‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 111 sur 133 · Vasari, t. XX, p · texte numérisé non relu

Vasari, t. XX, p

4. C'est ici qu'il faudrait placer le portrait de Jules II peint par Albert DUrer dans le tableau fameux de la Fêle du Rosaire. Un portrait de Jules II de la main d'un maître tel qu'Albert DUrer serait un des monuments les plus précieux de l'iconographie du xvi" siècle, s'il était le résultat de l'impression personnelle du peintre en présence du modèle vivant. Malheureusement il n'en est rien; ce n'est là qu'une œuvre de seconde main.Diirer se servit, pour ce portrait, de la médaille de Caradosso, dont il affaiblit l'empreinte et dont il germanisa l'expression. Dans ces conditions, ce portrait, bien qu'appartenant à une œuvre de premier ordre, est pour nous d'un intérêt secondaire. « Le sujet du tableau était la glorification de la Vierge dans la Féle du Hosaire. L'empereur Rodolphe II l'acheta moyennant une grosse somme. On prétend que le tableau, emballé avec le plus grand soin, fut porté de Venise à Prague sur les épaules de quatre hommes vigoureux, l'empereur ayant craint que les cahots d'une voiture ne l'endommageassent. Sur l'ordre de Joseph 11, la précieuse image, avec d'autres tableaux, fut enlevée de la colleclion impériale de Prague. Elle devait être transportée à Vienne, mais elle se perdit, on ne sait comment, et plus tard elle fut acquise par les Prémontrés de Prague, pour l'abbaye de Strahow. Au milieu d'un riant paysage et devant une tenture vert sombre bordée de pourpre, la Vierge est assise sur un trône avec l'Enfant Jésus; elle porte un vêtement bleu, et les boucles de ses cheveux ont la couleur de l'or. Auprès d'elle on voit saint Dominique, qui fonda le culte du Rosaire, et "plusieurs anges qui mettent sur la tôle des personnages agenouillés devant eux des couronnes de roses naturelles. Au milieu se

Deux faits considérables dans l'histoire de l'art appartiennent à cette année J508, au commencement de laquelle fut inaugurée à Bologne la statue en bronze de Jules II : le 10 mai, Michel-Ange commence de peindre les voûtes de la chapelle Sixtine, et vers le même temps Raphaël met la première main aux fresques de la Segnalura, dans l'une desquelles il devait deux ans plus tard laisser le premier des portraits qu'il ait faits de Jules II. Gomme oppositions sanglantes à ces calmes et merveilleux ouvrages, se déroulent des tragédies sans nombre, dont le pape est proclamé le héros et dont l'Italie devait être la victime. Déjà en 1507, Louis XII avait soulevé l'Europe contre

trouvent le pape et l'empereur, le premier couronné par l'Enfant Jésus, le second couronné par la Vierge, tous deux couverts d'amples manteaux rouges. Le manteau du pape est enrichi de perles et brodé d'or ; saint Pierre et un pélican sont représentés dans la bordure. Nous avons là devant nous Maximilien F"" et Jules IL Que Durerait voulu faire le portrait non seulement de Maximilien, mais aussi celui de Jules II, c'est ce que l'on reconnaît sans hésitation en comparant la tête du pontife avec la médaille que le saint-père fit graver par Garadosso quand furent posées les premières assises de Saint- Pierre (1506). Diirer n'eut pour se guider que des médailles, et la petite dimension de ces médailles explique comment le maître a un peu adouci et germanisé la tète du pape délia Rovere, puissante comme celle d'un taureau. » {Histoire d'Albert Dûrer, par M. Thausing, traduction de M. G. Gruyer, p. 264.) M. Thausing s'en prend au petit module de la médaille de Garadosso pour expliquer ce que le portrait de Jules II, introduit par Albert Diirer dans la Fête du Rosaire, peut avoir d'insuffisant. La médaille de Garadosso, cependant, est assez grande, assez nettement caractérisée surtout, pour que le maître de Nuremberg ait pu se renseigner avec sécurité. I 20

Venise. Jules II, en 1508, reprend pour son compte cette conjuration, qui aboutit à une ligue générale .contre les Vénitiens, a usurpateurs des droits impériaux et voleurs des biens d'Église^ ». Grâce à cette ligue antipatriotique, la papauté reconquiert les villes sur lesquelles elle s'arrogeait des droits, R avenue, Gervia, Faenza, Rimini, Brisighella ; mais les clefs de la Péninsule sont livrées à l'Allemagne, qui devient dès lors l'arbitre suprême des destinées de l'Italie. Toute l'année 1509 est remplie du bruit des exploits de la Sainte-Alliance'. Ces prétendus triomphes étouffèrent-ils dans le cœur du pontife le remords d'avoir une fois encore ouvert à l'étranger les portes de la patrie? On ne sait; mais, ce qui est certain, c'est que Jules II, dès que les places de la Romagne furent tombées en son pouvoir, se tourna contre ses alliés^ et fit la paix avec Venise. La république vénitienne, usant du droit de légitime défense, avait résisté à la plus injuste agression. Représentée par ses ambassadeurs, elle se prosterna aux pieds du pontife, et, le 24 février 1 510, elle reçut l'absolution de son crime. Même crime allait être commis avec plus de succès par le duc de Ferrare, dont Jules II convoitait égale-

1. Ligue de Cambrai conclue, le 10 décembre 1508, contre Venise, entre le pape Jules II, l'empereur d'Allemagne Maximilien 1", le roi de France Louis XII, le roi d'Espagne Ferdinand F**, l'Angleterre, la Hongrie, les princes de Savoie, de Ferrare et de Mantoue.

%. Bataille d'Agnadel, U mai 1509.

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