PORTRAIT DE BRAMANTE
n'avait pu voir Bramante, qui mourut en 1511, mais il avait été à même de recueillir sur lui des renseignements de première main, et il est difficile d'admettre que, si près d'un homme aussi célèbre, il ait pu se méprendre. Cependant Garadosso, contemporain de Bramante, est une autorité avec laquelle il est indispensable de compter aussi, et l'on trouve de telles divergences entre le témoignage du graveur en médailles et celui de Raphaël, qu'il serait difficile de les mettre d'accord si l'on ne recourait à certaines suppositions.
La médaille de Garadosso n'est pas datée * ; mais elle ne peut être antérieure à l'année 1505, puisqu'elle porte au revers la représentation de la basilique vaticane, et que c'est seulement en 1505 que Bramante fut nommé architecte de Saint-Pierre. Toutes les fresques de la Segnalura ayant été exécutées de 1508 à 1511, les portraits de Bramante contenus dans les deux premières en date parmi ces fresques ne sont que de quatre à cinq ans postérieurs à la médaille de Gara-
1 . Le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de Paris en possède un bel exemplaire. La face de cette médaille donne la tête de Bramante avec le haut du torse, qui est nu et coupé à la hauteur des pectoraux. On lit autour de ce portrait : bramantes ASDRvvALDiNvs. Le rovcrs montre une figure de femme, assise et drapée, tenant de la main droite une longue règle et de la main gauche un compas. Cette figure personnifie l'architecture. Au fond, à droite, on aperçoit Saint-Pierre de Rome. Autour de cette composition on lit : FiDELiTAS LABOR, deux beaux mots, qui résument une belle vie.
dosso. Or la différence d'âge que l'on remarque entre le portrait du médailleur et les portraits du peintre semble beaucoup trop considérable pour ce court espace de temps. Le Bramante de Garadosso a soixante ans et ne les paraît pas ; le Bramante de Raphaël a soixantecinq ans et paraît beaucoup plus que son âge. Garadosso montre un homme qui est encore dans toute sa force et dont la tête est pourvue d'une abondante chevelure; Raphaël représente un vieillard, dont le crâne dénudé ne garde plus derrière la tête qu'un reste de cheveux blancs. Donner tort à Garadosso ou à Raphaël est également impossible. On sait l'affection de Raphaël pour Bramante. L'intimité des relations de Garadosso avec l'architecte de Saint-Pierre est certaine aussi ^ Garadosso, qui avait été l'orfèvre favori de Ludovic Sforza à la fin du xv^ siècle, vint se fixer à Rome à partir de 1500, et fut, durant les pontificats de Jules II, de Léon X, d'Adrien VI et de Glément VII, Torfèvre en titre de la papauté ^ En 1505, Garadosso
4 . Vasari ne parle de Garadosso que dans la vie de Francesco Francia, où, pour louer les ouvrages d'orfèvrerie de l'artiste bolonais, il les proclame dignes d'être comparés à ceux de Garadosso. On ne savait rien, pour ainsi dire, d'Ambrogio Foppa, surnommé Garadosso, jusqu'au jour oii M. Eug. Piot, étudiant avec une rare sagacité les œuvres de cet éminent artiste, est parvenu à reconstituer l'histoire de sa vie. GrâCe à M. Piot, nul doute n'est possible désormais sur les rapports de Garadosso avec Bramante. {Le Cabinet de V Amateur, par M. Eug. Piot, n°« 26, 29 et 30, 1863.)
2. Garadosso louchait à l'âge de quatre-vingts ans quand Benvenuto Gellini le vit à Rome en 4523 : « Get homme me parut, dit Gellini, le plus grand maître que j'eusse jamais vu, et j'étais jaloux
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était en rapports journaliers avec Bramante, tout comme Raphaël le fut de 1508 à 1511. Il est donc incontestable que le graveur en médailles et le peintre ont exécuté leurs portraits d'après nature. Dès lors, pour expliquer le grand changement survenu dans Bramante de 1505 à 1509, on ne voit guère que l'hypothèse d'une maladie qui l'aurait frappé entre ces deux dates et qui l'aurait vieilli de dix ans en quatre ans. On retrouve, du reste, d'incontestables analogies entre le portrait de Caradosso et celui de Raphaël. C'est, de part et d'autre, la même conformation du crâne, la même coupe de visage, et ce sont aussi les mêmes traits : le même front largement développé, le même œil vif et profondément enchâssé, la même bouche un peu rentrée, le même menton saillant. Le portrait gravé par Caradosso est plus durement accentué que le portrait peint par Raphaël. Est-il plus vrai pour cela? Qui le saurait dire aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, le Bramante des fresques vaticanes est celui dont on garde surtout le souvenir. On aime à se représenter ainsi le célèbre architecte, alors qu'arrivé au comble de la gloire et touchant au terme de la vie, il tendait généreusement la main aux vrais artistes dont il était le protecteur et l'ami, « Bramante était d'un caractère bienveillant. Il se plaisait à aider ceux qui l'approchaient, se liait d'étroite
de l'imiter plus que tout autre. » (Benvenuto Cellini, Traité d'orfèvrerie, traduit par M. Eug. Piot.)
amitié avec les hommes de talent et faisait tout ce qu'il pouvait pour leur être utiles » Ainsi parle Vasari, en se conformant aux dires des contemporains, tels que Gesariano et Caporali^ Puis, ailleurs et avec ce manque de suite qui caractérise si souvent ses récits, l'auteur de la Vie des peintres raconte que Bramante, dans une intention perfide et pour préparer un échec au rival de Raphaël, aurait conseillé au pape de confier à Michel-Ange les fresques de la chapelle Sixtine^ Ces deux affirmations ne sont-elles pas contradictoires? Évidemment oui, et c'est ce qu'a parfaitement démontré le récent historien de Bramante*, plus impartial et mieux informé que Yasari. Un fait paraît acquis maintenant, c'est que Jules II, d'après l'avis de Bramante, abandonna le projet de mausolée gigantesque dont l'exécution avait été confiée à Michel-Ange, et que, toujours sur les instances de Bramante, il chargea Michel- Ange de couvrir de fresques la voûte et les pendentifs de la Sixtine. afin de l'indemniser par un important travail de l'entreprise considérable à laquelle il lui demandait de renoncer. Il semble non moins sûr que