Fabroni, Vila Léon, X, p
2. Le Florentin Pierre Aaron, attaché à la chapelle de Léon X, dit, dans la dédicace de la Toscanella délia Musica, imprimée à Venise en 4523 : « Quoique Léon X connût parfaitement la plupart des arts, il semblait aimer, encourager et élever la musique au-dessus de tout autre, ce qui excita une foule de gens à la cultiver avec ardeur... Je fus moi-môme de ceux-là. Étant né sans fortune, je choisis la musique, et j'y travaillai avec assiduité jusqu^à ce que la mort m'eût ravi mon généreux patron Léon X. » (Doctor Burney, llisl, of Masic, vol. 111, p. 454.}
par calcul. Il aimait à plaire, s'y était appliqué toute sa vie, et se montrait affable jusque dans la haine. La mobilité de son expression, la flexibilité de sa voix, lui étaient de puissants moyens de séduction. Il savait être grave et gai tour à tour, sans jamais dépasser la note et forcer la mesure. Réservé avec les personnes âgées, enjoué familièrement avec les jeunes, il avait, avec tous, les dehors de la bonté. 11 était prodigue de bonnes paroles et même de caresses avec tout le monde. Chacun se croyait son ami, et il attachait un grand prix à ce qu'il en fût ainsi*. Quand on est doué d'un pareil caractère et qu'on est un Médicis, on devient pape, et, une fois pape, on a toute action sur les hommes.
Du portrait de Léon X peint par Raphaël se dégage en outre quelque chose de somptueux. Léon X porte avec une aisance souveraine la pourpre, la soie, les précieuses fourrures. On sait combien il aimait le luxe en toutes choses, quel prix il attachait aux ornements pontificaux, quel soin il prenait pour que ces ornements dépassassent en magnificence ceux de ses prédécesseurs. Le pape est ici dans l'intimité de son costume de chaque jour, et Ton comprend, par la richesse de ce négligé, ce que devaient être ses vête-
4 . Voir la Vie de Léon JT écrite en latin par un anonyme. On n*a qu'un fragment de cet ouvrage, et on le conserve en manuscrit à la bibliothèque du Vatican. Roscoe a publié ce fragment pour la première fois dans le dernier numéro de TAppendice du tome IV de la Vie de Léon X,
ments d'apparat. Les contemporains célèbrent à Tenvi la gravité et la dignité de son maintien dans toutes les cérémonies du culte, surtout lorsqu'il célébrait roffice divin*. On peut juger de la belle tenue de Léon X en de telles circonstances par la simplicité grandiose avec laquelle il porte, dans le sansfaçon de ce qu'on pourrait appeler un déshabillé, les riches étolTes dont l'a revêtu Raphaël. On sent que ce n'est pas là un parvenu, qu'il y a en lui de la race, et qu'il a pour ainsi dire trouvé dans son berceau toutes ces choses. Les mains ont, à cet égard, une élégance significative. Léon X les avait belles, fines, petites, bien faites, d'une singulière blancheur, et il en était très fier. Raphaël a mis tous ses soins à les bien peindre. L'histoire ajoute que le pape aimait à orner ses doigts de pierres précieuses; mais le peintre, pour ne rien cacher des mains elles-mêmes, en a éliminé les bagues*... Tout ce qui était magnificence était du domaine de Léon X. Il aimait les festins
4 . Coeffeteau {Réponse au Mystère (Tiniquité, p. 4227) rapporte ces paroles d'Onuphre Panvinius ( Vila Leonis X) : « Eral reram diviDanim diligens observator. » Et Paul Jove dit : « Sacra confecit, siDguIaque ceremoniarum obivit munia singulari cum majestate, ul non falso nemo superiorum Pontificum eo augustius et decentias sacrificasse diceretur. » ( Paul. Jovius, Vita Leonis X, libr. IV, p. «48.)
2. (f Léon X était vain de la blancheur de ses mains, et les admirait volontiers, surtout lorsque des bagues de diamants en rehaussaient Tôclat» » {Jjeonis X Vita. Manuscrit anonyme de la Bibliothèque vaiicane.)
somptueux , non pour lui-même, car il élait très sobre, mais pour se moquer de la gloutonnerie de ses convives *. Cet homme d'esprit, passionné pour les lettres, épris du beau sous toutes ses formes, se plaisait à de grossières bouffonneries. Son père, Laurent le Magnifique, avait été de même. En cela donc il chassait de race, était un- vrai Médicis. On serait tenté de dire qu'il y avait du Sganarelle dans ce Louis XIV de la papauté *.
Léon X lisait toujours, même durant ses repas, et Raphaël, en plaçant un livre ouvert devant le pape, a introduit dans son tableau une véritable caractéristique; il s'est appliqué surtout à mettre en pleine lumière sur le visage de son modèle les facultés de l'intelligence... Léon X avait un esprit vigoureux et sain, une vaste érudition, une mémoire extraordinaire, un goût sûr et délicat, des talents en tout genre. Cela n'en faisait pas un honmie de génie, mais lui donnait une supériorité qui lui assurait un réel ascendant sur ses contemporains... Conome il rejetait loin de lui toute superstition, on l'a accusé d'irréligion. C'est aller beaucoup trop loin. Sans doute il était de son temps, et la religion