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LA TRANSFIGURATION

(Pinacothèque du Vatican.)

tacle de tant de figures idéales, et cependant si vraies, si vivantes. Quel incomparable concert que celui où éclatent Fingénuité de l'enfance, l'héroïsme de l'adolescence (les deux Saint Georges), la foi dans la parole d'un maître, la sécurité d'une sainte Marguerite, l'abnégation, l'ardeur au sacrifice, l'indignation contre le mal (les Anges qui frappent Héliodore), le mélange de rudesse et d'honnêteté dans les Actes des Apôtres (les «haillons divins» de saint Pierre et de saint Paul), l'indicible mélange de virginité et de maternité chez les Madones, la douleur de Marie sanglotant sur le cadavre de son fils, sainte Cécile ravie en extase, l'humilité de saint Paul, déchirant ses vêtements à la vue des honneurs que les habitants de Lystra s'apprêtent à lui rendre ! Et rien de tout cela ne sent l'effort; rien n'est ni compassé, ni froid, ni sec, comme chez le Poussin, par exemple. Tout déborde de vie, d'une vie saine et généreuse. Bref, ce ne sont pas Qes acteurs qui jouent un rôle appris : ce sont les contemporains mêmes du maître qui traduisent leurs convictions propres, tout comme celles de leurs prédécesseurs ou celles de la postérité.

Mais, me répliquera-t-on, assez d'autres artistes ont fait de la peinture littéraire. Greuze n'a-t-il pas voué son pinceau à la glorification de la vertu, au châtiment du vice ? Lui donc aussi a été un grand éducateur !

Quelle hérésie ! Chez Greuze, tout est voulu et calculé. Chez Raphaël, comme chez la plupart des artistes de la Renaissance, tout est spontané et ingénu. L'un court droit

au but et se contente d'une sorte de schéma ; l'autre, peintre autant que poète, s'arrête, chemin faisant, pour résoudre toutes sortes de problèmes techniques : groupement imprévu et harmonieux, bel effet de raccourci, piquant contraste ou accord parfait de couleurs, savantes combinaisons de lignes ; incomparable dans l'expression du visage, les attitudes, les gestes, il ne s'entend pas moins aux arrangements de draperies : toges aux plis savamment disposés, tuniques et manteaux d'un jet ample, gracieuses toilettes déjeunes filles. Or toutes ces difficultés vaincues doublent, décuplent l'impression morale ; par cela môme que le thème principal est mieux enveloppé, il exige de la part du spectateur un effort d'interprétation plus grand et comme une collaboration, faite pour l'associer plus étroitement à la pensée du peintre.

Elargissant la voie inaugurée par Léonard de Vinci et Michel-Ange, Raphaël — qui appartint, quatre années durant, à l'Ecole florentine — acheva de dégager, de l'observation de la réalité, les éléments de beauté qui y étaient contenus.

Spiritualiste autant qu'artiste, il se préoccupait de masquer sous les formes les plus poétiques ce qu'il y a de mesquin ou de misérable dans la condition humaine. Cette recherche du beau sous tous ses aspects n'était à ses yeux que la preuve d'une vie bien ordonnée, le triomphe de l'esprit sur la matière, un défi porté aux agents de la destruction, et un perpétuel c ^xcelsior ».

Cliché Neurdein.

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