BESSARION
d'Aristote dans YEcole d'Athènes, Ce vieillard, dont le crâne est complètement chauve et dont les traits sont réguliers et beaux, est désigné depuis le xvi^ siècle comme représentant Bessarion. Est-ce bien là le portrait de cet ardent propagateur des lettres grecques au xv*" siècle? On n'a aucune donnée certaine qui permette de répondre nettement à cette question. Ce qui fait pencher pour l'affirmative, c'est que le portrait de Bessarion se trouvait dans une des fresques que Jules II fit détruire pour faire place aux fresques de Raphaël dans les chambres voisines de la Chambre de la Signature. Ces fresques, qui contenaient un grand nombre de portraits authentiques \ étaient l'œuvre de
sées par la souffrance? Non, rien ne motive une semblable confusion. Elle est d'ailleurs de source toute moderne et ne repose sur aucune tradition. Les auteurs anciens, à commencer par Vasari, ne disent mot de fra Angelico à propos de la Dispute du Saint- Sacrement. Le portrait de Jean de Fiesole, dans une fresque consacrée à l'exaltation de la Renaissance, aurait môme paru un non-sens aux contemporains de Raphaël. L'esprit de fra Giovanni était contraire à l'esprit du xvi® siècle. Si, depuis une cinquantaine d'années, nous nous sommes repris d'amour pour les maîtres primitifs, rappelons-nous qu'ils ont été entourés, pendant trois siècles el demi, d'une indifférence coupable et à peu près complète. Souvenons-nous que Jules II, pour faire place à Raphaël, jetait bas sans pitié les fresques de Pietro délia Francesca, de Luca Signorelli, de Bramantino da Milano et de l'abbé d'Arezzo. En présence de tels actes d'indifférence, nous dirions aujourd'hui de barbarie, il est difficile d'admettre que l'idée soit venue à Raphaël d'introduire au Vatican le portrait du plus fervent des qualtrocentisli? Il faut donc reléguer dans le domaine de la chimère ce prétendu portrait. 1. Outre le portrait de Bessarion, il y avait ceux du roi de
Pietro délia Francesca, de Luca Signorelli, de Bramantino da Milano, d'Antonio Razzi, de dom Bartolommeo délia Gatta et de Pérugin^ Ne pouvant sauver les peintures dans leur entier, Raphaël voulut au moins conserver les portraits et les fit copier \ Il eut donc en mains un portrait de Bessarion, et, une fois en possession d'un pareil document, il put et dut même honorer à son tour un des hommes qui avaient le mieux mérité de la Renaissance italienne.
Né à ïrébizonde dans les dernières années du XI v'-' siècle, Bessarion, après avoir été le disciple du platonicien G émis tus, était devenu lui-même le plus fervent des adeptes de Platon. Évêque de Nicée, délégué comme théologien grec au concile de Ferrare, nommé cardinal par Eugène IV, ayant passé par les plus hautes charges de la cour romaine, il avait fait de ses grandes richesses un très noble emploi, avait fondé à Rome une académie célèbre et légué à la
France Charles VIH, de Niccolô Fortebraccio, d'Antonio Golonna, prince de Salerne, de Francesco Carmignuola, de Giovanni Vitlellesco, de Battista da Ganneto, etc.
1. Pietro detla Francesca et Bramantino da Milano avaient travaillé dans les slanze vaticanes sous Nicolas V, Bartolommeo della Gatta et Luca Signorelli sous Sixte IV, Pérugin et Sodoma au commencement du pontificat de Jules II. Les fresques de Bramantino et de Pietro délia Francesca étaient dans la chambre d'Héliodore. (Voir ce que Vasari dit de Bramantino dans la Vie de Pietro della Francesca.)
2. A la mort de Raphaël, Jules Romain hérita de ces portraits dessinés, qu'il donna ensuite à Giovio. (Voyez Longhena, traduction italienne de Quatremère de Quincy.)