierres dures, tous les raffinements, enfin, rivalisaient dans son esprit avec les chefs-d'œuvre qui s'appelaient le Moïse, la Rencontre de saint Léon et d'Attila, YIncendie du Bourg, la Bataille de Constantin.
Si, comme son prédécesseur, il se prit de la plus tendre admiration pour Raphaël, il abusa de cette organisation, riche à la fois et délicate, en l'accablant de travaux qu'un autre eût peut-être menés à fin avec autant de succès. En un mot, s'il lui avait voué le même culte, — et la postérité a le devoir de l'en glorifier, —il ne sut pas endiguer suffisamment sa productivité. Ne lui demanda-t-il pas de peindre des décors de théâtre, de donner des consultations d'architecte, de faire des expertises ! Raphaël, entre ses mains, devint un instrument de politique : il lui servait à faire sa cour aux potentats dont il avait besoin. C'est ainsi qu'il dut peindre pour François 1 er la Sainte Famille, aujourd'hui au Louvre.
Raphaël a immortalisé, dans l'incomparable portrait du Palais Pitti, cette nature d'épicurien, cet amateur si clairvoyant et si libéral.
Il nous est permis de glisser sur les deux dernières
Cliché Haiilstaend.