‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 46 sur 131 · Ce dessin est au musée Wicar, à Lille · texte numérisé non relu

Ce dessin est au musée Wicar, à Lille

3. Tandis que la cuisse, la jambe et le pied droits sont de proGl,

Ht RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.

à gauche. Les yeux ne sont plus abaissés comme dans le précédent croquis, mais levés vers le ciel, où ils cherchent l'inspiration. Le violon, posé quasi verticalement sur répaule gauche, est d'une telle largeur, qu'il dépasse le sommet de la tête du violoniste. Sur ce violon, que porte la main gauche, la joue se pose avec amour, tandis que l'archet, tenu de la main droite, attaque et fait vibrer les cordes. L'instrument n'est indiqué là, d'ailleurs, que d'une façon sommaire; mais on le retrouve très minutieusement étudié au côté droit de la même feuille, et la main qui en joue est soumise aussi à la plus exacte observation. C'est le violon des Kerlîni et des Dardelli, dont la caisse d'harmonie, presque aussi large que longue, est massive encore et loin de la forme élégante qui lui sera donnée un jour. Les échancrures médianes, à proprement parler, n'existent pas ; elles ne sont indiquées que par une légère inflexion des tables, et ne ressemblent en rien aux courbes si franchement dessinées du violon moderne. Les éclisses sont dans un assez juste rapport avec la force de l'instrument. Les ouïes dessinent, sur la table supérieure, deux arcs opposés l'un à l'autre, que remplaceront bientôt les/^ si légères de dessin et si propices à la sonorité. Le manche étant très court et le chevalet placé tout à l'extrémité dé le caisse d'harmonie, l'espace réservé à l'archet est beaucoup trop

la cuisse gauche est vue de face , la jambe gauche ramenée en arrière, Textrémité .seule du pied gauche louchant à terre.

considérable. Quant au cheviller, il est en forme de cœur et disposé sur un plan parallèle à celui de la caisse. L'archet, enfin, tenu par la main droite, se profile en arc d'une longueur démesurée.

On retrouve donc, dans les dessins de 1510, le même instrument que l'on a vu déjà, dans le dessin de 1503. Gaspard Duiffoprugcar va commencer sa remarquable fabrication, André Amati vient de naître, et le violon quB Raphaël prête au dieu de la musique est toujours celui qui accompagnait de ses douces mélodies les légions d'anges dansant dans les Paradis de Giotto, de Gaddi, d'Orcagna et de Beato Angelico, celui-là même aussi que Luca Signorelli et Melozzo da Forli mettent entre les mains de leurs séraphins grandioses, le même enfin dont le plus beau livre sorti des presses d'Aide Manuce, dans la dernière année du XV* siècle, donne l'exact dessin *.

Quelles étaient les qualités harmoniques de ces violini ? Il est presque impossible de le dire aujoui'd'hui. Quoique rudimentaires encore, elles suffisaient à charmer les oreilles des contemporains de Raphaël. Les violonisli étaient recherchés, à l'égal des poètes, d'un bout à l'autre de la Péninsule, et c'est à cet engouement qu'est dû l'anachronisme musical commis par Raphaël dans l'Apollon du Parnasse. Depuis l'origine de la Renaissance, nombre de peintres avaient pourvu du violon de leur temps les héros et les dieux

Page 1