DANTE
rence*. Ce portrait, qui est tout à fait une œuvre de première main, a malheureusement beaucoup souffert du temps et surtout des restaurations. Pour en avoir une idée juste, il ne faut pas le voir tel qu'il est aujourd'hui, mais se le rappeler tel qu'il apparut quand on le dégagea du badigeon qui le recouvrait depuis des siècles. La tête, il est vrai, était mutilée, maintenant elle est défigurée. Une blessure grave entamait l'œil ainsi qu'une portion de la joue; la partie supérieure de la cape, privée de sa couleur, n'était plus visible que
1. Cette fresque représente le Jugement dernier, et est littéralement inspirée par la vision dantesque. Elle fut peinte sous l'impression de la paix passagère que le cardinal d'Acquasparta, légat du pape Boniface IX, imposa aux Florentins dans l'hiver de 1301. On y voit Dante en compagnie de Corso Donati et de Brunetlo Latini. On y trouve aussi les portraits de Charles de Valois et du cardinal portugais Maiteo d'Acquasparta. — 31. Passerini, à l'occasion du sixième centenaire de Dante célébré à Florence en 1865, a publié un mémoire dans lequel il cherche à établir que la fresque du Bargello, et par conséquent le portrait de Dante, ne sont pas de Giotto. D'autres savants ont tenu bon et continuent à regarder cette remarquable peinture comme l'œuvre de Giotto. M. Gaetano Milanesi, dans la nouvelle édition de Vasari qu'il est en train de publier, estime que les arguments fournis par M. Passerini ont une réelle valeur, et il les reproduit in extenso dans la partie des commentaires dont il accompagne la vie de Giotto. {Le Opère di Giorgio Vasari, con nuooe annolazioni e comnienti di Gaetano Milanesi. Firenze, Sansoni editore, 1878, tomo I", p. 413.) Quel que soit le parti que l'on prenne dans la controverse soulevée par M. Passerini, que l'on tienne pour ou contre Giotto, le portrait de Dante au Bargello n'en demeure pas moins un document original et contemporain du poète.
grâce au clou delà fresque; mais le caractère et la physionomie étaient saufs. On se trouvait devant les précieux restes d'une peinture de maître, Giotto lui-même donnait encore la vie et l'âme à cette image, chacun des traits avait gardé son caractère propre et original, le profil de Dante se montrait semblable à un profil étrusque finement dessiné de la main d'un ancien. Tout cela désormais a presque disparu. Le pinceau peu scrupuleux du restaurateur s'est posé sur l'œuvre originale, et, sous prétexte d'en réparer les dégradations, en a supprimé les qualités natives. Une couleur lisse et propre, autant que discordante et banale, s'est substituée à la couleur primitive, non seulement dans les parties altérées, mais dans celles qui étaient restées intactes,' et le dessin lui-même n'a pas été respecté. On ne retrouve plus rien du masque classique qui avait servi de modèle à tous les peintres depuis le xiv^ siècle. Il n'est pas jusqu'à la coiffure qui ne tende à dénaturer et même à ridiculiser cette peinture : à la cape rouge, élégante et austère ciue l'on voit à maintes figures des fresques de Santa-Maria-Novella et de Santa-Groce, le peintre moderne a cru devoir ajouter une sorte de sac blanc, quelque chose de faux au point de vue du costume et de banal au point de vue pittoresque, qui n'a ni unité de forme ni unité de ton^ Au commencement du xvi'^ siècle, la fresque du Bargello était encore in-
1. De bonnes copies (nous en signalerons particulièrement une de M. William Haussoulier) nous ont conservé, par bonheur, nos anciennes impressions. Ce sont ces copies maintenant, plutôt que