SAINT THOMAS D AQUIN DANS LA DISPUTE DU S A I NT - S A C R E M E N T
Raphaël a placé saint Thomas d'Aquin, dans la Dispute du Saint-Sacrement j, derrière saint Augustin et à droite du pape Innocent III. Afin qu'on ne pût se méprendre sur l'identité du personnage, il a écrit Sang. Thom. dans le nimbe qui entoure la tête du saint; mais il n'était besoin d'aucune indication pour qu'on reconnût le Docteur angélique.
Des portraits de saint Thomas d'Aquin se trouvaient et se trouvent encore, soit en Italie, soit dans quelques-uns des grands musées de l'Europe, et Raphaël s'est conformé de point en point à ces portraits. D'après la tradition dominicaine, le plus ancien et le plus authentique est celui que possèdent les Carmes de Viterbe\ Signé du nom de Francesco di Giacome et portant la date de 1270, il aurait été peint du vivant même du saint, quatre ans seulement avant sa mort. Il répond d'ailleurs à tout ce que dit l'histoire relativement à la personne de V Ange de V Ecole, et donne exactement la forme du vaste crâne que l'on vénère à
4. Voir l'opuscule intitulé : DelV Iconograjia di San Tommaso d'Aquino, publié en 4 874, à l'occasion du centenaire de saint Thomas d'Aquin.
Ui RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.
Piserno. Tous les trecentisti sont restés fidèles à cette image, qui est reproduite trait pour trait dans la grande fresque de Taddeo Gaddi à Santa - Maria - Novella % ainsi que dans l'intéressante peinture de Francesco Traini à Sainte-Catherine de Pise \ Les maîtres du xv^ siècle, à leur tour, ne s'écartent en rien du portrait primitif. Beato Angelico, notamment, dans les nombreuses peintures qu'il consacre à saint Thomas d'Aquin% et Benozzo Gozzoli, dans le tableau qui du dôme de Pise a passé au musée du Louvre % le copient avec une stricte fidélité. Raphaël enfin , au commencement du xvi'' siècle, apporte le même scrupule à ne rien changer à la tradition, ou plutôt à la
1. Saint Thomas d'Aquin, dais celle fresque, tient sons ses pieds les principaux hérésiarques, Arius, Sabellius et Averroès.
2. Cette peinture, dans laquelle est symbolisée la théologie, a été décrite par le P. Gratry. Elle est gravée dans la Sloria délia pitlura ilaliana esposta dai monumenti , de Giovanni Rosini. [Epoca prima^ t. I"'" des planches , XX.) Francesco Traini, le plus célèbre des élèves d'Andréa Orcagna, a représenté, dans ce tableau , la Glorification de saint Thomas d'Aquin. Le saint , assis au plus haut des cieux, est assisté de IMoïse, de saint Jean, de saint Marc, de saint Paul, de saint Mattliieu et de saint Luc. Audessus de lui, il n'y a que Jésus-Christ. Au-dessous et tout petits par rapport à lui sont Aristote et Plalon. L'hérésie, dans la personne d'Averroès, est terrassée sous les pieds du saint. Deux légions symétriques de moines dominicains se tiennent au bas du tableau.
3. Voir les portraits de saint Thomas d'Aquin dans les fresques du couvent de Saint-Marc.
4. Celte peinture reproduit en partie celle de Francesco Traini. Elle est décrite dans leCalalogue du musée duLouvre (Écoles d'Italie, n» 72, p. 42).