DESCRIPTION DU PORTRAIT DE LA GRAVIDA
L'inconnue désignée sous le nom de la Gravida (la femme enceinte) est une jeune Florentine qui porte le fardeau de la maternité avec tant de bonne grâce et de simplicité, qu'elle en semble parée plutôt que chargée. Elle est assise de trois quarts à droite, et vue un peu plus qu'à mi-corps. Ses cheveux sont presque roux, mais d'un roux très monté et très chaud, qui tire au brun plutôt qu'au blond ; ils encadrent le front de leurs ondes caressantes, le découvrent dans toute sa hauteur, descendent de chaque côté des tempes et des joues, cachent en partie l'oreille et tombent jusque sur le cou, où ils sont retenus par un léger tissu d'or, posé sur le sommet de la tête et garni d'un riche bandeau. Le front est élevé, mais de largeur moyenne. Les yeux sont beaux : les sourcils, peu fournis, dessinent des arcades sourcilières sous lesquelles de larges paupières se drapent avec élégance, sans rien distraire de la limpidité du cristallin ni du gris bleuâtre et profond de l'iris; de ces yeux, tournés à gauche, émerge un rçgard plein de franchise et de sécurité. Le nez est moyen, plutôt petit, d'un charmant dessin. La bouche, moyenne également, est d'un joli contour ; elle ne rit pas, et elle est loin d'être triste; elle exprime, à l'égal
des yeux, le calme de l'âme et la tranquillité de l'esprit. Le menton est en parfait rapport avec la bouche. Les joues, sans embonpoint excessif, dénotent la santé. Le col, ni trop long ni trop court, est entouré d'une tresse d'or formant collier, qui tombe sur la poitrine et s'engage dans le corsage. Un fichu de gaze est jeté sur les épaules et fixé à la robe. La robe, d'un jaune foncé, est garnie de larges bordures de velours noir à la ceinture, sur les épaules et en haut du corsage ; elle monte jusqu'au-dessus des seins et est frangée de blanc par la chemise. Les manches, larges et bouffantes, sont en brocart de soie rouge, avec de larges crevés de linge blanc à la hauteur des épaules et avec des dessous du même blanc qui viennent s'attacher aux poignets. Un devantier en plissé blanc couvre le ventre, qui est tendu en avant dans la position des femmes dont la grossesse est avancée déjà. Les mains sont petites et d'une remarquable exécution. La main gauche, vue par le revers, est ramenée à la hauteur de la ceinture et se présente en raccourci ; elle porte à l'annulaire une bague d'or à chaton en grenat, et à l'index une autre bague à chaton en turquoise. La main droite, appuyée sur le bras du fauteuil, tient un gant jaune ; une bague, ornée d'un rubis, est passée au petit doigt de cette main. Toute la figure enfin s'enlève en lumière sur un fond perdu presque noir.