CHAMBRE DE LA SIGNATURE
Dans les sphères de la théologie, de la philosophie, de la poésie et de la jurisprudence, où la peinture avait à célébrer au nom du catholicisme les grands esprits de tous les temps, Raphaël devait, quand les documents ne faisaient pas défaut, reproduire avec fidélité les traits des théologiens, des philosophes, des législateurs et des poètes ; mais il pouvait, en l'absence de données certaines , choisir dans son entourage ceux qui lui semblaient rendre avec le plus de clarté l'esprit et la physionomie des personnages. Les Quattrocenlislij, dans leurs fresques, avaient comme à plaisir accumulé les portraits. Sans répudier l'usage, il fallait supprimer l'abus. Les anciens peintres, en plaçant leurs contemporains dans des tableaux d'histoire
OÙ ils n'avaient aucune raison d'être, les représentaient tels qu'ils les voyaient familièrement, presque avec leurs costumes et leurs habitudes de chaque jour. Il y avait là quelque chose de choquant. Raphaël le comprit, et avant d'introduire ses bienfaiteurs ou ses amis dans les fresques du Vatican, il les toucha du rameau d'or et les éleva dans ces régions supérieures où toutes les voix se fondent dans une même harmonie. Quand il revêtit Bramante du manteau d'Archimède, il sut, tout en reproduisant les traits du célèbre architecte, trouver dans une physionomie qui lui était chère un des éléments de cette grande humanité vers laquelle la Renaissance tendait sans relâche depuis plus de deux siècles. L'unité d'impression est, en effet, dans de pareilles peintures, une des conditions de la beauté, et elle ne peut être obtenue qu'en subordonnant l'individu à l'idée. Les portraits placés dans la Chambre de la Signature ont quelque chose de l'agrandissement que nous ressentons tous c^uand nous passons du monde de la réalité dans le monde de la pensée pure.
Malheureusement l'histoire a passé à côté de ces nombreux portraits sans presciue les regarder, et, pour avoir omis de signaler en temps opportun ces infiniti rilratti di natarale dont Vasari parle avec tant de négligence, elle n'en peut plus reconnaître qu'un bien petit nombre aujourd'hui. On n'en a pas moins donné des noms à la plupart des figures contenues dans ces fresques ; mais, pour nous retenir, ces noms seuls ne suffiront pas. Nous ne nous arrêterons que devant