‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 86 sur 133 · PORTRAIT DE FRÉDÉRIC D'URBIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE FRÉDÉRIC D'URBIN

Que Raphaël lui-même ait fait, d'après un document analogue, un portrait du duc Frédéric, cela a toujours été de tradition à Urbin ; mais, si ce portrait a existé, qu'est-il devenu? Personne ne le peut dire aujourd'hui. Le duc Frédéric était mort un an avant la naissance de Raphaël; mais il avait laissé dans ses États une si haute renommée, que tout bon peintre ombrien devait être jaloux de perpétuer ses traits. Le Sanzio se trouva donc tout porté pour faire à son tour un portrait de l'ancien protecteur de son père.

Frédéric, en fondant la dynastie des Montefeltro, avait ouvert au duché d' Urbin une ère nouvelle de progrès et de civilisation. Il n'avait que vingt-deux ans quand il fut appelé par le peuple à succéder à Odd' Antonio, qui venait d'être assassiné dans son propre palais \ Après avoir triomphé de la perfidie des Mala-

falli di Federico di Montefeltro, diica di Urbino. (Venetia, 1605, in-4°.)

1. Frédéric était fils naturel d'Odd' Antonio, qui avait le premier reçu du Saint-Siège, en 1443, le titre de duc d'Urbin. Avant lui, il n'y avait eu que des comtes de Montefeltro et d'Urbin, qui tiraient leur origine des comtes de Carpegna. Les Carpegna s'étaient taillé, vers le xii* siècle, une sorte de principauté dans la partie la plus élevée du Montefeltro. En 1465, Ugo di Francesco, comte de Carpegna, assistait aux fêtes célébrées à Gubbio à l'occasion des noces d'Alexandre Ottoni di Matelica avec la fille de Charles Malatesta da Sogliano. En 1483, il était condottiere de Sixte IV, vivait à la cour d'Urbin, et commanda la cavalerie dans la guerre que le duc de Ferrare soutenait contre les Vénitiens. Ses descendants, qui se mêlèrent activement à la civilisation italienne, s'éteignirent à Rome en 1749, et laissèrent leurs biens aux Gabrielli,

m RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.

testa, il fut placé, grâce à la guerre contre Volterre dans laquelle il combattit pour les Florentins, au premier rang des condottiere de son temps. Il devint alors le plus puissant défenseur du Saint-Siège, le soutien de tous les droits, un arbitre bienfaisant, partout écouté, presque toujours obéi. Le roi de Naples lui envoya l'ordre de l'Hermine, le roi d'Angleterre celui de la Jarretière. Sixte IV, voulant réunir en une même famille les délia Rovere et les Montefeltro, maria son neveu Jean délia Rovere à Jeanne de Montefeltro, fille de Frédéric, auquel il venait de donner l'investiture du duché d'Urbin. Grand capitaine et profond politique, Frédéric prétendait compter aussi parmi les érudits de son temps \ Il avait toutes les brillantes qualités de Corne de Médicis, son contemporain. Yictorin de Feltre, qui avait été son maître, resta son ami, et Marsile Ficin, en publiant sa République^, la lui dédia"-. Gentile

à la condition que ceux-ci prendraient le titre de comtes de Carpegna... Les Faggiuola s'étaient également ménagé un domaine dans le Montefeltro. Uguccione délia Faggiuola di ^Montefeltro, seigneur de Pise et de Lucques, a été rendu célèbre par Andréa Orcagna, qui l'a introduit dans le Triomphe de la tnort au Campo Santo de Pise.

1. Après la prise de Volterre, il réclama seulement pour sa part de butin une Bible hébraïque, qu'il emporta précieusement à Urbin.

2. Dans cette dédicace, on voit Jupiter proposer à l'assemblée des dieux un modèle de gouvernement, auquel il donne pour devise : Fidem regum orbinalem ducem, « Bonne foi royale, guide de l'univers « ; d'où le savant et parfait courtisan tire le nom même du prince : Federico Urbinale duca, «Frédéric duc d'Urbin ».

PORTRAIT DE FRÉDÉRIC D'URBIN. m

da Fabriano, Juste de Gand, Lorenzo de Salerne, Carlo Grivelli de Venise, fra Goradiiio% Pietro délia Francesca et Giovanni Santi furent ses peintres de prédilection. Plusieurs d'entre eux durent laisser de lui des portraits. Une si noble figure n'était-elle pas faite pour tenter aussi Raphaël? Dans ce prince, il est vrai, le physique ne répondait pas au moral. Frédéric était borgne ; un adversaire maladroit lui avait crevé un œil dans un tournoi. Peu de temps après ce premier accident, une chute de cheval lui avait brisé le nez. Enfin, l'écroulement d'un balcon l'avait rendu boiteux. Mais, à ces traits défectueux et à ce corps presque difforme, la beauté de l'âme imprimait une séduction particulière. Voyez les portraits de Frédéric de Montefeltro dans la galerie des Offices et au musée Brera; la franchise et la simplicité de toute la figure, la douceur et l'intelligente bonté répandues sur le visage, la résolution et la fermeté qu'exprime la physionomie ne rachètent-elles pas amplement ce qu'il y a d'étrange dans le personnage? Sans aucun doute. Si l'intelligence n'était supérieure, le physique prêterait à rire; mais on se sent en présence d'un héros, et rien d'équivoque ne vient à l'esprit. Les peintures seules de Pietro délia Francesca^

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