LE MARIAGE DE LA VIERGE
(Musée de Brera à Milan.)
Vierge de la collection Solly (au Musée de Berlin), la Vierge entre saint François et saint Jérôme (au même musée), la Vierge au Livre (au Musée de l'Ermitage).
De bonne heure, le paysage — des sites riants — se taille sa place dans les tableaux religieux du jeune maître. Encore timide, presque embryonnaire, dans la Vierge de la collection Solly, et dans la Vierge entre saint François et saint Jérôme, il offre déjà beaucoup de charme dans la Vierge au Livre : ce dernier tableau nous offre un lac, des monticules parsemés de fabriques, des arbres au tronc élancé et au feuillage rare.
En 1503, Raphaël s'affirme par une œuvre personnelle et puissante : le Couronnement de la Vierge, destiné à l'église Saint-François-de-Pérouse (aujourd'hui à la Pinacothèque du Vatican). Il y ajouta une prédelle représentant Y Annonciation, Y Adoration des Mages et la Présentation au Temple. Le grand homme est déjà là tout entier avec ses hautes qualités: sa poésie, son culte de la forme. Il se montre en outre coloriste excellent ; ses tons sont chauds et lumineux. La composition finale, malgré des réminiscences de Y Ascension du Pérugin (au Musée de Lyon), nous révèle un maître, et non plus un élève. Admirons d'abord la parfaite netteté de l'ordonnance : dans les airs, le Christ assis à côté de la Vierge et lui posant une couronne sur la tête; autour d'eux, des anges d'une grâce achevée ; dans le bas, les apôtres rangés autour du tombeau vide de la Vierge ; saint Thomas tenant la ceinture que celle-ci lui a laissée, saint Pierre avec les clefs, saint
Paul avec l'épée ; les autres diversement émus ; toutes figures nobles ou touchantes.
Dans le voisinage de Pérouse, la petite ville de Cittàdi Castello, naguère illustrée par le séjour de Luca Signorelli, se montra particulièrement hospitalière au jeune Urbinate. Il y peignit une bannière représentant la Création d'Eve et la Crucifixion, puis un Christ en croix, de grandes dimensions, le Mariage de la Vierge, enfin le Couronnement de saint Nicolas de Tolentino.
Comme Ton prend plaisir à voir le débutant, si prompt à l'assimilation, et cependant si porté à l'indépendance, se dégager graduellement, parfois en bonds rapides, des formules qui gênent son essor ! La bannière de Città di Castello nous le révèle tout péruginesque encore, mais avec je ne sais quel accent et quel charme en plus ; si les types ont encore quelque chose de timoré, quelle liberté et quelle ampleur dans les attitudes ; quelle chaleur dans la mimique ! Ne regrettons pas trop qu'il n'ait pas plus de science, pas plus de souplesse : il aurait moins de sincérité. Or, à mesure que l'on approche des temps modernes t l'on s'aperçoit qu'il y a encore quelque chose de plus rare que les prodiges de l'exécution, quelque chose de plus rare que l'esprit : je veux dire la fraîcheur des impressions et l'éloquence qui vient du cœur.
Dans le Christ en croix (collection de M. Mond, h Londres), l'influence du Péiugin se trahit par un certain maniérisme (les figures, trop élancées, et presque grêles,.
Cliché Alioari.