‹ RaphaëlChapitre 16 sur 18 · SAINTE CÉCILE EN EXTASE · texte numérisé non relu

SAINTE CÉCILE EN EXTASE

(Pinacothèque de Bologne.)

graphies d'artistes, se faisait l'écho de la douleur universelle lorsqu'il s'écriait: « Bienheureuse ton âme, ô Raphaël ; le inonde entier se prosterne devant tes œuvres ! Et la peinture, que n'est-elle descendue dans la tombe avec toi I Lorsque tu fermas les yeux, pour elle aussi la lumière s'éteignit. C'est à nous maintenant d'imiter les modèles parfaits qu'il nous a laissés, et de conserver dans nos cœurs son souvenir gravé en traits ineffaçables ; car «'est par lui que nous avons vu l'art amené à cette perfection que nous n'osions espérer. » — Il n'est aucun d'entre nous qui, à trois siècles de distance, ne s'associe à cet éloquent hommage rendu au prince des peintres.

Devant cette iin prématurée, on se demande lequel vaut mieux : ou de mourir ainsi, à la fleur de l'âge, ou de se survivre, comme Michel- Ange. La réponse n'est pas douteuse. La postérité a un faible pour ceux qui disparaissent avant d'avoir pu tenir toutes leurs promesses. La curiosité et l'attrait de l'inconnu ou du mystérieux s'en mêlant, elle se passionne pour les brusques dénouements, qui laissent son imagination libre de compléter à sa guise la trame du roman. En cela encore, Raphaël fut heureux.

Si, au moment de prendre congé de Raphaël, nous essayons de résumer en un petit nombre de traits sa mission en quelque sorte providentielle, nous sommes éblouis par l'incomparable variété de ses aptitudes, par la portée et la grandeur des conquêtes réalisées pendant sa trop courte carrière.

De toutes parts, évidemment, les Ecoles d'Italie convergeaient vers le but suprême. Mais s'il appartient à l'effort patient d'une génération de préparer le terrain propice r seul le génie possède le privilège de faire pousser, aux germes déposés avant lui, des fleurs radieuses. Les prédécesseurs de Raphaël — et combien d'entre eux ne s'étaient pas distingués au premier rang ! — avaient assoupli la technique, jeté les bases de la perspective et de l'ordonnance, résolu des difficultés sans nombre ; ce qui leur manquait, c'était la perfection suprême. Après eux r il était possible de faire mieux ; après Raphaël, on pouvait ouvrir de nouvelles routes : il était impossible de s'élever plus haut.

Les historiens ou philosophes qui soutiennent qu'entre l'artiste et son milieu il y a une corrélation fatale et comme un pacte inéluctable, se trouvent fort embarrassés quand on leur oppose l'exemple de Raphaël. Assurément, la société à laquelle appartenait le Sanzio était une des plus policées, des plus intellectuelles qui fussent jamais ; la distinction de ses manières ne pouvait que se refléter dans l'œuvre de son immortel interprète. Mais cette société était aussi une des plus corrompues dont l'histoire ait gardé le souvenir. Son antagonisme avec les généreuses aspirations du peintre d'Urbin saute aux yeux. Est-il, dans la longue suite des annales de l'art, un œuvre qui respire plus de pureté et debonlesse, qui incite davantage à la résignation, au sacrifice, à l'héroïsme ? Les plus hautes vertus s'exaltent au spec-

Cliché Alinari

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