Voyez le Vasari de Lemonnicr, t. VIII, p. 27, noie
portrait que Jules Romain a fait de lui-même, d'autre part dans le Yasari de 1568 le portrait gravé en tête de la vie du peintre, on peut reconnaître, à bien des années de distance dans ces deux portraits, le jeune homme que Raphaël a peint en 1512 dans la fresque vaticane. La construction du front, le dessin des yeux, la forme du nez, le sentiment de la bouche, se retrouvent sans trop grande difficulté. On peut donc regarder comme vrai le portrait de Jules Romain dans la fresque d'//eliodore^,
Jules Romain était né à Rome en 1492. On ne sait rien de sa famille ni de ses commencements, sinon que très jeune encore il entra chez Raphaël, qui le prit comme aide et se l'attacha comme élève. Raphaël trouva dans ce jeune homme les plus heureuses qualités jointes au plus absolu dévouement. Très bon dessinateur, doué d'une grande force de travail et d'une facilité rare, Jules Romain devint presque aussitôt pour son maître un puissant auxiliaire. Raphaël en faisait grand cas dès 1512, puisqu'il plaça son portrait, en même temps que celui de Marc-Antoine, dans la fresque d'Héliodore. Dans cette fresque même, on saisit déjà le caractère du pinceau de Jules Romain et on le remarque avec une accentuation plus marquée
1. Jules Romain se plaça lui-même au milieu des portraits qu'il introduisit dans la fresque de la Salle de Constantin, où il représenta la Donation de Charlemagne au pape saint SUvestre. il plaça également djins cette fresque le portrait de Balthazar Castiglione. '
dans la fresque d'Attila, De 1512 à 1520, il est peu d'ouvrages de Raphaël auxquels Jules Romain n'ait travaillé. Raphaël concevait et dessinait un sujet; Jules Romain ébauchait la peinture, que le maître reprenait ensuite et à laquelle il donnait les dernières touches. Malheureusement, le temps et les restaurations ont chassé l'âme de beaucoup de ces tableaux et n'en ont laissé que le corps. Jules Romain n'en était pas moins un élève admirable, et Raphaël, qui l'aimait tendrement, lui légua en mourant la plus grande partie de ses biens. Devenu chef d'école à son tour en 1520, il tomba de très haut. Le talent, un talent considérable lui resta, mais de génie il n'en fut plus question. Regardez les fresques de Psyché au palais de la Farnésine à Rome et au palais du T à Mantoue : dans les unes, Jules Romain, travaillant sous l'inspiration de Raphaël, plane sur les sommets ; dans les autres, où il ne relève que de lui-même, il descend avec rapidité la pente de la décadence. Cinq ou six ans à peine séparent ces deux œuvres. Quelques années encore, et, dans la Salle des Géants la chute sera complète... Devenu citoyen de Mantoue, Jules Romain épousa Elena Guazzo Landi, dont il eut deux filles, Virginia et Griselda, et un fils, qu'il nomma Raphaël. Il mourut à cinquante-quatre ans, le 1^' novembre 1516, au moment où l'on songeait à lui confier la direction des travaux de Saint- Pierre, vacante par la mort d'Antonio da San Gallo^
i. Le 4" janvier '1547, Rlichel-Ange fut nommé nrrhitecte de Saint-Pierre.
Eût-il été à la hauteur d'une pareille tâche? Gela est douteux ^ .
Portrait de Giovanni Pietro de Foliari. — Un
cinquième personnage fait également partie du cortège de Jules II et par conséquent du portrait même du pape, tel que nous l'avons compris dans son ensemble et dans ses parties complémentaires. Ce personnage accompagne les parafrenieri et se trouve à la droite de Marc- Antoine, sur le premier plan de la fresque. Il passerait devant nous peut-être tout à fait inconnu, si Raphaël ne l'avait chargé de nous livrer son nom. Il porte, en effet, de la main droite une barrette noire et un parchemin sur lequel on lit ; /o Petro de Foliariis Cremonens. Jean-Pierre de Foliari, de Crémone, était secrétaire délie Memoriali h la cour de Jules II. Il se présente de profil à droite. Son visage, tout à fait imberbe, garde l'empreinte de la jeunesse, et ses traits, quoique réguliers, ont un accent individuel très nettement caractérisé. De longs cheveux, séparés au milieu de la tête, tombent en épais bandeaux plats jusque sur le col. Le front est haut et intelligent, l'œil beau et limpide, le nez moyen, la bouche grande et spirituelle. Une longue robe recouvre un justaucorps à manches bouffantes. Ce vêtement, très échancré,