‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 27 sur 131 · LB LIVRE DE L'HOMME DE COUR · texte numérisé non relu

LB LIVRE DE L'HOMME DE COUR

Le sujet du Libro del Corlegiano était d'un intérêt général au commencement du xvi* siècle. L'Italie se trouvait alors partagée entre une foule de petites cours, qui mesuraient leur importance à leur magnificence, à leur élégance, à leur politesse, à leur galanterie, à leur bon goût. Être admis à la cour était la suprême ambition des hommes et des femmes, des savants et des poètes, des guerriers et des politiques, des laïques et des clercs. L'art d'y vivre et d'y plaire était la grande affaire. Pour ce peuple de courtisans, Balthazar Castiglione composa un code, qui fit loi pendant des siècles, en deçà comme au delà des monts, et ce code, il l'écrivit non seulement en langue vulgaire, mais dans l'idiome particulier qui lui était propre*. Durant les

4. M. DennistouD, dans ses Mémoires sur les comtes cfUrbin, a fort mal jugé ce livre.

loisirs que lui faisait sa retraite à Mantoue, de 1516 à 1519, il se plut à remonter dans ses souvenirs et à repasser sa vie d'autrefois, se reportant aux beaux jours de la cour d'Urbin, le modèle des cours. Chaque soir, en ce temps-là, se réunissaient autour du duc Guidobaldo les beaux esprits les plus fameux de Tltaiie, Lodovico Pio, Ottaviano et Federico Fregoso, Julien de Médicis, Gaspardo Pallavicino, Lodovico da Canossa, César Gonzague, Bernardo Accolti, Bembo, Bibbiena, etc. La musique, la conversation, la danse, au besoin même la philosophie, faisaient tour à tour les frais de ces soirées mémorables, que présidait la duchesse Elisabeth Gonzague, assistée de la belle Emilia Fia da Carpi ^ , de Costanziâ Fregosa, et d'autres nobles dames encore, dont l'histoire n'a pas gardé les noms*. Un soir, pendant l'ambassade de Balthazar

4 . « Le lien qui unit toutes les volontés et les enchaîne sans les blesser jamais..., Tâme de tous les plaisirs de la cour et la muse de la conversation. » Voilà comment Balthazar Gastiglione parle de la belle Emilia Pia.

2. On sait ce qu'était alors en Italie la culture intellectuelle des cmmes. Voici le plan d'éducation d'une jeune fille, donné par Lodovico Doice, dans son Inslitulo délie daniie : « Les Saintes Écritures et les commentaires des Pères de l'Église doivent élro nuit et jour entre ses mains. Elle doit savoir à fond sa propre langue et le latin. Le grec n'est pas indispensable. Platon (traduit en latin), Sénèque et d'autres philosophes lui apprendront la morale. Cicéron lui donnera les plus sages conseils et les meilleures leçons de style. Elle doit connaître les historiens classiques. Parmi les poètes latins, des fragments choisis de Virgile et d'Horace suffiront. La lecture constante de Dante et de Pétrarque est indispensable, car

Castiglione à Londres (1506), après avoir hésité entre différents jeux d'esprit, on décida que, dans une cour où se trouvait la fleur des courtisans de la Péninsule, la situation même d'homme de cour fournissait le thème le plus propre à provoquer les discours et les contradictions de chacun. Sans plus tarder, on se mit en besogne, et Ton consacra quatre soirées consécutives à ces conversations. On les redit au Castiglione dès son retour à Urbin (février 1507), et, dix ans plus tard, les retrouvant comme sténographiées dans sa mémoire, il les transcrivit dans son livre.

C'est Louis de Canossa qui parle pendant la première soirée. Il veut que l'homme de cour soit noble d'abord; qu'il ait ensuite la beauté, la grâce, la bravoure sans jactance; qu'il soit élégant et de taille moyenne*, rompu à tous les exercices du corps, passé maître dans le maniement des armes, beau danseur'

Tun enseigne la philosophie et les vertus chrétiennes, l'autre professe le plus pur et le plus honorable amour. »

4. i Parce que les hommes de grande taille excellent rarement dans les exercices du corps et dans les travaux de l'esprit. »

2. Balthazar Castiglione fait grand cas de la danse. Il faut croire même que les gentilshommes d'alors ne dédaignaient pas parfois de se confondre avec les acrobates, car lo comle fialthazar engage le courlisan à « s'interdire les culbutes et la danse sur la corde roide ». Au XVI* siècle, la danse était en grande faveur, non seulement en Italie, mais en France. Les ballets, composés, dirigés et réglés par le fameux Ballazarini, firent tourner toutes les têtes à la cour de Catherine de Médicis. Au siècle suivant, sous Louis XIII, une académie de danse était établie dans l'antichambre même du roi. Cette académie fut transportée ensuite au rez-de-chaussée de l'hôtel du

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et bon musicien ; qu'il ait l'esprit cultivé, l'amour des lettres et de la poésie, le goût des arts, le langage facile et sans pédanterie ; qu'il sache enfin se faire valoir modestement. — Comment l'homme de cour doit-il user de toutes les qualités dont il a été doté durant la première soirée? C'est ce que, le second soir, explique Frédéric Fregoso*. L'homme de cour doit être distingué mais non pas affecté, avoir de la noblesse et non de la recherche, éviter toute apparence de hauteur, être humble et ne jamais provoquer l'envie, proportionner la plaisanterie au rang et au caractère de chacun. Voilà pour ses relations avec ses égaux. Voici ses devoirs envers le prince : obéissance, dévouement, sacrifice absolu, mais non pas inconscient. « Vous devez obéir à votre seigneur en ce qui lui est utile et honorable, non en ce qui lui est nuisible et honteux. S'il vous ordonnait une trahison, non seulement vous ne seriez pas obligé de la commettre, mais vous de-

chancelicr Etienne d'Aligre, hôtel situé rue Saint-Ilonoré, mais qui avait sur la rue de Bailleul plusieurs portes dérobées par lesquelles les grandes dames et les seigneurs de la cour pouvaient entrer ou sortir sans être vu^ des curieux. C'est là que, sous la direction du célèbre Deaucliamps, maître des ballets de Sa Majesté, on répétait le Ballet comique de la reine , la Toison d'or, le Jeu de piquet, le Triomphe de V Amour, V Impatience, le Temple de la Paix, etc., qui obtinrent un si grand succès au théâtre des Réservoirs. Le duc de Saint-Simon, en parlant avec une considération particulière do a Tart de mener une dame et de figurer avec honneur », ne fait, en définitive, que répéter ce qu'avait dit deux siècles auparavant le comte Balthazar Castigliooe.

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