LES UÉDIGIS DU XV* SIECLE
LEUR BLASON, LBUBS MONUMENTS, LEUBS PORTBAITS.
Si Jules II se parait d'un blason d'emprunt et ne pouvait compter d'ancêtres illustres au delà de son oncle Sixte IV, Léon X nommait parmi ses aïeux une longue série d'hommes considérables, ayant tous porté des armoiries qui leur étaient propres. L'écu des Médicis était d'or, semé de six palle ou balles rouges.Tandis que les apologistes donnaient à ces palle une origine héroïque, les détracteurs les dénonçaient comme un témoignage d'infime bourgeoisie. D'après certains auteurs, Averardo Medici, l'un des suivants de Charlemagne, avait terrasse le géant Mugello qui désolait la Toscane, et la massue du monstre, garnie de balles, avait laissé son empreinte sur le bouclier du héros, qui depuis lors s'était transformé en blason. Selon d'autres, les fameuses balles n'étaient que de simples pilules, et sor-
talent prosaïquement d'une boutique d^apothicaire*. La vérité sur l'origine des palle reste encore inconnue. Nombre de personnages, d'ailleurs, parmi les Médicis, apportèrent des modifications au blason primitif. Francesco d'Ardingo y adapta une bande rouge sur champ noir, en mémoire sans doute de la compagnie à laquelle il appartenait. Silvestro et Veri, pour afficher leur dévouement à la cause populaire, firent intervenir les armes du peuple dans leur écu et placèrent une croix dans la première des balles. Orlando Medici ajouta une herse à ses armes, affichant ainsi sa foi démocratique, et flattant en même temps Charles I" d'Anjou, roi de Naples, qui protégeait le parti guelfe en Italie. Avec Pierre de Médicis, enfin, on vit, du consentement de Louis XI, roi de France, quatre lis d'or fleurir dans la plus haute des jpa//e, qui, de rouge qu'elle avait été jusqu'alors, devint bleue*.
4. Verini donne aux palle des Médicis une étymologie assez vulgaire aussi, bien qu'un peu plus relevée déjà :
Est qui Bebrj-aca Medices testetur ab urbo VenUse, ol Toscam sobolem delcsso superbain Asserat : hinc Modicis mcruit cogDomen habore Quod medicus Tosci fuorit, sic oro venenum Dixorunt patrio; factique insigoia portet Sonis in globulis flaventem sanguino pcltam.
(Vor., De iUustr. l'rhis, lib. III.)
2. Ce fut seulement quand le pape Pie V eut concédé à Côme le titre de grand-duc que la couronne ducale couronna le blason des Médicis. On put lire alors autour de Técu : pids. v. pont. uax. ob.
EXiailAU. DILECTIONEM. AG. CATHOLICi!. RELIGIONIS. ZELVM. PR.£-
cu'VVMQVK. ivsTicLK. sONDivu. DONAViT. — Outre les Médicis,
Sans faire entrer les Médicîs dans le cycle légendaire de Charlemagne, il est certain que, dès le xiii" siècle, ils avaient pris rang dans l'histoire. En 1251, Jean de Médicis, à la tête d'une troupe de Florentins, disperse l'arniée milanaise qui assiégeait la forteresse de Scarperia, et pénètre dans la place sans perdre plus de vingt hommes*. Au siècle suivant, Silvestro Medici résiste avec courage à la tyrannie des nobles, en triomphe avec modération, se fait l'avocat des ammoniti* et les rétablit dans leurs droits politiques (1379) . Une grande popularité reste attachée à son nom, ainsi qu'à celui de son fils Veri'. Arrive ensuite le second Jean de Médicis. Homme d'affaires de premier ordre et grand patriote, il devient le plus riche banquier de son temps, occupe toutes les grandes charges de l'État sans en rechercher aucune, est adoré du peuple, redouté des nobles, et fonde sa maison sur de si larges bases, qu'elle pourra, plusieurs siècles durant, dominer les tempêtes.
d^autres familles encore enrichirent leurs blasons de palle, mais ces palle ne furent pas de même couleur que les palle des Médicis. Telles furent les palle des degli Abati. Ces derniers prétendirent, au temps de Cômo II, avoir trouvé ce blason en Grèce, ce qui Gt dire aussi que les Médicis avaient une origine grecque. 4. Ammirat., IsL Fior., t. I, lib. I, p, 531.
2. On appelait ammonili ou avertis ceux qui étaient accusés d'être attachés au parti gibelin, alors abhorré à Florence. Par le seul fait d'être classé parmi les ammonili, on était exclu de toutes les charges publiques.
3. Razzi, Vila di Silvestro de* Medici, Fir., 4580; Ammirat. IsL Fior., t. I, lib. II, p. 716 et 717.
PORTRAITS DE LÉON X. tU
tout en pliant parfois devant l'orage *. Jean de Médicis avait aimé Masaccio et compris son génie. Le portrait de l'homme d'État se voyait dans une fresque peinte par le grand artiste sur la façade du cloître de l'église del Carminé^. Cette peinture, que Ton a malheureusement détruite, nous dirait si quelque lien de ressemblance ne rattachait pas Léon X à son illustre trisaïeul. Giovanni Medici, marié à Piccarda di Odoardo Bueri% en avait eu quatre fils : Antonio et Damiano, morts en bas-âge*; Côme, qui hérita de la popularité de son père ; Laurent, qui fit souche de grands-ducs pour le siècle suivant.
Côme avait quarante ans à la mort de Jean de Médicis ^ Le charme et la fermeté de son caractère lui avaient gagné dès longtemps presque tous les cœurs* Deux fois déjà, en 1415 et 1417, il avait été prieur*
4. Né en 4360, Jean de Médicis figura trois fois parmi les prieurs de la ville, en 4402, en 4408 et en 4444 ; il fut nommé podeslat de Pistoja en 4407, gonfalonier de Florence en 4424, et l'un des Dix di balia en 4423. II combla de ses bienfaits la basilique de Saint-Laurent, qui, fondée par une pieuse matrone du nom de Giuliana et consacrée par saint Ambroise en 593, était en particulière vénération parmi les Florentins. Brunellescbi, sur Tordre de Jean de Médicis, construisit la sacristie, qu'on appelle aujourd'hui Y ancienne sacristie, Giovanni Medici mourut le 20 février 4429. On lui fil de magnifiques funérailles, auxquelles assistèrent tous les magistrats de la ville et tous les ambassadeurs étrangers.
2. Celte fresque disparut lors de la restauration du cloître en 4642.
3. Piccarda mourut en 4432. Marsuppini a écrit son apologie, que Ton trouve à la Laurenlienne.