‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 22 sur 133 · I . Passavant, t. II, p · texte numérisé non relu

I . Passavant, t. II, p

Prenons les œuvres en elles-mêmes, regardons-les comme elles sont, et, faute de preuves authentiques, tenons pour certain que l'explication la plus simple est celle encore qui a pour elle les meilleures chances. La Vierge de saint Luc a, d'ailleurs, subi les plus graves avaries, les plus fâcheuses restaurations, et il est difficile de voir bien clair au travers de telles ruines. Cette peinture, quelle que soit l'année où elle a été achevée, n'en contient pas moins un très intéressant portrait. Si ce portrait ne porte pas l'empreinte directe et vivante de l'exécution du maître, il conserve l'accent sincère d'une œuvre faite avec cœur par un élève et par un ami de Raphaël. Le peintre qui a exécuté cette figure était pénétré non seulement des traits de Raphaël, mais de son esprit. La manière du maître ne lui était pas non plus étrangère, et il continuait, en la complétant par un touchant commentaire, une œuvre dont la première invention avait très probablement appartenu au Sanzio. Quel était cet artiste ? De sérieuses présomptions font songer à Francesco Penni. On pourrait proposer d'autres noms et se lancer dans des discussions assez vides. Ce qui n'est pas douteux, c'est que chacun des peintres de l'école romaine aurait voulu personnifier, dans Raphaël, le peintre de la Vierge, et le placer à côté du saint patron de la peinture. Il est non moins sûr que tous les artistes contemporains se seraient associés à cette glorification. La Renaissance était loin de prendre au sérieux les grossières images attribuées à

saint Luc; elle voyait simplement, dans l'Évangéliste, le peintre au sens figuré de la mère de Dieu, c'està-dire l'historien sacré auquel on doit la narration des mystères de la maternité divine ; elle regardait en même temps Raphaël comme le peintre par excellence, au sens propre et réel, de la Vierge et de l'enfant Jésus. Réunir dans une même pensée saint Luc et Raphaël, c'était, du même coup, consacrer la tradition et rendre hommage à la vérité ^

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