Niphus, pjige Î13, Opuscûlorum
ne RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.
Le De Pulchro et Amore fut composé en 1529 et parut pour la première fois à Rome en 1531 ^ « Très illustre Jeanne, dit Tauleur en commençant, lorsque je me consultai pour savoir celui de mes ouvrages que j'aurais à te présenter, je pensai tout de suite à un livre composé de deux parties. Tune traitant de la Beauté^ l'autre de l'Amour. Or, ce livre n'a d'autre motif que de te rendre hommage et de te témoigner mon profond respect. Quoique le divin Platon semble avoir épuisé l'un et l'autre de ces sujets, j'ai osé cependant y revenir après lui, parce que, du commencement à la fin démon travail, c'est ta beauté seule qui m'a fourni tous mes arguments. Grâce à la contemplation et à l'analyse de cette beauté divine, mon livre ne sera pas seulement beau, il sera admirable. Que seraient mes talents dans l'art de décrire, si les irrésistibles charmes qui ornent ta personne et si ta beauté ne venaient suppléer à l'imperfection de mon œuvre. Oui, c'est ta beauté, ta beauté seule qui va resplendir au grand jour avec mwi livre ; c'est elle . qui donnera à mon nom une célébrité telle, que je le verrai s'élever par-dessus tous les autres, et monter avec ton propre nom jusqu'aux astres. » Et voici de quelle manière, au cours de ce traité, le médecin philosophe décrit l'objet de son admiration : « Ce que peut être icibas la beauté véritable, nul ne le sait, s'il n'a pas vu la
4. La seconde édition fut publiée un siècle plus tard, en 4644, à Leyde : AugusUni Niphi medici ad illustrissiniam Joannam Aragoniam, Tagliacoccii principem. .
sérénissime Jeanne. Par le corps et par l'esprit, cette noble dame est l'image de la beauté complète. Cette demi-déesse possède à un si haut point les qualités morales et les grâces enchanteresses qui sont la beauté de l'esprit, qu'elle n'est pas sortie de la race humaine, mais de la race divine. Quant à la perfection des formes qui constitue la beauté du corps, elle est si complète chez elle, que Zeuxis de Crotone, s'il avait pu rencontrer dans une seule femme une beauté semblable et la peindre d'après nature, n'aurait pas eu besoin de passer en revue tant de belles jeunes filles pour composer la figure d'Hélène'. » Puis il se prend à décrire de la tête aux pieds et dans les moindres détails cette rare beauté, et l'on reconnaît dans cette description les principaux traits de la peinture de Raphaël, « les longs cheveux d'or, les yeux bleus semblables à des astres, le menton à fossette, etc., etc. » Niphus termine en s'écriant avec enthousiasme que, de toutes les fenmies qu'il a passées en revue dans son livre, Jeanne d'Aragon est incomparablement la plus belle, et que toutes les beautés célébrées par Virgile, Ovide, Horace, Properce, Catulle et l'antiquité tout entière, se doivent incliner devant elle.
Coname frontispice à ce panégyrique, se trouve la lettre suivante, qui n'est pas non plus étrangère à notre sujet. Elle est adressée à Niphus par le cardinal Pompeo Colonna, chancelier du pape, qui, lui aussi, était passé