‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 5 sur 133 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

été amené jusqu'aux Vierges de Raphaël^? Et ne voit-on pas l'horizon s'agrandir et reculer à mesure qu'on avance dans de semblables études?

Raphaël, peintre de portraits, va nous faire entrer dans l'intimité du monde où lui-même a vécu. On l'a dit avec raison, l'histoire n'est souvent que le plus mal informé des tribunaux. L'étude que nous tentons ajoutera peut-être quelques notes à des dossiers qui demeureront toujours incomplets. Chacun des personnages représentés par Raphaël nous ouvrira pour ainsi dire la porte de sa maison, nous parlera de ses ancêtres, nous introduira dans sa propre famille, nous fera saisir quelque chose des qualités morales et de l'aspect pittoresque de ce monde, où chaque homme avait sa physionomie propre et son costume à lui, son caractère très nettement accentué, souvent même trop énergiquement accusé pour la sécurité de tous. On ne soupçonnait rien alors de la civilisation qui a tout envahi, et qui nous couvre tous de ses teintes grises et uniformes. Dans ce monde si étranger au nôtre, les couleurs étaient partout voyantes et vigoureuses, parfois heurtées jusqu'à la rudesse. L'intérêt

1. Les Vierges de Raphaël et l'Iconographie de la Vierge; 3 vol. in-8°. Paris, 1869.

PRÉFACE. Vlï

principal des portraits de Raphaël, c'est que chacun d'eux fournit l'occasion de regarder la peinture vraie d'un Italien de la Renaissance. Alors que , sous le doux visage de François- Marie délia Rovere, nous découvrirons un homme assez féroce pour faire égorger sous ses yeux le mari de sa sœur et pour poignarder publiquement de sa main le cardinal favori du pape\ nous reconstituerons par la pensée le caractère de cet homme et nous pourrons juger aussi de la physionomie de son temps. Quand nous verrons le Vatican regorger de progénitures pontificales, les délia Rovere, les Gibo, les Borgia, les Todeschini, s'entourer avec ostentation de leurs fils et de leurs filles, les combler d'honneurs et les accabler de richesses, sans que le monde lùïque en soit scandalisé, il faudra bien nous dire que si la morale est absolue en principe, elle est en fait singulièrement relative. Dès que l'assassinat et l'empoisonnement sont dans les mœurs, les mœurs ne s'en révoltent guère. Ce que nous appelons crime aujourd'hui, Machiavel le louait comme trait d'audace. Il n'y a rien d'immuable ici-bas : tout change et se transforme. A cent ans de distance, la conscience de l'humanité ne se ressemble pas. Les

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