Erasmi Epist., lib. II, cap. iv. Ed. Lond
sement de la piété, la pacification du monde chrétien et la renaissance des lettres*. Nous passerons condamnation sur les deux premiers de ces bienfaits, et nous ne retiendrons le témoignage d'Érasme que sur le troisième. Au point de vue religieux, Léon X ne fut ni meilleur ni pire que la plupart de ses contemporains, et les amis de la paix n'ont pas lieu non plus de chanter ses louanges; mais la Renaissance doit le compter au premier rang parmi les siens. La Renaissance des lettres^ selon l'expression d'Érasme, voilà ce qui caractérise Léon X, voilà son grand titre devant l'histoire, voilà surtout ce que Raphaël devait avoir en vue quand il peignit le portrait du pape. C'est en effet ce que disent clairement, dans ce portrait, l'attitude du souverain pontife et le riche manuscrit posé devant lui. On a là sous les yeux le vrai pape de la Renaissance. Non que, pour renaître, les lettres et les arts eussent attendu l'avènement de Léon X, mais parce qu'à cet avènement correspond leur complet épanouissement. Par une singulière fortune, Léon X a donné son nom à cette Renaissance, qui, plongeant ses racines à travers le moyen âge chrétien et jusque dans l'antiquité païenne, allait couvrir de ses rameaux d'or la société moderne. Cette fortune était-elle imméritée par lui? Nullement.
^ . « Tria quaBdam praecipua generis humani bona, restitutum iri videam ; pietalem illam verè christianam multis modis collapsam ; optimas litteras, parllm neglectas hactenùs, parUm corraptas ; et publicam ac perpetuain orbis cbristiani concordiam, pietatis et eruditionis fontem parentemque. » (Erasm. EpisL, lib. I, ep. 30.)
La haute culture intellectuelle, qui sous Jules II avait trouvé dans le palais du cardinal Jean * un des rares asiles que n'assourdissait pas le bruit des armes, salua avec enthousiasme l'avènement de Léon X. L'université romaine relevée et magnifiquement dotée*, la langue grecque mise en honneur et une académie grecque fondée à Rome sur les hauteurs de l'Esquilin', Teseo Ambrogio chargé de la direction des lettres orientales, l'imprimerie prenant son essor à Rome aussi bien qu'à Venise*, Philippe Béroalde le Jeune publiant son Tacite, Agostino Giustiniani son psautier en quatre langues, le cardinal Ximénès sa Bible polyglotte, Agacio Guidacerio sa grammaire hébraïque, les