‹ RaphaëlChapitre 13 sur 18 · PORTRAIT DE BINDO ALTOV1TI · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE BINDO ALTOV1TI

(Pinacolhèque de Munich.)

Stances ou Chambres, celle dite de Y Incendie du Bourg et la Salle de Constantin, car Raphaël, dès lors accablé de travail, ne put peindre de sa main qu'une partie des compositions. Tel est Y Incendie du Bourg, qu'il a enrichi de quelques groupes merveilleux.

En outre, dès lors, l'influence de Michel- Ange, d'un côté, celle des modèles antiques, de l'autre, lui firent trop souvent sacrifier les effets de peinture à la recherche d'effets relevant plutôt de la statuaire.

Y! Incendie du Bourg (souvenir d'un miracle accompli, au ix e siècle, par le pape Léon III, à l'occasion d'un incendie) abonde en épisodes d'un pathétique splendide ; mais déjà le maître a renoncé à relier ses groupes en une commune synthèse, violant ainsi une des règles fondamentales de son art. 11 abuse en outre des réminiscences classiques (telle l'allusion à la Fuite d'Enée, emportant sur ses épaules son père Anchise et conduisant par la main son fils Ascagne), non moins que des effets anatomiques, ceux-ci inspirés de Michel-Ange (tel le jeune homme nu qui se laisse glisser le long d'une muraille). S'abandonne-t-il à lui-même, il crée les groupes si émouvants des femmes agenouillées au centre, affolées, serrant contre elles leurs enfants ou implorant le Pape, qui apparaît au fond de la scène, à une des loges du Vatican. Un second groupe, non moins merveilleux, est formé par les porteuses d'eau : l'une, qui passe à un jeune homme une cruche pleine; l'autre, qui, les draperies battues par le vent, apporte une double provision

d'eau dans des récipients, analogues aux amphores antiques. Raphaël a retrouvé ici toute sa verve, la fierté de son dessin, sa puissance dramatique.

La Salle de Constantin ne fut terminée qu'après la mort de Raphaël par ses élèves, notamment Jules Romain.

On y remarque surtout la grandiose lutte entre Constantin et Maœence, qui, depuis plus de trois siècles, n'a cessé de servir de modèle aux peintres de batailles.

La décoration des « Stances » n'était pas terminée que déjà Léon X commandait à Raphaël les cartons des « Loges », galerie ouverte qui s'étend en avant des Stances et d'où l'on jouit d'une vue incomparable sur Rome. La fresque, les stucs, un pavement émaillé, toutes les ressources de l'art furent mis en œuvre pour l'embellissement de cette galerie, qui a perdu malheureusement une bonne partie de ses ornements. Les petites coupoles reçurent cinquante-deux sujets, représentant des scènes de l'Ancien Testament, depuis la Création jusqu'à la Construction du Temple de Salomon, plus quatre scènes du Nouveau Testament. Raphaël toutefois ne fournit que les cartons d'une partie de ces compositions. Dès lors, il était débordé et surmené ; il lui fallait s'en remettre à ses élèves du soin d'achever ce qu'il ne pouvait qu'esquisser.

Dans cette illustration de l'Ancien Testament, dans ce que l'on a appelé la Bible de Raphaël, il a abordé l'histoire de la Création et celle du peuple d'Israël, non seulement

Cliché Alinari.

LÉON X ENTRE DEUX CARDINAUX. (Palais Pilli.)

avec cette sincérité et cette loyauté qu'il mettait dans toutes ses créations, mais encore avec une intelligence rare des sujets à traiter. Il a rendu à merveille la haute poésie de la Bible, tour à tour épique ou lyrique. Autant il y a de grandeur dans les scènes de la Création, dans lesquelles il s'est d'ailleurs inspiré de Michel-Ange, autant il y a de grâce dans les fraîches idylles qui s'appellent lsaac et Rébecca, Moïse sauvé des eaux.

Dans la composition du cadre destiné à enchâsser ces joyaux, Jean d'Udine, un des élèves tavoris de Raphaël, déploya une imagination et une grâce incomparables. Il faut étudier un à un ces centaines de motifs pour en apprécier toute l'originalité et tout le charme : ces oiseaux, ces insectes, qui témoignent du goût le plus vif pour les beautés de la nature ; ces imitations de camées antiques, ou encore ces scènes familières : les élèves de Raphaël occupés, qui à broyer, qui à passer un carton au poncis, qui encore à transporter le carton sur la fresque. Les ornements proprement dits, les rinceaux, entre autres, au milieu desquels folâtrent toutes sortes de quadrupèdes ou de volatiles, sont d'une élégance inimitable.

Entre temps, Léon X commandait à son favori les cartons des tapisseries destinées à compléter la décoration de la chapelle Sixtine; pour thème de ces compositions, il lui indiqua, par une inspiration heureuse, les Actes des Apôtres. On ne pouvait plus à propos rappeler, dans la chapelle particulière des souverains pontifes, les origines mômes de

la Papauté, la mission confiée à saint Pierre, ses Miracles, la Conversion de saint Paul, sa Prédication à l'Aréopage, et tant d'autres scènes augustes. Le sujet avait été rarement abordé avant Raphaël : aussi celui-ci, ne se sentant gêné par aucune formule, l'attaqua-t-il avec une incomparable sincérité ; il se pénétra, comme pas un, de l'esprit des récits de saint Luc et en traduisit par le pinceau l'éloquence à la fois grave et populaire. Son interprétation est devenue inséparable du texte sacré, qu'elle a encore renforcé, si possible : nous avons peine à nous figurer la Pêche Miraculeuse, la Remise des Clefs, le Châtiment d'Ananie, la Prédication à l'Aréopage, le Sacrifice de Lystra, autrement qu'il ne les a présentés. Le souverain maître des élégances s'est mis à la portée des humbles ; il a trouvé les accents qu'il fallait pour ouvrir à ses images les cœurs des plus simples.

Aucun interprète n'est entré plus profondément dans l'esprit de ces scènes augustes, aucun n'y a mis plus de pathétique. Les Actes des Apôtres vont de pair avec la Dispute du Saint Sacrement et les Madones. Ils comptent parmi les œuvres les plus originales, les plus fortes, de Raphaël. Le maître y a mêlé, dans certaines parties, la peinture de genre à la grande peinture d'histoire : tel est le second plan de la Prédication de saint Paul à Athèneé t avec la gamme des impressions produites sur les visages des braves bourgeois athéniens par les paroles de l'apôtre. Le réalisme y tient plus de place que partout ailleurs; il triomphe surtout dan$ les figures et les paysages du fond.

Cliché Hanfstaenïl.

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