Il soutient de son bras gauche une longue corne d'abon
SOUS la forme d'une divinité païenne, accourt audevant du cardinal Jean , dont on ne voit cette fois que l'escorte et dont on aperçoit seulement la monture. Les principaux personnages de la cité sont réunis pour faire accueil au légat pontifical. Une svelte jeune femme les accompagne : c'est le génie môme de la Renaissance, c'est l'antiquité retrouvée , ressuscitée , rajeunie , métamorphosée par le souffle de l'esprit moderne , qui s'empresse vers son futur pape... Le cardinal Jean de Médicis, durant ce séjour à Florence, prit à son compte la meilleure part de l'héritage paternel. 11 se déclara le protecteur des lettres et des arts, adopta les savants que la munificence de Laurent avait comblés et leur prodigua lui-même ses bienfaits. Marcile Ficîn et DémétriusChalcondyle éprouvèrent surtout les effets de sa générosité. On songe à eux, en présence des deux personnages qui surgissent au fond du tableau, comme pour rendre témoignage au cardinal Jean. Dans ces compositions, où l'allégorie et l'apologie se disputent le pas, le dessinateur en a pris très à son aise, et le spectateur, de son côté, garde une grande liberté d'interprétation. 11 ne faut voir là que des improvisations secondaires, fortement marquées cependant de la physionomie de l'école et du génie du maître*.
daoce chargée de fruits. Au fond, derrière celte figure de Fleuve, on voit un temple antique.
4. Le dessin de François Penni, pour ce tableau, est au musée du Louvre. La collection Albertioe en possède une répétition. Une
Innocent VIII, à son tour, tomba malade, et le cardinal Jean n'eut que le temps de courir à Rome pour entrer au conclave. On sait les scandales de cette élection, d'où sortit l'opprobre de la papauté. Les cardinaux qui avaient été hostiles à Roderic Borgia eurent tout à craindre d'Alexandre VI. Julien délia Rovere se fortifia dans Oslie; Giovanni Colonnaseréfugia en Sicile; Jean de Médicis se retira à Florence. Ce fut alors un désarroi général d'un bout à l'autre de la Péninsule. Chacun se sentant incapable de triompher de son ennemi , tous se tournèrent vers l'étranger. Louis Sforza, qui n'osait à lui seul assassiner son neveu Jean Galéas, appela Charles VIII à son aide. Julien délia Rovere, qui voulait la déposition d'Alexandre VI, fit de même. Alphonse d'Aragon*, de son côté, que le roi de France prétendait détrôner et que l'appui des Borgia ne rassurait guère, fit appel au sultan*, en atten-
autre réplique fe Irouvait aussi chez Thomas Lawrence; elle appartint ensuite au roi de HoUande, à la vente duquel elle fut achetée par M. Samuel Woodburn, de Londres, moyennant deux cent cinquante florins.
\ . Le roi Ferdinand d'Aragon étant mort subitement, le 24 janvier 4494, Alexandre VI s'empressa de donner k Alphonse, fils de Ferdinand , l'investiture du royaume de Naples. Pour cimenter l'alliance des Borgia avec les princes d'Aragon, le mariage de Geoffroy, le plus jeune des fils du pape (il n'avait que treize ans), avec Sancia d*Aragon (elle avait dix-sept ans] fut immédiatement conclu.
2. Charles YIII visait Naples comme une première étape dans la marche sur Constantinople. Le mirage d'une restauration de l'empire grec avait enflammé ce faible et chimérique esprit;
dant qu'il s'adressât aux Espagnols, plus funestes à ritalle que les Turcs. La maison d'Autriche, enfin, s'apprêtait à mettre aussi dans la balance des destinées italiennes tout le poids de sa haine contre la France ^ Au milieu de toutes ces invasions voulues par elle, la malheureuse Italie allait devenir, pendant un quart de siècle, le champ de bataille de l'Occident... Les Médicis voyaient approcher ces orages et pensaient se tenir à l'abri dans Florence. Ils ne le purent. Au dehors l'étranger s'avançait, au dedans la révolution grondait. Pierre manqua de courage et de caractère, de ressources et de décision. Allié d'Alphonse d'Aragon, il courut se jeter aux pieds de Charles VIII. Feignant de défendre la République et de s'offrir luimême en holocauste, il livra toutes les forteresses de la Toscane à la France, et ne songea qu'à tourner les armes étrangères contre sa patrie*. Les Florentins, soulevés par l'indignation, le chassèrent'.
Alphonse d'Aragon dénonça ces projets à Bajazei, pour le décidrr à intervenir contre les Français.
4. Charles VIII avait fait à la maison d'Autriche deux outrages sanglants: il avait renvoyé en Allemagne Marguerite, fille de Maximilien, à laquelle il était fiancé et qui avait été élevée à la cour de France en vue de son futur mariage, et il avait épousé Anne de Bretagne, qui était fiancée à Maxi milien.
2. Il livra Sarzanna, Pise, Livourne, Pietra Santa. « Ceux qui traîtoient avec ledict Pierre m'ont conté, dit Commines, et à pulsieurs aultres l'ont dit, en se raillant et moquant de lui, qu'ils estoient ébahis comme si tôt accorda si grande chose, et à quoi ils ne s'attendoient pas.» {Mém. de Camm,, liv. VII, ch. vu, p. 198.)
3. Pierre de Médicis avait espéré que, en échange de ce qu'il
16i RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.
Il se sauva, déguisé en valet, et se réfugia à Bologne d'abord, à Venise ensuite. Le cardinal Jean, de son côté, n'eut que le temps de troquer sa pourpre contre le froc d'un franciscain*. Le futur lion fut contraint d'endosser la peau d'un renard, et, sous ces dehors modestes, put sortir de la ville, Il se retira à Pitigliano, et de là gagna Castello, où les Vitelli le reçurent honorablement. Le peuple florentin, qui eut été barbare vis-à-vis des hommes, fui stupide vis-à-vis des choses. Il se rua sur les palais des Médicis et de leurs adhérents, pilla, brisa, dispersa, brûla des trésors qui faisaient partie du patrimoine de l'humanité. Les jardins de Saint-Marc, où Laurent le Magnifique avait- rassemblé les plus rares épaves de l'antiquité, ne trouvèrent pas grâce devant cette foule en délire. Nombre d'objets incomparâbles et précieux pour l'art furent jetés aux vents... Voilà ce que rappellent deux tableaux placés en bordure au bas de la tapisserie qui représente Jésus-Chmi remettant les clefs de V Église à saint Pierre.
donnait, les Orsini, les Colonna, les Savelli, qui combattaient aTCC la France, entreraient à Florence avec un corps de troupes étrangères ël l'aideraient à s'emparer de l'autorité souveraine. Lucas Corsini, Jacopo de* Nerli, etc., soulevèrent Florence contre lui, et tous les Médicis faillirent être victimes de la fureur populaire.
4 . Il espéra trouver un asile au couvent de Saint-Marc, qui avait été comme inféodé à ses ancêtres, et il en fut repoussé.
Le cardinal Jean de Médicis s'échappe de Florence sous r habit d'un franciscain.
Au milieu de la confusion, Jean de Médicis, la lête encapuchonnée et le corps enveloppé dans une robe de moine, s'enfuit de la ville. Deux personnages, qui lui sont restés fidèles, le suivent à distance. A gauche, la révolution est personnifiée par le monstrueux géant des tremblements de terre, qui soulève le sol et met tout à néant ^ A droite, une femme en deuil, ayant à ses côtés le lion de Saint-Marc, est assise au milieu des ruines et se lamente sur les malheurs de la patrie. Dans le lointain, des hommes armés cherchent les fugitifs... On le voit, l'antique prosopopée fournit les principaux éléments de ces tableaux, où le symbolisme s'adapte avec clarté aux nécessités de l'histoire, ou plutôt aux convenances de l'apologie.
Le palais des Médicis est livré au pillage.
Les bossages des assises inférieures du palais Médicis servent de fond au tableau. Une grande agitation règne autour de cette demeure, d'où sort une foule de guerriers accommodés à l'antique et chargés de butin. Bustes, statues, tableaux, vases précieux, livres, manuscrits, etc., sont jetés pêle-mêle et traînés aux gémonies. A considérer l'ordonnance de ce sem-