LE COURONNEMENT DE LA VIERGE
(Pinacothèque du Vatican.)
les yeux, Padolescent laisse échapper à tout instant des figures trouvées, venues d'un jet et comme ailées.
Peut-être Raphaël demanda-t-il également quelques conseils à son compatriote Timoteo Viti, qui, rentré à Urbin en 149S, y rapportait les enseignements de la primitive École de Bologne, telle que celle-ci s'incarnait en Francesco Francia. Nous savons du moins que les deux artistes se lièrent d'une vive amitié.
Il n'est pas impossible que cette première époque, encore si mystérieuse, ait vu naître le charmant petit tableau de la « National Gallery » de Londres, le Songe du Chevalier. L'œuvre est d'une fraîcheur délicieuse, et cependant déjà pleine de promesses. Elle peut manquer de fermeté dans la pâte, mais offre une rare délicatesse de touche : on admire les beaux bleus, les beaux roses et jusqu'à la bordure vert-pomme du manteau du chevalier. Le paysage est limpide et profond. Mais que serace si nous nous attachons à la conception même : à ces deux jeunes femmes, si ingénues, si gracieuses — la Volupté et la Vertu, — debout aux côtés du dormeur, tenant l'une une fleur blanche, l'autre une épée et un livre. C'est tout un poème que le jeune artiste a condensé en quelques décimètres carrés.
Les tuteurs de Raphaël — et lui-même tout le premier — comprirent qu'un milieu tel qu'Urbin, dont l'activité s'était ralentie depuis la mort du duc Frédéric, n'offrait
pas de ressources suffisantes pour un débutant, désireux d'être plus qu'un honnête peintre provincial, à la façon de Giovanni Santi. Aussi fut-il décidé qu'il entrerait dans l'atelier d'un maître célèbre, dont la gloire rayonnait sur toute l'Ombiïe : Pierre Pérugin, le chef de l'École de Pérouse.
Quelques mots, avant d'aller plus loin, sur cet artiste si considérable. Pietro Vannucci, surnommé le Pérugin en raison de son long séjour à Pérouse, était né dans les environs, à Gittà délia Pieve, en 1446. Il avait fait ses premières armes dans l'Ombrie et avait achevé son éducation à Florence, dans l'atelier de Verrocchio, où il avait eu pour condisciple Léonard de Vinci. Sa longue carrière (il mourut en 1521, un an après son immortel disciple) est marquée par une douzaine de pages maîtresses : vers 1480, les fresques de la chapelle Sixtine; en 1495, la, Déposition de Croix, du palais Pitti; en 1496, Y Ascension , du Musée de Lyon ; vers 1498, la Madone de Pavie ; en \ 500, les fresques du « Cambio » ou salle des changeurs de Pérouse ; puis Y Apparition de la Vierge à saint Bernard, à la Pinacothèque de Munich, etc.
L'on admet aujourd'hui que Raphaël entra dans l'atelier du Pérugin vers 1499, au moment où le maître allait commencer la décoration du « Cambio » (etnon en 1495, comme on la longtemps cru). Il comptait alors seize ans environ.
Entre 1499 et 1502, le débutant peignit quelques Madones et quelques tableaux de sainteté encore assez timides: la
Cliché Atlnari.