PRÉFACE. V
ce voir la beauté. Notre admiration pour Raphaël n'est point exclusive. L'admiration qui ne pourrait se partager sans s'affaiblir, loin d'être un privilège, deviendrait une servitude; au lieu de grandir et de fortifier l'âme, elle l'énerverait, en la rendant incapable d'émotions en présence des manifestations multiples du beau. C'est à l'amour qui nous a si souvent ramené vers cette jeunesse des arts naissants, de la fin du xni' siècle à la fin du xv% que nous devons d'aimer particulièrement Raphaël. On ne comprend bien un tel homme qu'en le rattachant aux longues générations qui l'ont préparé, qu'en connaissant tous les éléments qui sont entrés dans la formation de son génie. Les métopes de Sélinonte précèdent celles du Parthénon, comme les anges du moyen âge précèdent les lumineux archanges de la grande Renaissance. Avant de montrer les rapports du Sanzio avec l'antiquité, n'avons-nous pas étudié les relations du moyen âge et de la Renaissance tout entière avec l'art classique ^ ? N'est-ce pas |)ar l'intermédiaire des innombrables Madones qui, des premiers âges chrétiens au commencement du XVI® siècle, avaient exalté la foi des peuples et le génie des peintres, que nous avons