PORTRAITS DANS LA SEGNATURA
les personnages dont la ressemblance sera garantie par des preuves authentiques ou par une tradition constante.
Soumis à un sérieux contrôle, les portraits compris dans les fresques de Raphaël au Vatican seront bien vite énumérés. Ils se partagent en deux classes. Les uns représentent des personnages qui appartenaient à l'histoire antérieurement au xvr siècle; quoiqu'on ne puisse voir en eux des portraits proprement dits, nous les considérerons néanmoins avec attention, parce qu'ils sont devenus des modèles pour les tentatives postérieures du même genre. Les autres reproduisent les contemporains du peintre; ce sont des portraits au sens propre et vivant du mot, autant toutefois que peut rester à l'état de très véridique portrait la ressemblance physique, quand elle est subordonnée aux exigences d'une donnée religieuse, poétique et morale.
Gomme portraits rétrospectifs, ou plutôt comme réminiscences iconographiques, l'antiquité classique ne montre avec certitude que SocrateS l'antiquité chrétienne ne fournit aucun nom, le moyen âge ne réclame
1. Pour le Platon de V École cV Athènes, Raphaël a pu voir et s'inspirer peut-être du buste qui avait été trouvé en Grèce au x\"^ siècle et vendu par Jérôme de Pistoja à Laurent de Médicis. Mais ce buste est, comme celui d'Homère, une image idéale et ne constitue pas un portrait. — Quant à l'Alcée du Parnasse, pour lequel Raphaël aurait pu consulter la médaille de Mitylène, ce n'est là encore, nous l'avons démontré, qu'une figure imaginaire. (Voyez les Chambres de Raphaël an Vatican, p. 129.)
que saint Thomas d'Aquin, la Renaissance enfin revendique Dante, Pétrarque et Boccace pour le xiv" siècle, Bessarion et Savonarole pour le xv^
Parmi les portraits dont les modèles ont été des contemporains de Raphaël, ceux de Bramante, de Pérugin et de Sannazare sont les seuls qui fixeront notre attention. Raphaël ayant fait un portrait célèbre de Tebaldeo, nous joindrons à ce portrait le Tebaldeo du Parnasse. Les portraits de François Marie délia Hovere et du jeune marquis Frédéric de Mantoue, qui se trouvent dans V Ecole d'Athènes, prendront place, avec les portraits de ces personnages, à côté des portraits de Jules II. Enfin les cardinaux Jean de Médicis, Alexandre Farnèse et Antonio del Monte, dont les portraits forment le complément du portrait du pape dans la fresque des Décrétales, se rattacheront à ce portrait. Ainsi rentreront dans leurs cadres spéciaux et dans le milieu qui leur convient la plupart des figuresportraits que Raphaël a placés dans les Stanze\
1. D'après cette classification, toutes les figures-portraits qui composent la suite du pape dans la Chambre d'Hëliodore et dans la Chambre de Charleniagne prendront place également, soit à côté des portraits de Jules H, soit à côté des portraits de Léon X. Les fresques de la Chambre de Conslanlin ayant été peintes après la mort de Raphaël, nous n'aurons pas à nous occuper des portraits que l'on signale dans cette chambre.
SOGRATE.
SOCRATE DANS l'ÉCOLE d'atIIÈNES.
(( L'âme est immortelle et ressemble à Dieu. Dieu est un être de raison, tout-puissant, invisible moteur de tout ordre, punissant le vice et récompensant la vertu. La religion consiste à honorer Dieu en faisant ce qui est juste. » La philosophie, qui, en plein paganisme, proclama de telles vérités, s'incarna dans un homme, et cet homme fut Socrate. Aussi Raphaël, en introduisant Socrate dans YEcole tf Athènes, lui a-t-il donné l'importance pittoresque qui répond à sa valeur morale. Précurseur de Platon, Socrate domine le groupe de disciples parmi lesquels est Alcibiade, et prépare l'enseignement qui devait immortaliser les jardins d'Académus. Il est debout, vu de profil à gauche et vêtu d'une simple tunique. De son geste il accompagne ses paroles et compte sur ses doigts les vertus (la prudence, la tempérance, la force et la justice), que, selon l'expression de Gicéron, il fit descendre du ciel dans la demeure des hommes.
Raphaël avait-il vu quelques-unes des antiques images de Socrate? On ne sait. Le fils du sculpteur Sophronisque et de la sage -femme Phénarète avait laissé une empreinte matérielle tellement profonde dans la mémoire des Grecs , qu'à défaut de mo-
numents la narration des écrivains fournissait à elle seule les éléments d'un portrait. La figure du philosophe ressemblait assez à celle de Silène. Socrate avait le nez camus, de grands yeux à fleur de tête, de grosses lèvres, le haut du crâne presque chauve. La conformation de son corps et la proéminence de son ventre ajoutaient encore à sa ressemblance avec le précepteur de Bacchus. Après avoir condamné celui c[ue l'oracle de Delphes avait proclamé « le plus sage des hommes », les Athéniens repentants honorèrent sa mémoire d'une statue de bronze exécutée par Lysippe, et la placèrent dans le liofATreiov, d'où partaient les Panathénées. Ce chef-d'œuvre a été détruit; mais on trouve des bustes de Socrate dans les musées du Vatican, du Gapitole, du Louvre^ etc., et le Socrate de Y Ecole d'Athènes est pour ainsi dire un reflet de ces bustes. Bien que Raphaël ait donné au philosophe grec une certaine grandeur et même une noblesse que la nature, paraît-il, ne lui avait pas départies, tout autorise à reconnaître dans cette figure un portrait. Ce portrait, qui est une interprétation plutôt qu'une copie de l'antique, est aussi largement traité qu'intelligemment conçu.