Sorbière, lettre xv, p
ceurs dont le grand prieur de France, François de Lorraine*, régala dona Maria dans une nombreuse compagnie », et dit que « l'automne de cette dame surpassoit tous les printems et étez qui étoient dans cette salle » . Il ajoute : « Conmie de vray, elle se montroit encore très belle et fort aimable ; voire plus que ses deux filles, toutes belles et jeunes qu'elles étoient ; si avoit-elle bien alors près de soixante belles années*. » En retournant à Naples six ans après, c'est-à-dire en 1565 , « il ne la trouva que fort peu changée et encore aussi belle, qu'elle eût bien fait commettre un péché mortel, ou de fait ou de volonté' ». La beauté de Jeanne d'Aragon surpassant celle de sa sœur, on peut juger de ce qu'elle devait être. Si de pareilles
1. Général des galères. II élait 6Is de Claude de Lorraine, premier duc de Guise.
2. Brantôme, Dames galantes, t. II, p. 243-245. Le grand prieur a en fut aussitôt épris; mais, quoiqu'il aimât fort ]a mère, il prit pour sa maîtresse la fille aînée, per adombrar la cosa ».
3. Dona Maria d'Aragon mourut à Chiaja, dans la maison de don Garzia de Tolède, le 9 novembre 1568. Jérôme Ruscelli s'employa aussi à immortaliser sa beauté. Tout en ne la plaçant qu'au second rang, à côté de Jeanne, il Tait do dona Maria la beauté ardié' type, le « critérium formœ », et dit que le vrai moyen de savoir si les autres femmes sont belles, c'est de les comparer à celle-lk. Et il no la représente pas comme moins belle d'intelligence que de corps, a On ne sait, dit-il, si elle est plus aimable à cause de sa beauté qu'adorable à cause de son esprit. » (Ruscelli, Lettura sopra un sonetto delV iliustriss, signor Marchese délia Terza alla divina signora Marchese del Vasti, folio 57. ~ Voir aussi Ritratlo di Roma moderna, Roma, 4653; et Tommaso Gosto, Compendio delV istoria di Napoli, part. IL)
femmes excitaient une aussi grande admiration quand elles avaient passé soixante ans, que ne devaient-elles pas être dans leur vingtième année ? Comment Raphaël aurait-il peint le froid portrait que nous voyons au Louvre, s'il avait connu Jeanne d'Aragon dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté? Tel qu'il est, cependant, et bien qu'il ne soit pas ce qu'il aurait pu être, ce portrait a la grande tournure des œuvres du maître, et l'on peut lui attribuer le nom de Raphaël sans compromettre l'autorité de ce grand nom * .
i. Envoyé à François I*' vers 1548, le portrait de Jeanne d'Aragon prit place dans la galerie de Fontainebleau. Sous Henri IV, il élait dans la galerie d'Apollon, où Porbus et les Janet avaient réuni une collection de portraits. Il est probable qu'on l'en avait enlevé au commencement du règne de Louis XIV, car il ne fut pas brûlé lors de l'incendie qui consuma celte galerie en 4660. Il fait aujourd'hui partie du musée du Louvre. Originairement exécuté sur un panneau de bois, il a été transporté sur toile. On en connaît de nombreuses répétitions. La plus connue est celle de la galerie Doria, à Rome; elle est peinte par un élève de Léonard de Vinci et dans la manière de ce maître ; c'est le môme tableau que celui de Raphaël, moins la tète, qui n*est plus celle de Jeanne d'Aragon. — Raphaël Morghen a gravé le portrait du Louvre.