Garde-meuble du palais
2. Cette délicate opération fut faite, sur l'ordre de Léon XII, par Domenico Succi, d'Imola. La fresque en souffrit beaucoup. Son harmonie première fut irrévocablement compromise.
3. On a longtemps attribué cette fresque à Pietro délia Francesca, et elle est en effet digne de lui; mais Pietro délia Francesca étant devenu aveugle en 1469, ne peut avoir peint le pape Sixte IV en 1475. On sait en outre, par la chronique manuscrite de Gobelli, que Melozzo da Forli peignit pour la bibliothèque pontificale des portraits qui semblaient vivants : Fe' molle dipinlorie al papa Sislo magne e belle , et fe' la libreria del detlo papa, et certo quelle cose pareano vive. Le même fait est encore plus nettement affirmé par Raffaello Mattei, de Volterre, qui mentionne spéciale-
trois d'entre eux , ceux de Sixte IV, de Platina et du cardinal Julien délia Rovere, l'histoire de l'art est fixée; sur les trois autres, on ne peut formuler que des hypothèses. On est généralement porté à voir parmi ces derniers Gérôme et Raphaël Riario \ Nous croyons pouvoir y reconnaître aussi Clément délia Rovere, un autre
ment le pape assis dans la chaise pontificale et entouré des familiers de sa maison : Sixtus in sellâ sedens, fmiiliaribus nomiiillis adstanlibus. {Antropologia Pictorum in temporis in Dasileœ; 1530, lib. XXf, p. 245. Voyez aussi le Commentaire de la Vie de Benozzo Gozzoli, dans le Vasari de Le Monnier, t. IV, p. 200.)
\ . Girolamo Riario serait placé le dernier à la gauche de la fresque, derrière Platina. Il est plus petit que tous les autres et assez mal venu. Sa tête est coiffée de longs cheveuK blonds, son visage est fatigué, ses traits sont usés et sans noblesse d'expression. Il porte comme vêtement une longue robe rose ouverte par devant et doublée d'une fourrure fauve. Tel serait le personnage pour lequel Sixte IV rêvait de si brillantes destinées. — Quant à Raphaël Riario, on devrait le chercher dans le long jeune homme que Melozza a mis également derrière Platina, à côté de la précédente figure. Ses longs cheveux, d'un blond hasardé, coiffent la tête comme est coiffée celle du précédent personnage. Le visage est mou, insignifiant, sans caractère. La robe est longue, bleue, doublée aussi de fourrure, et taillée sur le même patron que la robe de Girolamo. L'âge de ce personnage conviendrait surtout à l'âge que devait avoir alors Raphaël Riario, dix-sept à dix-huit ans. 3Ialheureusement l'histoire dit qu'après la mort de Pietro Riario, Raphaël Riario, âgé de dix-sept ans, hérita de tous les bénéfices ecclésiastiques de son frère, et alors le costume ne pourrait être celui du personnage. Il est possible cependant qu'une année encore se soit écoulée avant que ce jeune homme ait été investi de ses nouvelles dignités et ait pris l'habit de son état. Ce sont là de très obscures questions, qui laisseront toujours prise à bien des doutes. Les éditeurs de Vasari ont donné à cette figure le nom de Giovanni délia Rovere.
neveu de Sixte lY^ Ce qui est certain, c'est qu'on a là le premier des portraits dont se puisse autoriser l'iconographie de Jules II. Ce tableau offre en outre cet intérêt particulier de nous introduire de plain-pied dans l'intimité d'un pape régnant et d'un pape futur, de Sixte IV et de Julien délia Rovere, qui sera Jules IL Or, des six personnages réunis dans cette peinture, un seul, sans être de vieille noblesse encore, pourrait parler de ses aïeux, et c'est celui-là même qui se tient agenouillé devant les cinq autres. Bartolomeo Platina, de la famille des Sacchi, était né en lliid ou 1^20 sur le territoire de Crémone, et avait suivi la carrière des armes. Bientôt, cependant, les lettres l'avaient réclamé; il était devenu le disciple de Victorin de Feltre, et avait alors substitué au nom de ses pères le nom de sa ville natale, Piadena, qu'il avait latinisé selon le goût du temps et dont il avait fait Platina. Conduit à Rome par le cardinal de Gonzague et placé
^. Clément délia Rovere serait le personnage qui s'entretient avec le cardinal Julien délia Rovere et qui lui fait face. Vêtue d'une simple soutane noire, sa figure disparaît en partie derrière la figure du pape. La tête porte la grande tonsure. Les traits ont quelque chose de lourd et d'empâté. Nous verrons, dans la suite de cette étude, une médaille dont la face représente Julien délia Rovere, et dont le revers montre le buste de Clément délia Rovere. Nous signalerons alors entre ces deux têtes une relation analogue à celle qu'il y a entre les deux portraits peints par Melozzo da Forli. C'est sur cette médaille que nous fondons notre opinion. Les commentateurs de Vasari désignent ce personnage comme étant le cardinal Pietro Riario. Mais Pietro était mort depuis un an au moins quand Melozzo peignit sa fresque. On n'aurait pas, d'ailleurs, repré-
par Pie II dans le Conseil des Abbreviatori ^ ^ persécuté, emprisonné, torturé par Paul II % il était rentré en faveur sous Sixte IV % et ce pape, qui lui conférait la garde des trésors littéraires accumulés au Vatican, n'avait pas même un nom c|ui lui fût propre ^ .
Sixte IV ne se rattachait par aucun lien au patriciat de la Péninsule. Son aïeul paternel, Leonardo, dont l'histoire n'a pas gardé le nom patronymique, avait
senlé en simple soutane noire un homme élevé par Sixte IV au faîte des honneurs, quand on peignait en costume de cardinal Julien délia Rovere, bien moins haut placé que lui. Cette figure est enfin beaucoup trop jeune pour être celle de Pietro Riario.
\ . Ce Conseil ou Collège, créé par Pie II, fut détruit par son successeur.
2. Platina avait été compris dans la persécution générale que Paul II ordonna contre tous les membres de l'Académie fondée par Pomponius Lœtus.
3. Ce fut en 1475 que Platina fut nommé préfet de la bibliothèque yaticane. Il mourut à Rome en 1481, âgé d'environ soixante ans. Il écrivit la Vie des Pontifes romains.
4. Plalina, de profil à droite, est agenouillé en face de Sixte ÏV. Il a pour vêtement une longue robe d'un violet foncé, sans manches, passée par-dessus une tunique écarlate doublée d'hermine. Cette tunique, nouée au col, est frangée de blanc par la chemise, qui la dépasse légèrement. La tète est couverte de cheveux grisonnants et encore abondants. Le visage est soigneusement rasé. Les traits sont spirituels, énergiques et régulièrement accentués. L'index de la main droite est tendu en avant. Ce geste très simple est à la fois très expressif et très énergique. La figure de Platina, puissante et noble, calme et courageuse, est en parfait accord pittoresque avec le caractère moral de l'indomptable écrivain qui brava la torture et triompha des persécutions.
laissé six enfants^ : Francesco, Luchina% Franchetta% Maria \ Bianca et Raffaello ^ L'aîné, Francesco, de-
1. Leonardo, que certains écrivains appellent Leonardo Beltramo, avait épousé en premières noces Luchina Monleoni, et, en secondes noces, Selvaggia di Giuliano da Valditaro. On ne sait laquelle de ces deux femnnes lui donna ses enfants. Quelques historiens donnent aussi pour père à Leonardo un Giacomo, d'autres un Pietro, d'autres encore un Leonardo. (Lilta.)