‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 15 sur 133 · PORTRAIT DE RAPHAËL DESSINÉ PAR LUI-MEME · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE RAPHAËL DESSINÉ PAR LUI-MEME

Le dessin que possède l'université d'Oxford a passé pas les collections Wicar, W. Ottley, Harman. On le regarde comme le propre portrait de Raphaël à l'âge de seize ans environ. Raphaël étant né en 1483, ce dessin remonterait à la dernière année du xv" siècle. La tête, de grandeur naturelle, est exécutée au crayon noir et rehaussée de blanc. Elle est de trois quarts à gauche, presque de face, dessinée avec élégance et modelée avec délicatesse. Le haut du vêtement apparaît seul et est à peine indiqué. Les traits, quoique très jeunes, semblent avoir pris déjà leur harmonie définitive. Ce n'est plus là un enfant, et ce n'est point encore un homme; c'est l'image d'un état intermédiaire, mélange de grâce et de réalité, qui flotte dans

le rêve de la première jeunesse et fait déjà pressentir la maturité.

Ce dessin est-il de la main de Raphaël? L'allure du crayon, l'aisance et la légèreté des contours, la grâce pour ainsi dire native de l'exécution, ne permettent pas d'en douter. Sont-ce bien là, comme on l'admet généralement, les traits du lils de Giovanni Santi? Une étude attentive des parties essentielles du visage autorise à le croire. Ces grands yeux au regard profond, pensifs, curieux, naïvement étonnés, si bien ouverts sur les choses du dehors et d'où jaillit en même temps avec un si doux éclat la flamme intérieure; cette bouche, bienveillante et fine, d'un si ravissant contour et d'une accentuation si particulière; la forme du visage, l'attitude de la tête, les longs cheveux tombants qui encadrent les joues d'une façon virginale, la manière si individuelle dont la barrette est ramenée sur le front ; le col, à la ligne ondulante, qui porte, comme une tige flexible, cette gracieuse image, semblable à une fleur en train de s'épanouir; l'air de grande distinction répandu sur la figure..., tout cela ne produit-il pas une impression presque décisive? Si l'on rapproche enfin ce dessin du portrait authentique, et si l'on mesure de part et d'autre les distances qui séparent chacun des traits, le nez de la bouche et celle-ci du menton, la bouche des yeux et ceux-ci l'un de l'autre, ne trouve-t-on pas les mêmes relations, et ces relations étant, dans le visage humain, ce qui varie le moins d'âge en âge, n'est-on

point autorisé à reconnaître le portrait de Raphaël dans le dessin d'Oxford? Une seule considération ferait hésiter, c'est la remarquable beauté de ce dessin et l'invraisemblance d'une telle précocité de talent; mais cette invraisemblance devient vraisemblable quand on considère d'abord que cette esquisse, très sommairement crayonnée, est loin encore de constituer un véritable portrait, quand on se rappelle ensuite que Raphaël dessinait vers la même époque le Petit saint Martin dont Pérugin s'emparait avec admiration*; quand on songe que bientôt devaient paraître les premières Vierges évoquées par cette âme si ingénument éprise de l'idéal, et que le délicieux petit tableau du Rêve du chevalier allait prouver à quel point cette jeune imagination était possédée de l'amour du beau.

Cette première image marque donc comme un point de départ. 11 faut en garder la fraîche impression ^

. Quelques années plus tard Pérugin exécuta^ au revers de la même feuille, l'esquisse d'une de ses plus belles peintures, le Baptême du Christ. Ce dessin (nous l'avons dit déjà dans la note 1 de la page 41), appartient à l'Académie Staedel, à Francfort.

2. Ce portrait a été reproduit en fac-similé par la lithographie de M. Lorin ZoUner pour l'édition allemande de M. Passavant. On le trouve aussi, en réduction, dans les reproductions de la collection d'Oxford. M. Brown, enfin, en a fait une très belle photographie. — Nous ne parlons pas du dessin du Rritish Muséum, qui nous donnerait également, dit-on, un portrait et un dessin de Raphaël, et se rapporterait à peu près à la même date que le

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