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PORTRAIT DIÎ JULES II AU PALAIS PITTI

Voir Jules II dans les chambres vaticanes et regarder ensuite son portrait dans la galerie du palais Pitti, c'est passer du rêve à la réalité, de l'apologie à l'histoire, de la vérité conventionnelle à la vérité vraie.

Nous voici enfin devant une œuvre qui est un portrait dans la stricte acception du mot, et qui ne saurait être autre chose qu'un portrait. Jules II y est représenté à la fin de sa vie, après la maladie de 1511 et après les désastres de 1512. Ce portrait est, par conséquent, de la même époque à peu près que VHéliodore et la Messe de Bolsène, et il a servi sans doute de modèle aux portraits apologétiques qui se trouvent dans ces fresques. C'est d'ailleurs l'unique portrait proprement dit que la peinture ait laissé de Jules II. Cela paraît étrange quand on considère l'importance du personnage et le nombre des peintres de premier ordre c{ui auraient pu se le disputer. Cela prouve en même temps combien l'usage du portrait était peu répandu au commencement du xvr siècle. Les peintres rappelaient volontiers dans leurs fresques et dans leurs tableaux les traits de leurs contemporains; mais de véritables portraits, ils en faisaient peu, et la qualification de peintre de portraits, qui de nos jours désigne toute une classe de

peintres, n'existait pas en ce temps-là. Rapliaël seul fut admis à l'honneur de faire le portrait de Jules II ^

Ce portrait, entièrement peint de la main du Sanzio, est d'une coloration vigoureuse et chaude. La figure se détache sur un fond perdu de couleur verte. Le costume, très simple et sans la moindre superfluité d'ornementation, est traité de manière à mettre en relief la tête et les mains, étudiées avec le plus grand soin.

Jules II donna cette peinture à Sainte-Marie-du- Peuple, qui était l'église de prédilection des délia Rovere . Vasari et Sandrart la virent encore dans cette église, où elle était publiquement exposée les jours de grandes fêtes ^ Quand et comment devint-elle la propriété des

4. Vasari parle des portraits de Sixte IV et de Jules II peints par Titien (Vasari, Tiziano da Cadore, t. XIII, p. 32j ; mais ces portraits n'étaient que de simples reproductions faites, au dire même de Vasari, en 4543. La galerie Pitti possède encore le portrait de Sixte IV. Quant au portrait de Jules II , on ne sait pas ce qu'il est devenu. En même temps et à la môme date que ces deux portraits, Vasari mentionne le portrait de François P'' quand ce prince était jeune. C'est également une œuvre de seconde main.

2. Vasari dit que ce portrait était accompagné d'une Vierge, peinte par Raphaël vers le môme temps. (Vasari, t. VIII, p. Sandrart, en 4 575, c'est-à-dire un an après la mort de Vasari, signale encore ces deux tableaux à Sainte-Marie-du-PeupIe. On pense que le tableau de la Vierge, dans lequel Vasari parle d'un sainl Joseph, fut acheté en MM par un Romain du nom de Girolama Lottorio et donné par lui à la Santa Casa, d'où le nom de Vierge de Loretta sous lequel fut depuis désignée cette peinture. On connaît plusieurs répétitions de la Vierge de Loretle, mais on ne sait pas précisément où est le tableau original. (Voir les Vierges de Raphaël et V Ico7io graphie de la Vierge, t. III, p. 310.)

Médicis? On l'ignore. De nombreuses répétitions en avaient été faites sous les yeux de Raphaël, plusieurs même furent sans doute retouchées de sa main. Chacun des possesseurs de ces belles copies a prétendu avoir le tableau original, et de nombreuses discussions se sont élevées à ce sujet. Le portrait de la galerie Pitti est celui qu'il faut regarder comme authentique. Là, Raphaël a tout écrit de sa main. Ailleurs, ce ne sont que des transcriptions revues et corrigées par lui^ Ce

]. La plus remarquable de toutes les répétitions du portrait de Jules II avait été faite sous les yeux de Raphaël, pour le duc d'Urbin. Elle revint, par droit d'héritage, à la grande duchesse Vittoria, femme du duc Ferdinand II de Médicis. Raphaël a dû retoucher cette copie. Cependant, bien que l'exécution y soit magistrale, il y manque quelques-unes des qualités essentielles qui constituent une œuvre originale. Les vêtements sont lourdement traités, les mains sont relativement faibles, la couleur des chairs a poussé au noir. Ce beau portrait est à la Tribune de Florence. — D'autres copies, plus ou moins remarquables, se trouvent encore au palais Pitti; dans les galeries Corsini, Torlonia et Rorghèse, à Rome; dans la galerie royale de Turin; au musée de Rerlin (cette copie, que Rumohr attribue à Sébastien del Piombo, provient de la galerie Giustiniani); à la National Gallery de Londres ; chez miss Rurdett Coûts, à Leight Court, près Bristol (cette copie est des plus belles). Il y en avait une aussi dans la galerie d'Orléans ; elle fut vendue en Angleterre moyennant trente-six livres sterlings, en 1800. Une autre, provenant de la succession des ducs de Moncade, a été vendue à Paris en 1826. On connaît également plusieurs têtes d'étude qui passent pour avoir servi de préparation à ce portrait. La plus belle de ces têtes est à Alton-Tower, près Ashbourn, chez le comte de Shrewsbury ; une autre se voit dans la collection Marco Rossi, à Urbania ; une troisième a passé de la collection de Lucques en Angleterre. (Voyez l'assavant, Raphaël d'Urbin et son père Giovanni Sanlij t. H, p. 94.)

portrait est resté, même au point de vue de la conservation, une œuvre de premier ordre ^ Le carton, dessiné à la pierre noire et piqué pour les nécessités du décalque, se trouve h la galerie Gorsini, à Florence.

Le pape, vu de trois quarts à droite, est assis dans la sedia gestatoria, dont les bras sont garnis de velours rouge, et dont les montants sont surmontés de glands en bronze doré frangés d'or. Le bras et la main gauches du souverain pontife reposent sur le bras gauche du fauteuil. Le coude droit est appuyé sur le bras droit du siège, et la main droite, ramenée vers le milieu du corps, tient un mouchoir de linge blanc. A l'index, à l'annulaire et au petit doigt de chaque main , sont passées des bagues ornées de chatons en pierres précieuses ^ Le vêtement se compose d'un rochet blanc plissé et d'une aumusse en velours rouge garnie d'hermine. La tête est coiffée d'un bonnet en velours rouge aussi et doublé d'hermine également. Ce bonnet couvre le haut de l'oreille et dégage assez le front pour qu'on puisse juger de son développement. Le méplat si bien accusé de l'os frontal, dans cette tête vue presque de face, réporni parfaitement à la ligne si ferme du profil de Caradosso^ Les yeux, ombragés d'épais sourcils blancs, sont remplis d'intelligence et de vivacité. Ils

1. Malgré le nettoyage qu'on lui fit subir au commencement de notre siècle, pendant son séjour au musée Napoléon.

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