‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 112 sur 133 · L'Allemagne et la France · texte numérisé non relu

L'Allemagne et la France

ment les Etats. A deux reprises différentes, en mai et octobre, l'interdit et l'excommunication furent lancés contre Alphonse d'Esté, a ce fils de l'iniquité, ce disciple de perdition* », que le pape en personne alla combattre. Jules II partit de Rome au commencement de septembre 1510 et alla établir son quartier général à Bologne, où il tomba malade et faillit mourir. Ce fut pendant cette maladie qu'il laissa pousser sa barbe, et, depuis lors, par suite d'un vœu peut-être % il ne la coupa plus.

Tout portrait représentant Jules II sans barbe est donc antérieur à la fin de 1510. Or, de 1506 à 1510, c'est-à-dire du moment où Jules II obéit à sa vocation belliqueuse jusqu'au jour où la mort vient lui donner un premier avertissement, l'iconographie du pontife, la statue de Michel- Ange ayant été détruite, ne peut fournir que quelques médailles ou monnaies, sur lesquelles la tête du pape offre un caractère presque identique à celui que nous connaissons déjà.

]. Ce sont les termes de la bulle du 14 octobre 4510. Le roi de France, Charles d'Amboise et le maréchal de Chaumont furent frappés des mêmes peines. La bulle prescrit à tous les évêques et à tous les curés de publier la sentence d'excommunication tous les dimanches et jours de fête, après avoir allumé des cierges et ensuite les avoir éteints en lançant des pierres en présence de la croix de Jésus-Christ, au bruit des cloches. (Guerra, t. II, p. 396, bulle Decet Romanum.)

%. Paris de Grassi, maître des cérémonies de Jules II, n'est pas absolu dans son affirmation. II dit seulement que le pape laissa pousser sa barbe à la suite d'un vœu, ou pour quelque autre raison. (Paris de Grassi, Journal manuscril.)

Parmi ces médailles ou monnaies, il faut citer en première ligne celles qui consacrent le commencement des travaux de fortification du port de Givita-Vecchia. Ce fut au mois de décembre 1508 que le pape posa la première pierre de la forteresse dont Michel-Ange avait donné les plans. Voilà donc encore une date précise, à laquelle nous retrouvons le portrait de Jules II. Le buste, vêtu de la chape, est de profil à gauche. La tête est nue, plus dégarnie de cheveux sur les tempes que dans la médaille de 1506. Les traits, résolument accentués, ont une énergie qui confine à la dureté : le front est contracté, le regard tendu, la bouche plus menaçante que jamais. Ce portrait, autour duquel on lit : ivLivs LiGVR PAPA SECVNDvs, cst d'ailleurs très inférieur d'exécution au portrait de Garadosso. Au revers, une forteresse avec ces mots : portvs CENTVMCELLiE % émerge des flots sur lesquels naviguent trois petites barques. Gette médaille en bronze est attribuée à Francia-. — Une autre médaille de même module, mais en or, donne également, d'un côté le portrait du pape, de l'autre côté le château fort projeté par Michel-Ange. La tête de Jules II, toujours de profil à gauche, y est molle d'exécution, sans caractère et sans style, et le nom italien de givita vegchia est écrit au-dessus de la forteresse.

A l'année 1508 aussi appartient probablement le

4. Centumcellœ est le nom que portait Givita-Vecchia dans l'antiquité.

% Elle mesure 0™,035 de diamètre.

portrait gravé sur la médaille de bronze qui témoigne de la mise en œuvre du palais de San Biagio. La via Giulia ayant été ouverte au Campo marzo^ Jules II voulut réunir en un même point de cette voie nouvelle tous les offices et tribunaux, dispersés et mal aménagés dans les différents quartiers de Rome. Bramante commença donc un vaste palais, non loin du Tibre ^ La consécration de la première pierre de cet édifice se fit avec solennité, et fut rappelée par une médaille de bronze à l'effigie du pape. Le portrait de Jules II, sur cette médaille, étant le même que sur la médaille consacrée à la forteresse de Givita-Yecchia (décembre 1508), il y a lieu de croire qu'à la même date correspond également la médaille de San Biagio ^ Nous n'avons rien à dire de ce portrait, puisque nous venons de le regarder déjà.

L'année 1509, à son tour, fournit un nouveau portrait de Jules II, gravé sur la face d'une médaille d'or au revers de laquelle est le temple de Lorette. La tête du pape est nue encore et de profil à droite; la chape est le vêtement qui continue à être adopté, et on lit au-

4, La mort surprit Bramante et Jules II au milieu de cette entreprise, qui resta inachevée. On voyait encore, au temps de Vasari, ce que Bramante avait déjà construit de ce palais. On remarquait surtout un temple corinthien non terminé et des soubassements que l'on regardait avec admiration (Vasari, t. VII, p. 134). Au temps de Bottari déjà, il ne subsistait presque rien de ces ruines. On ne voit plus aujourd'hui que quelques débris intéressants encore des anciennes constructions.

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