SON PORTRAIT DANS LA CHAMRRE DE LA SIGNATURE
Paul Jove raconte gravement que, le 11 décembre 1475, Clarice Orsini, quelques heures avant de mettre au monde^ son second fils, vit en songe qu'elle enfantait un lion infiniment souple et démesurément grand. Le cardinal Jean, quand il devint pape, fut-il guidé
par ce songe en prenant le nom de Léon? N'est-ce pas plutôt sur le nom de Léon qu'on a échafaudé le prétendu songe? Ce qui est certain, c'est que Jean de Médicis, par la souplesse de son caractère et par la grandeur de sa situation, justifia le présage... L'année 1475 était celle du Jubilé. Les arts et les lettres passionnaient les princes et les peuples. L'Italie était à peu près paisible. L'autorité des Médicis, bien qu'on fût en train de tramer contre elle de terribles complots, était souveraine à Florence ; Galéas Sforza gouvernait Milan ; Sixte IV régnait à Rome, Ferdinand et Isabelle à Naples, en même temps qu'en Castille et en Aragon; Frédéric III était empereur d'Allemagne, Louis XI roi de France, Edouard IV roi d'Angleterre, Mathias Corvin roi de Hongrie. Toutes ces puissances se tenaient à peu près en équilibre. Le danger commun de l'invasion musulmane contribuait à leur consolidation.
Laurent de Médicis n'avait pas besoin que le poignard des Pazzi lui montrât la puissance de l'Église et le danger des haines pontificales. Il savait que sa famille ne deviendrait une dynastie que si elle comptait parmi ses membres un pape, et Jean, dès sa naissance, fut consacré au sacerdoce. A l'âge de sept ans, cet enfant fut déclaré capable de recevoir les ordres sacrés, et reçut de Louis XI l'abbaye de Fonle-Dolce. « Le 19 mai 1483, écrit Laurent dans ses mémoires, nous avons reçu la nouvelle que le roi de France avait de lui-même nommé mon fils Jean à l'abbaye de Fonte-
Dolce. Le 31, nous avons appris de Rome que le pape avait confirmé cette nomination et déclaré Jean, qui a maintenant sept ans, capable de posséder un bénéfice. Le 1" juin, je Tai conduit de Poggio à Florence, où révoque d'Arezzo lui a donné la confirmation et la tonsure; et, depuis ce jour, on l'a appelé messire Jean. » Dès lors, les honneurs ecclésiastiques s'accumulent sur cette jeune tête. Messire Jean reçoit de Sixte IV l'investiture de l'abbaye de Passignano ; il est chanoine des cathédrales de Florence, de Fiesole et d'Arezzo; recteur de Carmignano, de Giogoli, de San Casciano, de San Giovanni in Valdarno, de San Pietro à Casale et de San Marcellino à Cacciano; prieur de Monte-Varchi ; chantre de Sant' Antonio, à Florence ; proposto de Prato ; abbé du Mont-Cassin, etc. , etc., etc. « Bone Deus^ s'écrie Fabroni, quoi in uno juvene cumulata sacerdotis!^ Mais tout cela n'était que peu de chose encore pour l'ambition des Médicis... Innocent VIII succède à Sixte IV, et Laurent s'empresse de marier une de ses filles, Madeleine de Médicis, au fils du pape, François Cibo. Aussitôt les portes du sacré collège s'ouvrent à deux battants devant messire Jean, qui, à peine âgé de treize ans, devient cardinal au titre de Santa-Maria in Domnica*.