‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 105 sur 131 · Antonio da San-Gallo avait construit ce temple · texte numérisé non relu

Antonio da San-Gallo avait construit ce temple

lans, d'officiers et de dignitaires pontificaux, aux évoques et aux cardinaux, aux seigneurs, aux ambassadeurs et aux princes souverains qui se pressaient à la suite du pape*. Les ambassadeurs de France et d'Espagne se disputèrent le pas, et il y eut conflit. Laurent de Médicis, neveu du pape, avec une suite de cinquante personnages, précédait le clerc de la chapelle pontificale, qui tenait le Saint-Sacrement. Les cardinaux suivaient, dans l'ordre de leurs dignités. Puis venaient cent jeunes honoimes appartenant aux plus gi'andes familles, tous vêtus uniformément et avec magnificence. Le pape marchait sous un dais de drap d'or, que portaient le gonfalonier et les principaux magistrats de Florence. Le trésorier pontifical, placé parmi les officiers du sacré palais, jetait à pleines mains l'argent au peuple. Une somme de trois mille ducats fut ainsi répandue. Devant la cathédrale, Léon X contempla, tout émerveillé, la façade qu'avaient improvisée Jacopo Sansovino et André del Sarte ". Il monta, dès son entrée dans le

4 . Voir, dans le Journal de Paris de Grassis, la relalion délaillée du voyage de Léon X à Florence.

2. « L'idea di quest' opéra era as?ai nobilmente conceputa. Sopra un basamento ben grande vi collocô più mani di colonne binate d'ordine Gorintio; tra esse vi erano dei niccbi con figure rapprosentanli gli apostoli ; regevan quelle i loro sopraornati con vari risalti, e i loro frontispizi. L'opéra tutta era ornata di molti bassi rilievi, e con quel, di più, che saggio architetto in reggia opéra sa, e puo disporre. Tutta fù di legname. Egli (Jacopo Sansovino) fece le statue e i bassi rilievi. Andréa del Sarto dipiose alcune storie a chiaroscuro. i (Voir Tomaso Temanza, Vila del Sansoviîio. Voir aussi Vasari, Vita di Andréa del Sarto, tome VIII, p. 267.)

temple, sur une estrade qui le conduisit jusqu'au maître autel et d'où il ne cessa de dominer son cortège. Le cardinal Jules de Médicis, archevêque de Florence, officia, et le pape, après avoir donné la bénédiction apostolique et prodigué les indulgences plénières, se retira au couvent de Santa- Maria-Novella... Que de magnificence dans un pareil spectacle ! Que de splendeurs dans ces représentations ! Que d'opulence et que d'éclat dans ces innombrables costumes ! Quelle harmonie dans toutes ces pompes! En 1515, les arts pittoresques semblaient près d'atteindre à la perfection, et tout leur était bon pour se répandre ; mais ils portaient en eux une exubérance de force et de vie dont ils abusaient, et cette prodigalité allait bientôt les conduire à la décadence... L'église de Saint-Laurent, elle aussi, n'avait point de façade. Le pape ouvrit un concours pour la parure extérieure de ce monument, et voulut que Raphaël vînt y prendre part*. Raphaël revit donc, au milieu de tout ce bruit et de toutes ces fêtes, la ville où il avait si paisiblement vécu sept ans auparavant.

4 . Raphaël eut à se mesurer, dans cette circonstance, avec Rac« cio d'Âgnolo, Andréa et Jacopo Sansovini, Antonio da San Galle et Michel-Ange. Tel est le récit de Condivi. Vasari, qui ne mentionne pas ce fait dans la Vie de Raphaël, en parle dans la Vie de Michel- Ange (t. XII, p. 204). On a regardé pendant longtemps comme le projet de Raphaël un dessin qui a passé du cabinet de Crozat dans la collection de TAlbertine (Passavant, t. I«', p. Î34, et t. II, p. 386). Mais ce dessin, qui n'est pas de la main de Raphaël, a été rendu par M. le baron deGeymiiller aux Projets primitifs potir Saint-Pierre de Rome,

Retrouva-t-il bien, dans la Florence des Médicis, la Florence du gonfalonier Soderini ? Au milieu de cette foule avide de plaisirs, y avait-il place pour les calmes et fortifiantes intimités d'autrefois? Cela est douteux. Rien ne nous est resté, d'ailleurs, des impressions que Raphaél rapporta de ce dernier voyage en Toscane.

Le troisième jour après son arrivée à Florence, Léon X célébra la messe dans la chapelle des Médicis à San-Lorenzo ; puis il se prosterna devant la tombe de son père *, et, le soir même, il partit pour Bologne. Les Bolonais ne lui témoignèrent pas le même enthousiasme que les Florentins. La scie [serra) figurait dans le blason des Bentivoglio, et de toutes parts on criait sur son passage : serrUy serra ! C'était acclamer, en présence du maître actuel, le maître dépossédé. Bientôt arriva François P'. Tous les membres du sacré collège allèrent à sa rencontre et l'introduisirent dans la ville avec une grande solennité. On ne lui ménagea ni les harangues latines, ni les pompes religieuses, ni les fraternels baisers. Le pape apparut tout resplendissant d'or et de pierreries, et le roi était presque aussi chamarré que le pape. François P' demanda que les

4. A cette occasion, Marcel-Adrien Virgilio composa les vers suivants :

DIVV8 LAVSRNTIYS AD LBONBM X, PONT . MAX .

Hane znihi, Sanctc Pater, Cosmeut cnm conderet œdem

Oaudebam, pro avi religioni tni ;

Delectayit avus, delectavère parentes,

Qaorum ope creTerant templa sacrata mihi.

Sed pronepos, majore dabis pietate; parentes

PoDtificem turpe est non super&sse saos.

Espagnols fussent chassés de la Péninsule, que Modène et Reggio fussent rendues au duc de Ferrare et que François-Marie délia Rovere fût maintenu dans son duché d'Urbin. Léon X, à force de paroles flatteuses et de protestations amicales, parvint à se dérober sur tout. Il s'en tira par de riches cadeaux , donna au roi une croix magnifique et offrit un diamant de grand prix à la belle Marie Gaudin. Enivré de la victoire de Marignan, François I" ne se contentait plus déjà du Milanais; il lui fallait en plus le royaume de Naples, et la complicité du pape lui était nécessaire. Dans l'entrevue de Bologne, il s'ouvrit de ce projet à Léon X, qui, sans dire oui, fit entendre qu'il ne dirait pas non. Le pape enguirlanda le roi par des promesses aléatoires, mais lui conseilla d'attendre encore. Ferdinand d'Aragon était mourant. A sa mort, le moment ne serait-il pas favorable? Léon X s'attacha surtout à effacer le souvenir de la haine que Jules II avait vouée aux Français, et, bien qu'il les détestât tout autant, parvint à les convaincre de son affection. Arrivé à Bologne en vaincu, il n'accorda rien au vainqueur et en obtint beaucoup. Les canons du concile de Bâle et la Pragmatique Sanction de Charles VII lui furent sacrifiés, les libertés de l'Église gallicane furent abolies. Le concordat, qui mettait l'Église de France à la merci du pape et du roi, fut juré et signé entre Léon X et François P'... Quand les Florentins revirent le pape après ces débats mémorables, ils purent véritablement saluer en lui un triomphateur.

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