‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 81 sur 131 · Fabroni, Vita Leonis X, in adnot., p · texte numérisé non relu

Fabroni, Vita Leonis X, in adnot., p

t. Jean de Médicis fut élevé au cardinalat au mois d'octobre 4488; mais il ne fut pas mis aussitôt en possession du chapeau, et ce ne fut que quatre ans plus tard qu'il vint prendre sa place au sacré collège. Laurent de Médicis eut, dans cette circonstance, de

Des réjouissances publiques célébrèrent à Florence cet événement, qui mettait le comble à la fortune des Médicis, et Bartolommeo Scala, chancelier de la République, remercia le pape, au nom du gouvernement de Florence, de l'honneur que la ville même recevait dans la personne du cardinal de Médicis.

Laurent, d'ailleurs, ne négligea rien pour élever l'esprit de son fils à la hauteur d'une telle situation. Jean de Médicis tenait de son père de rares facultés d'intelligence, qu'une haute culture allait développer selon l'esprit de la Renaissance. Politien était en train de faire du futur pape un humaniste de premier ordre. Pierre Eginète et Démétrius Chalcondyle lui enseignaient le grec. Marcile Ficin l'initiait à la philosophie platonicienne; Jean Argyropile tâchait de le gagner à la cause d'Aristote. Les artistes les plus renommés étalaient devant lui leurs chefs-d'œuvre, tandis que l'art classique, partout retrouvé, lui apparaissait rayonnant de clarté. C'est ainsi qu'on épurait son goût, sans éclairer peut-être suffisamment son âme. Clarice Orsini, sa mère, aurait souhaité moins de paganisme et plaidait avec chaleur la cause des lettres chrétiennes. De là, ses querelles avec Politien*. Les

grandes obligations aux cardinaux Ascanio Sforza, frère de Lodoyico Sforza, et Roderic Rorgia, alors vice-chancelier de TÉglise. Le cardinal Jean continua ses éludes et passa deux ans à TAcadémie de Pise, où il reçut les leçons de Fiiippus Decius et de Bartolommeo Sozzini, les deux plus célèbres professeurs de droit ecclésiastique. 4. « Quant à Jean, écrit Politien à Laurent de Médicis, sa mère

prodigalités de Laurent, les fêtes somptueuses à chaque instant données sous les yeux du jeune cardinal, la licence poussée souvent jusqu'à l'obscénité, étaient en outre de dangereux exemples. Ces semences de dissipation et de prodigalité devaient germer un jour et entraîner le pape jusqu'à compromettre la papauté. Chez messer Giovanni, cependant, la nature était bonne et resta telle malgré la perversité des temps. Son admiration passionnée pour Pic de la Mirandole, ses visites fréquentes au couvent des Camaldules et le charme qu'il goûtait dans cette retraite, son affection pour les hommes remarquables qu'il y rencontrait, la reconnaissance qu'il voua dès lors à Paul Justinien et à Pierre Delfini, démontrent un caractère généreux et un esprit droit.

Le jour tant désiré de la probation de messer Giovanni arriva enfin. Le 9 mars 1492, Mathias Bosso, supérieur du monastère de Fiesole, revêtit solennellement de la pourpre le jeune cardinal*. Tout Florence, encore une fois, fut en liesse : spectacles, illuminations, feux d'artifice, furent prodigués par Laurent le Magnifique. Trois jours après, Jean de Médicis se rendit à Rome pour y fixer sa résidence. Bernardo Dovizi

Toccupe à la lecture du Psautier, ce que je n'approuve nullement. » 4. Jean Pic de la Mirandole et Jacques Salviati, mari de lucrezia Medici, fille de Laurent, furent les témoins de Jean de Médicis. Pierre de Médicis, frère aîné de Jean, vint en grande pompe à Fiesole chercher le jeune cardinal, pour faire avec lui dans Florence une entrée triomphale.

da Bibbiena, de cinq ans seulement plus âgé que lui, l'accompagnait. Il s'était donné, depuis plusieurs années déjà, corps et âme aux Médicis, et avait gagné l'amitié de messer Giovanni, dont il était devenu le conseil, le compagnon d'études et l'émule. De Florence à Rome, Jean de Médicis marcha d'ovations en ovations* Celui qui devait rendre à la ville éternelle quelque chose de son antique splendeur, y entra pour . la première fois le î22 mars 1492. Francesco Cibo, son beaufrère, ainsi qu'un grand nombre de princes romains, lui faisaient escorte. 11 descendit au couvent de Sainte- Marie-du-Peuple, où tous les cardinaux vinrent le visiter. On comptait alors dans le sacré collège : Roderic Borgîa, qui fut Alexandre VI ; Antonio Todeschini, qui fut Pie III ; Giuliano délia Rovere, qui fut Jules II ; les Riario, les Sforza, les Caraffa, les Orsini, les Colonna, y avaient aussi leurs représentants. Le lendemain de son arrivée, Jean de Médicis fut reçu par le pape en plein consistoire. Quoique à peine âgé de dixsept ans, disent les contemporains, il portait la pourpre avec infiniment d'aisance et de naturel. Grâce .à sa haute stature, à la noblesse de son maintien, à l'élégance et à la mesure de ses discours, ce jeune homme avait toute la dignité d'un prince de l'Église ^.. Que ri'avons-nous dès lors un portrait authentique du cardinal Jean ? Comment l'enfant d'abord et le jeune

4 . Voir Fabroni, cilé par W. Roscoe, au n® xvi de l'Appendice du tome I« de la Vie de Léon X.

homme ensuite, sur qui se fondaient de si hautes espérances, ne furent-ils pas des modèles de prédilection pour les quatirocentisti qui entouraient Laurent le Magnifique et dans l'intimité desquels vivait aussi Jean de Médicis? Comment les médailleurs n'ont-ils pas non plus conservé les traits du jeune cardinal ? Comment n'a-t-on pas au moins, pour l'iconographie de Léon X, l'équivalent de ce que présente l'iconographie de Jules II? Comment, alors que la fresque de Melozzo da Forli et la médaille de Sperandio nous font connaître le cardinal Julien délia Rovere, rien ne donne-t-il l'idée de ce que fut le cardiilal Jean jusqu'au jour où il rencontra Raphaël à Rome, c'est-à-dire durant les vingt-deux premières années de son cardinalat * ? Une telle lacune dans l'iconographie de la fin du XV* siècle et du commencement du xvi* ne se comprend guère, mais elle n'en existe pas moins... Vous souvient-il d'un jeune proposto^ tout de rouge habillé, dans une des fresques de Filippo Lippi h la cathédrale de Prato? Ce monsignor imberbe, rose et presque joufflu, tout fraîchement barbouillé de théologie et frotté probablement aussi de pédantisme littéraire, gravement installé dans sa dignité, est Carlo Medici. On pourrait se représenter ainsi messer Giovanni. Ce n'est malheureusement qu'un de ses cousins , mais avec un

4. Jean de Médicis, ayant élé nommé cardinal en USS, put voir Raphaël à Rome dès 4508; mais ce fut en 45tO seulement que Raphaël peignit la fresque des Décrétales, dans laquelle il plaçn, pour la première fois, le portrait du ûls de Laurent le Magnifique. n. 17

air de famille qui fait songer à ce que devait être le cardinal Jean à son entrée dans le consistoire romain en 1492.

Jean de Médicis était en train de s'installer à Rome quand lui arriva la nouvelle de la mort de son père. H revint aussitôt à Florence, afin d'y fortifier par sa présence la position de son frère, et le pape, pour lui donner plus d'autorité, le nomma légat du Saint-Siège dans le patrimoine de Saint-Pierre en Étrurie. Tous les pouvoirs de Laurent avaient été remis aux mains de Pierre de Médicis, et le cardinal Jean, de son côté, fut accueilli avec enthousiasme par les Florentins.

Les Tapisseries du Vatican * , une des œuvres les

4 . Ce fut en 4515 que Raphaël fut chargé par Léon X de composer les carions des tapisseries qui devaient garnir la partie inférieure des murs latéraux de la chapelle Sixtine et compléter la décoration commencée par \esquaUrocenli$li, à la partie supérieure des mêmes murs, et poursuivie par Michel-Ange au plafond et sur les retombées des voûtes. Ces tapisseries, fabriquées à Ârras sous la direction de Bernard Van Orley, arrivèrent à Rome en 4 54 8 et furent placées aussitôt dans la chapelle du pape. Elles en furent enlevées, comme butin de guerre, par les troupes de Charles-Quint, lors du sac de Rome en 4 527, passèrent en France et furent achetées par le connétable Anne de Montmorency, qui les fit restaurer et les rendit au pape Jules III, en 4553. C'est ce que constate inscription suivante, ajoutée à la tapisserie qui représente saint Paul préchant à Athènes : u Urbe capta partem aulaeorum a prœdonib. distractonim conquisitam Ânnœ Mommorancius gallicœ mililiae praef. resarciendam atq. Julio III. P. M. restituendam curavit, 4553. » Ces mêmes tapisseries furent volées une seconde fois en 4789 et tombèrent aux mains de marchands juifs qui les voulaient brûler pour en extraire For, et qui accomplirent sur Tune d'elles {Jésus-Christ descendant

plus admirables auxquelles Raphaël ait attaché son nom, contiennent, dans leurs soubassements, une suite de tableaux qui sont comme les annales pittoresques de Jean de Médicis. Ces tableaux simulent des bas-reliefs de bronze rehaussés d'or : ils sont conçus dans le goût de l'antique, mais fortement marqués parle génie du XVI® siècle. C'est Francesco Penni (le Fattore) qui, sous la direction de Raphaël, en a dessiné les cartons*. On y peut suivre quelques-uns des principaux événements qu'eut à traverser le second fils de Laurent le Magnifique sous le pontificat d'Innocent VIII, d'Alexandre VI, de Pie III et de Jules II.

dans les limbes) celle abominable opération. Le résultat, fort heureusement, ne répondit point à leur attente, et ils cédèrent ces tapisseries, pour un prix minime, à des Génois qui les revendirent à Pie VU en 1808. On les suspendit, en 4814, dans la partie des appartements qui porte le nom de Pie V, comme l'indique Tinscription suivante ajoutée à la Pèche miraculeuse : c Magnl Raphaelis Sanctii Urbinatis picturas textis aulaeis expressas iubente Leone X. P. M. ad Vaticani ornamenlum Plus VII P. M. sumptu non exiguo redemptas et instauratas in splendidiorem locam artium comraodilati coUocandas mandavit A. MDCCCXIV. » Depuis lors on les connaît, dans la langue des arts, sous le nom de Tapisseries du Valican,

4. Les arabesques qui décorent les pilastres de ces mêmes tapisseries sont de Jean d'Udine. On y voit, à plusieurs reprises, les armes des Médicis.

Jean de Médias arrive à Florence en qualité de légat pontificaL

Les deux premiers tableaux sont consacrés à cet événement * .

Dans le premier de ces tableaux, Jean de Médicis, monté sur une mule et drapé dans sa pourpre, est accompagné des magistrats de la ville et de cinq cardinaux, Pierre de Médicis, qu'on prendrait aussi bien pour un Marc-Aurèle, sert de guide à ce cortège héroïque et presque pontifical en même temps. Deux soldats à pied, en tout semblables aux légionnaires de la colonne Trajane, précèdent le nouveau maître auquel Florence vient de se donner. Suit l'escorte légendaire de ce quasi imperalor. Enfin, sur le premier plan à droite, est assise une grande figure de fleuve, tenant de la main droite un roseau et de la main gauche une urne, d'où s'écoulent les eaux de l'Amo. Il serait puéril de chercher là des portraits. Contentons-nous d'y voir, dans un langage pittoresque tout classique, une page de l'histoire florentine de la fin du xv® siècle.

Le second tableau complète le premier. Le vieux Fleuve barbu, qui épanche ses eaux à travers la ville, est là encore étendu sur une sorte de rocher, à gauche de ce simulacre de bas-relief*. La ville de Florence,

4 . Ils sont placés dans le soubassement qui accompagne la tapisserie représentant le Martyre de saint Etienne.

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