SON BUSTIS EN BRONZE PAR BENVBNUTO CELLINI
Le portrait de Bindo fut envoyé de Rome à Florence et placé dans la demeure florentine des Altoviti, où il resta presque jusqu'à nos jours. Durant deux cent cinquante ansp tous les Altoviti qui passèrent dans ce palais y virent le portrait d'un ancêtre. Yasari et Armenini, contemporains de Bindo Altoviti, avaient l'un et l'autre enregistré ce tableau et inscrit en regard le nom de Bindo ; à aucun des commentateurs et des érudits du xvi* et du xvii® siècle il n'était venu l'idée d'élever à ce sujet la moindre contestation. Vers la fin du XVIII' siècle seulement, Bottari, qui cherchait et voyait partout les traits de Raphaël, dénonça, dans le tableau de la casa Altoviti^ un portrait représentant Raphaël lui-même.
4. Au point de vue de la couleur, ce portrait doit ôtre classé parmi les plus beaux portraits qu'ait peints Raphaël.
Le texte de Vasari avait jusque-là fait autorité en faveur de Bindo, et, pour renier Bindo, ce fut ce texte précisément qu'invoqua Bottari. On lit dans Vasari : « A Bindo Altoviti (Raffaello) fece il ritraito suo^ qfoando era giovane, che è lenuto stupendissimo ^ . » Ce qui donne mot pour mot : « Pour Bindo Altoviti, Raphaël fit son portrait, quand il était jeune, portrait qui est regardé comme admirable. » S'autorisant de l'équivoque à laquelle prêtait l'emploi du pronom possessif suo (son), Bottari traduisit : « Raphaël, quand il était jeune, fit son portrait pour Bindo. » Or, pour que cette traduction fût acceptable, même au point de vue littéral, il faudrait qu'au mot suo fût ajouté le mot proprio. En l'absence de ce mot proprio^ il n'y a qu'un sens possible à donner à la phrase de Vasari : « Raphaël fit le portrait de Bindo Altoviti, quand Bindo était jeune, et ce portrait est d'une étonnante beauté*. » Si Bottari avait suivi la vraie méthode scientifique, c'est-à-dire la méthode expérimentale, il n'aurait pas entouré d'une déplorable confusion un des monuments les moins contestables de la Renaissance italienne. Mais, au lieu de considérer le tableau d'abord et de se servir ensuite du texte de Vasari pour appuyer une manière de voir