PORTRAIT DE BRAMANTE
penché vers le sol et trace, sur une tablette posée à terre, une figure géométrique qu'il explique à ses élèves. Vasari dit expressément que, dans cette figure, c'est Bramante qu'il faut voir, et, dans son édition de 1568, il reproduit ce portrait en tête de la vie du célèbre architecte. Il oublie d'ajouter que le même personnage se reconnaît déjà dans la figure appuyée sur une balustrade à l'extrémité gauche de la Dispute du Sainl-Sacrement,
Est-ce bien là le portrait de Bramante?... Nous touchons ici à un de ces problèmes qu'on ne peut résoudre qu'à l'aide de coefficients, à une de ces questions iconographiques à laquelle on ne peut répondre qu'au moyen de concessions et de compromis.
La tête du Bramante, de profil à droite et relevée vers l'autel, est vue presque de bas en haut dans la Dispute du Saint- Sacrement ; la lumière vient du ciel et le regard est rayonnant de clarté à la vue de l'Eucharistie. Dans VEcole d'Athènes,, au contraire, la tête, de profil à gauche et courbée vers la terre, se présente de haut en bas ; le regard est comme plongé dans les profondeurs de la science, cherche avec effort la lumière et ne la trouve qu'avec les seules forces de la raison naturelle. On retrouve de part et d'autre les mêmes traits et le même caractère de physionomie. On voit des deux côtés le même vieillard plein de force et en pleine activité d'intelligence , le front largement développé, l'œil beau de forme et profondément enchâssé, le nez bien dessiné, la bouche fine
et spirituelle, les lèvres légèrement rentrées par l'absence de dents, le menton ferme et soigneusement rasé, l'os maxillaire saillant sous la joue creusée de rides. Le même air de bienveillance et de bonté est répandu sur le visage. De part et d'autre aussi le crâne est chauve, sauf une demi-couronne de cheveux assez abondants encore et frisant naturellement. Deux dessins à la pointe d'argent montrent avec quel soin Raphaël avait étudié préalablement son modèle. Celui de ces dessins qui a été fait en vue de la Dispute du Saint-Sacrement est au musée du Louvre^; l'autre, qui a servi de préparation à V Ecole d'AthèneSj, appartient à la collection d'Oxford. Ils reproduisent avec une égale fidélité les traits particuliers et les caractères généraux qui viennent d'être signalés dans les fresques. Voilà le portrait que Vasari a copié comme un portrait authentique % en se bornant à substituer la robe de Frate del Piombo^ au manteau classique dont Raphaël avait revêtu le fameux architecte. Vasari, né en 1512,
4. Passavant (t. II, p. 472) prétend qu'il ne faut pas voir le portrait de Bramante dans le dessin du Louvre. Mais alors il ne le faudrait pas voir non plus dans le dessin d'Oxford, car le môme modèle a certainement été reproduit dans ces deux dessins, de même que dans les deux fresques.