Michelet, Histoire de France, t. VII, p
hommes; il n'en continue pas moins les approches, loge sous le feu, et, le 2i janvier 1511, entre par la brèche sans le moindre souci de son caractère de prêtre \ Sous le soldat, néanmoins, le moine aussitôt reparaît. Dans l'enivrement de la victoire, le pape songe à Notre-Dame-de-Lorette, et envoie bien vite à la Santa Casa un des boulets qui avaient pénétré dans sa tente pendant le siège. Il y joint un devant d'autel brodé d'or, deux chandeliers d'argent massif, et un crucifix d'argent rehaussé de ciselures d'or, sur lequel il fait graver cette inscription : ivlivs ii, pontifex
MAXIMVS, DEIPAR^ VIRGINI LAVRETAN.E DIGAVIT ANN . 1511 .IN HOC SIGNO VINCES.
Jules II fit sa rentrée à Bologne le 30 janvier 1511. (( Ce fut une grande joie pour le peuple, écrit Paris de Grassi, de voir ce pape, vénérable par son âge et par sa longue barbe, monté, comme un jeune guerrier, sur un cheval fringant, quasi juvenis bellicosus equo desultorio veherelur. Il était en simple rochet et sans étole ; on ne portait pas devant lui le Saint-Sacrement, et cet air belhqueux flattait plus que tout l'appareil pontifical. )) Ce triomphe fut consacré par une médaille d'or à l'effigie du pontife, qui fut gravée à Bologne par
1 . Il paraît certain que, dans cette campagne contre la Mirandole, Jules H se fit accompagner par Rramante et par Giuliano da San Gailo. Ces deux architectes furent employés comme ingénieurs militaires pendant le siège de la Mirandole, et contribuèrent, diton, à la reddition de cette place.
2. Paris de Grassi, Journal mamscril, n° 5165, t. II, p. 200.
PORTRxVlTS DE JULES II.
Francia au commencement de 1511. Le buste de Jules II est de profil à droite, vêtu de la chape, avec cette inscription : ivlivs secvndvs ligvr. p. m. La tête est nue et, pour la première fois, le visage apparaît avec toute sa barbe. Voilà le pape tel qu'on est accoutumé de le voir dans les peintures de Raphaël, le pape différent de ce qu'il était sur les médailles antérieurement gravées. Au revers, un cavalier en train de poursuivre deux fantassins et de renverser une femme sous les pieds de son cheval, est terrassé par un ange, armé d'un des rayons de la lumière divine. On lit au bas de ce bas-relief : contra stimvlvm ne calcitres ; nul ne se peut soustraire à l'invincible aiguillon, c'està-dire au pape, avec qui Dieu combat contre les hordes barbares qui ont envahi l'Italie*. C'est, sous une forme abstraite, la même allégorie apologétique que Raphaël
1. L'antique devise de Rome, S. P. Q. R., se voit sur le bouclier qui s'échappe du bras du cavalier. « Saint Paul sur le chemin de Damas» serait, d'après les numismates les plus autorisés, le sujet de cette composition (M. Armand, les Médailleurs italiens des
et xvie siècles, p. 60). Nous pensons que notre explication est plus en rapport avec la situation. Le Contra stimulum ne calcitres s'adapte d'ailleurs parfaitement à l'un et à l'autre de ces sujets. — On aUribue aussi à Francesco Raibolini (le Francia) l'écu d'or qui porte, au droit, les armes des Délia Rovere, et, au revers, la figure de saint Pierre. Vasari cite cette monnaie avec de grands éloges; mais elle n'est probablement pas de la main de Francia. On ne reconnaît avec certitude, comme étant de Francia, que la médaille de Jules II et les médailles très antérieures de Jean II Bentivoglio (mcccclxxxxiiii). Ces dernières ont servi de types pour les monnaies de Jean II Bentivoglio.
allait développer bientôt avec une incomparable éloquence dans la fresque d'Héliodore,
Pendant que Jules II, qui de bonne foi se croyait le messager de la vengeance céleste, se portait contre Ferrare, Trivulce prenait Bologne, y rappelait Jean Bentivoglio et déchaînait la fureur du peuple contre le légat pontifical et contre la statue du pape^ Trivulce se vengeait ainsi de la perte de Mirandole, qui appartenait à sa fille. Il aurait pu du même coup s'emparer de Jules IL Louis XII ne le voulut pas. Toujours sous la dépendance d'Anne de Bretagne, qui était restée fidèle au pape, il continuait cette « guerre à genoux », dont chaque victoire coûtait à la France autant qu'une défaite. Jules II put donc se réfugier à Ravenne, d'où il se hâta de revenir à Rome^ En passant par Rimini, il vit à la porte de la cathédrale les affiches qui annonçaient, pour le 1'' septembre, l'ouverture d'un concile général convoqué à Pise par le roi de France et l'empereur d'Allemagne en vue de sa révocation. Il para le coup, en convoquant lui-même, par une bulle du 16 juillet, le concile deLatran... Au mois d'août, accablé de fatigues sans être abattu par les revers, il tombe malade à Rome, se croit perdu, met ordre à ses affaires, et le bruit de sa mort se répand un moment;
1. Le cardinal Alidosio, légat du pape, fut chassé de Bologne, et la statue de Jules II, par Michel-Ange, fut précipitée du haut du portique de San-Petronio et brisée en mille pièces.