L'a\ant-bras droit
tous ses poiiraits, a le visage soigneusement rasé. Pourquoi Raphaël l'aurait-il ici affublé d'une fausse barbe? Quanta Raphaël lui-même, bien qu'on le retrouve assez volontiers dans cette jeune et charmante tête si gracieusement coiffée d'un casque en forme de béret, d'où s'échappent de longs cheveux tombant jusque sur le dos, on ne peut cependant alfirmer aucune ressemblance précise. Ce que prétendent certains auteurs* ne peut donc être tout au plus qu'une supposition. 11 n'y a là rien qu'on doive considérer comme un document, ou même comme une indication. C'est une de ces légendes attrayantes à recueillir, mais qui n'apportent aucun renseignement sérieux sur la physionomie dont nous cherchons en ce moment les premières traces.
Les fresques de la libreria du Dôme de Sienne ont fourni prétexte à pareilles imaginations. Dans la Canonisation de sainte Catherine, notamment, on a nommé Raphaël en compagnie du Pinturicchio. Rumohr les a reconnus l'un et l'autre sur le premier plan à gauche, au milieu des personnages, qui, tenant un cierge, assistent pieusement à cette cérémonie. Assurément, on peut supposer des portraits dans toutes ces figures marquées d'un sentiment individuel si vivement ressenti. Il est certain que Pinturicchio a pris à côté de lui ses modèles, qu'il leur a conservé la physionomie de son temps et qu'il s'est même gardé de rien
1. Entre autres Passavant. Raphaël et son père Giovanni Santi, t. I, p. 51.
changer à leur costume. Mais, dans cette jeune figure vêtue des chausses à braguette et du justaucorps siennois des premières années du xvr siècle, aucun accent décisif ne vient lever les doutes en faveur de Raphaël. Quand bien même, à force de bonne volonté, on trouverait quelques traits d'analogie, pourrait-on s'autoriser d'une si lointaine ressemblance? Si, d'ailleurs, Rumohr est affirmatif en présence de cette peinture, d'autres historiens ne le sont pas moins devant les autres fresques de Pinturicchio. Longhena, par exemple, a confondu Raphaël avec le page qui tient la barrette du doge Gristoforo Moro, dans la fresque où l'on voit Pie II arrivant à Ancône afin de hâter le départ de la flotte pour la croisade. Outre qu'aucun signe particulier n'indique qu'on ait là un portrait, ce petit page représente un enfant d'une douzaine d'années tout au plus, et Raphaël avait vingt ans déjà quand Pinturicchio décorait Isblibreria, Pungileoni, de son côté, a découvert Raphaël parmi les personnages qui se pressent au Couronnement de Pie 11^ et Rehberg a confirmé cette découverte. Enfin, on s'est imaginé d'assimiler Raphaël avec ^Eneas Silvius Piccolomini lui-même, alors que celui-ci reçoit le laurier poétique des mains de l'empereur Frédéric III. On ne s'est pas demandé s'il était admissible qu'un peintre osât se substituer, ou substituer un peintre de ses amis ^
1. On sait que si Raphaël prit part à l'invention de quelquesunes de ces fresques, il resta étranger à leur exécution.
lil RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.
au personnage principal d'une telle scène, quand ce personnage surtout avait pris rang parmi les papes, et l'on a été longtemps à reconnaître ce qu'il y avait d'invraisemblable, presque de ridicule, dans une pareille fable!... Reléguons donc encore dans le do~ maine de la légende ces prétendus portraits, et, sans chercher davantage à nous renseigner en dehors de Raphaël, interrogeons, sur Raphaël, Raphaël luimême.