‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 48 sur 133 · TENDANCES NOUVELLES DE RAPHAËL MANIFESTEES DANS CE PORTRAIT · texte numérisé non relu

TENDANCES NOUVELLES DE RAPHAËL MANIFESTEES DANS CE PORTRAIT

Cette peinture est exécutée avec autant de délicatesse que de fermeté. Les lignes ont la tenue et la dignité des œuvres de haut style, et le dessin a une souplesse qu'on ne remarque pas dans les précédents portraits. La couleur aussi est plus vive et plus chaude. La lumière, l'ombre et le clair-obscur se posent et se superposent sur le visage, sur le cou, sur la poitrine et sur les mains, les pénètrent, donnent au modelé un relief remarquable et comme une sorte de plasticité. Tout est limpide et frais dans cette figure, où le sang coule à fleur de peau au travers des chairs transparentes. Si l'on se reporte aux portraits antérieurs, on trouve ici une telle transformation dans la manière de peindre, que l'œil en est comme dérouté, cherche Raphaël et serait tenté de ne le reconnaître point. Au premier aspect même, l'esprit se porte vers Léonard. Ces contours si nettement arrêtés, cette lumière si habilement noyée dans le clair-obscur, font songer d'abord au Vinci; mais presque aussitôt la facilité naturelle du dessin, la simplicité de l'exécution, la franchise de l'expression, l'absence de mystère, la façon de tout exprimer avec clarté, l'art de présenter et de faire accepter un état si peu acceptable pour un peintre, tout

ramène à Raphaël. Raphaël avait vu les œuvres de Léonard de Vinci et était alors sous l'influence de ce grand maître; mais s'il avait été conduit à modifier un instant sa manière, il n'avait rien abandonné de ses qualités intimes. C'est ce qu'on voit dans cette peinture, dont l'attrait tout spécial ne peut guère appartenir qu'au plus universellement doué des peintres.

La femme représentée dans ce portrait n'est pas précisément belle, et elle est de plus dans un état qui répugne aux arts du dessin. Cependant Raphaël en a fait quelque chose de séduisant et d'honnête à la fois. Le charme réside ici dans la grande loyauté répandue sur la physionomie. Dans toute sa personne , cette femme est bien la gravida. Le visage, de même que le corps, démontrent la maternité. Les traits sont ceux d'une femme enceinte et ne sauraient être ceux d'une autre femme ; ils trahissent une intensité particulière de sentiment, qui tient à une double vie concentrée dans une seule. La jeune mère porte son cher fardeau simplement et la tête haute... Telle est l'impression que produit ce portrait. On ignore le nom de la personne qu'il représente. La richesse du costume, l'aisance et la distinction de toute la figure font penser qu'elle faisait partie de cette société toscane pour laquelle Raphaël avait produit en si peu de temps de si belles œuvres. Elle était l'épouse peut-être d'un de ces intelligents Florentins à la demande desquels le Sanzio peignait vers cette époque la Vierge du palais Tempi,

la Vierge dans la Prairie et la Sainte Famille au Palmier \

Le portrait de la Gravida, dont l'état de conservavation ne laisse presque rien à désirer, a été relégué longtemps dans le garde-meuble du grand-duc. Il est placé maintenant, nous l'avons dit, dans la galerie Pitti.

1. Lu Vierge du palais Tempi fut découverte, en 1677, dans une chambre délaissée de la maison Tempi, à Florence. (Giov. Cinelli, Dellezze di Firenze, p. 282.) Le roi Louis de Bavière la paya 16,000 scudi, et la transporta à la pinacothèque de Munich. {Les Vierges de RapJiaël et V iconographie de la Vierge , t. Ili, p. 43.) — Raphaël peignit pour Taddeo Taddei la Vierge dans la Prairie et la Sainte Famille au Palmier. Du temps de Baldinucci, lu Vierge dans la Prairie était encore chez les héritiers de Taddeo Taddei, qui la vendirent en 1661 à l'archiduc Ferdinand-Charles [Nolizie de' professori del disegno^ etc., Firenze, 1681-88.) Ce tableau fut placé en 1773 dans la galerie impériale du Belvédère. [Les Vierges de Raphaël et Viconogruphie de la Vierge, t. III, p. 130.) Quant à la Sainte Famille au Palmier ^ elle passa de la maison Taddei dans la maison d'Orléans, et de là dans la galerie du duc de Bridgewater. [Ibid., t. III, p. 259.)

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