‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 122 sur 133 · Cette main pend nalurellement le long du corps · texte numérisé non relu

Cette main pend nalurellement le long du corps

crevés sont fixées à l'épaule et tombent jusque sur les mains. Les chausses s'engagent dans des souliers de velours noir, très découverts et attachés sur le cou-depied par de longs cordons. Par l'accent personnel, par l'élégance et par le goût particulier de l'ajustement, cette figure est bien un portrait; par la noblesse, par la simplicité, par un certain air de grandeur auquel elle atteint sans effort, elle se place avec dignité sur le terrain de la peinture d'histoire. Que ce soit là IM arc- Antoine, c'est ce qu'affirme le témoignage des contemporains et ce que confirme la tradition. Le portrait placé par Vasari, dans son édition de 1568, en tete de la vie du célèbre graveur, est une véritable preuve \ Ce portrait, gravé sur bois, est en effet la reproduction presque textuelle, mais en contre-partie, du portrait peint par Raphaël dans la fresque lléliodore. Vasari, ayant du voir Marc-Antoine, n'a pu se méprendre. Nul doute ne semble donc possible sur l'identité du personnage.

On ne sait rien d'ailleurs de Marc- Antoine, on ne le connaît que par ses œuvres. Vasari, Malvasia et leurs copistes ont à peine noté les dates approximatives de sa naissance et de sa mort. Marc -Antoine naquit à Argine, près de Bologne, probablement vers l/l80, car son portrait, peint par Raphaël dans VlIéJiodore, en 1512, représente un homme de trente ans au moins. La plupart des biographes, cependant, Heineke, Bartsch,

-1. Tome II, p. 294.

Passavant, le font naître en I/188. Pourquoi? Ils ne le disent pas. De sa famille, on ne saurait rien non plus, si M. Benjamin Fillon, un de nos plus infatigables chercheurs, n'avait découvert récemment les mots suivants sur le titre d'un exemplaire de VAulu-Gelle in-8° sorti des presses Abdines en 1515 :

Sum Andrée Raymundi et amicorum

Nunc est Marci Antonii Raymundi, ejus filii^

Voilà donc un autographe de Marc-Antoine % dans lequel Marc-Antoine lui-même nous apprend le nom de son père, André Raimondi. Sur le feuillet de garde du même livre, André Raimondi a écrit de sa main le prix d'acquisition : duobus juliis cum dimidio emplus^, et il a ajouté des notes marginales au cours du volume. Marc-Antoine, d'après le portrait de Raphaël, devait être un homme bien né, élevé dans un bon milieu, cul-

'I. « J'ai retrouvé la formule «... et mnicorum », ajoute M. Renjamin Fillon, adoptée un peu plus tard par Grolier, sur un exemplaire de la Divine Comédie, imprimée à Milan en 4 478, qui a appartenu à Giovanni Pontano, dont il porte aussi Xex-dono à Nic- C0I6 del Vasto. »

2. Voir les excellenles raisons données par M. Renjamin Fillon sur la valeur de cet autographe. {Gazelle des Beaux- Arts du l'^'- mars 1880.)

3. « Acheté deux jules et demi. » Les jules étaient une monnaie d'argent dont nous avons eu Toccasion de citer plusieurs exemplaires au cours de cet ouvrage. Cette monnaie, frappée sous Jules II, fut émise encore sous le nom jules par les papes suivants, bien qu'elle portât alors de nouvelles effigies pontificales, les effigies des papes régnants.

tivé d'intelligence, pouvant marcher de pair avec les personnages distingués de son temps. Jusqu'à présent, cela n'était qu'une présomption; désormais c'est une certitude. Marc-Antoine était fils d'un lettré et avait une culture intellectuelle qui l'élevait au-dessus du commun des artistes. Très jeune encore, il fut admis dans l'école de Francia (Francesco Raibolini) et ses premières estampes furent gravées d'après des dessins de son maître. Dès l'année 1504, il avait conquis une notoriété dont le poète Giovanni Achillini rendit témoignage ^ Pî/rame et T/iisbé^, une de ses premières estampes, est datée de 1505. Le Satyre surprenant la nymphe^, Vénus sortant de la mer"^, l'Amour et les trois enfants^, portent la date de 1506. Saint Jean l'Evangéliste et saint Jérôme^, qui sont de la même année, montrent à quel point il cherchait dès lors à se perfectionner par l'étude des maîtres allemands. En 1509, il se rendit à Venise, où il reproduisit nombre d'autres gravures du maître de Nuremberg"^. L'année

1 . Marc-Antoine avait fait le portrait d'Achillini. (Voir le Viridario, composé en 1504 et édité à Bologne en 1513j.

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