Nardi, Istor. Fior,, I, p
de Naples*, Tintervention de l'Espagne, la formation de la Ligue sainte*^ l'entrée de Maximilien dans la Péninsule', la retraite un moment coupée aux Français, la bataille de Fornoue*, le roi, plus heureux que sage, parvenant à percer les lignes italiennes..., sont, des événements où n'a rien à faire le cardinal Jean. Mais, au cours de l'année l/i96, Florence se trouve aux prises avec la guerre à l'extérieur et avec les discordes civiles à l'intérieur, et les Médicis croient le moment venu pour eux de rentrer en scène. Ils s'étaient tous réunis à Rome, où Virgilio Orsini leur vendit ses services. Pierre était le plus violent, Julien le pluô brave, Jean le plus habile. Ils avaient pour eux l'appui des Vénitiens, la complicité du pape, et comptaient sur le soulèvement que devaient provoquer leurs partisans
4. Charles YIII entra à Naples le 22 février 4495, et se fit couronner roi de Sicile et de Jérusalem le 24 mai. A rapproche des Français, Alphonse II avait fui lâchement, en abandonnant la couronne à son fils Ferdinand II, qui, forcé d'abdiquer à son tour, se jeta dans les bras de l'Espagne.
2. La ligue sainte formée contre le roi de France, comprenait le duc de Milan Louis Sforza, la République de Venise, l'empereur Maximilien et le roi d'Espagne Ferdinand le Catholique.
3. Maximilien, allié des Pisans, arriva dans le Milanais au mois d'octobre 4496.
4. Elle fut livrée sur les bords du Tare. Les Français et les Italiens se prétendirent vainqueurs. A la suite de cette bataille, cependant, Charles Vin put rentrer en France. Mais aussitôt Ferdinand II reprit Naples et en chassa les Français. Son père, Alphonse II, était mort à Messine le 49 novembre 4495. Ferdinand lui-môme mourut le 5 septembre 4 496.
dans Florence ; mais Florence ne bougea pas, et les troupes qu'ils avaient réunies les abandonnèrent. Le cardinal Jean, qui s'était rendu à Bologne pour gagner à sa cause Jean Bentivoglio, n'eut que le temps de se retirer près de Ludovic Sforza.
Pareille tentativQ fut renouvelée au mois d'avrill497, mais sans plus de succès. Tout semblait cependant devoir la favoriser. Les Vénitiens, encore une foi?, promettaient leur concours. Sienne et Pise étaient de puissants auxiliaires. Dans Florence, l'autorité de Savonarole baissait de plus en plus : les mécontents parlaient haut, Bernardo del Nero, un ancien ami des Médicis, venait d'être élu gonfalonier. Alexandre VI, de son côté, se montrait de plus en plus menaçant contre le réformateur. L'Alviane, enfin, commandait l'expédition. Le 28 avril 1497, un corps de troupes considérable s'avança jusque sous les murs de Florence, mais trouva les portes closes et bonne garde à chacune d'elles. Le complot avait été éventé et Ton avait chargé Pierre Vitelli de défendre la ville. Les amis des Médicis, Lorenzo Tornabuoni, Giannozzo Pucci, Giovanni Cambi et Niccolô Ridolfi , furent arrêtés et incontinent décapités. Pierre, Jean et Julien, de nouveau déçus, se retirèrent à Sienne.
En 1498, pour la troisième fois, les Médicis font une tentative contre leur patrie. La lutte, s'engagea dans le Casentino. Les troupes réunies de l'Alviane, du duc d'Urbin et des Orsini combattirent pour eux; mais Louis Sforza leur fut contraire, et les Florentins
demeurèrent triomphants. On prétendit plus tard que Paolo Vitelli, qui les commandait, aurait pu d'un seul coup s'emparer des trois fils de Laurent le Magnifique, et, malgré les grands services qu'il avait rendus à la République, cette accusation le conduisit à la mort*. A côté des brigandages grandioses qui se commettaient alors dans la Péninsule, les tentatives contre Florence, plusieurs fois répétées par les Médicis, semblent mesquines. Qu'est-ce que Pierre de Médicis à côté de Louis XII et de César Borgia, de Maximilien et de Ferdinand le Catholique ? En se distribuant les rôles, ces illustres spoliateurs se pai'tageaient les peuples. Il fallait au roi de France le royaume de Naples et leduché deMilan*. A César Borgia, on devaittail- 1er une quasi -royauté dans la Romagne : Imola, Forii,
1. Vitelli ne fut jugé et décapité que Tannée suivante (4499). Vainqueur des Pisans et ayant déjà fait brèche dans la ville (24 août), il ne sut proûterde ses avantages pour s'emparer de Pise. On l'accusa de trahison, et on le condamna sans preuves. Sa mort est rappelée dans les vers suivants :
Urbis ut ingratfB scelus, et victricia Pauli
Audiit immiti colla resecta manu, Scipiadum major, tua quid benefacta, ViteUi,
Quid valuôro mea? Ahl dixit et iogemuit.
2. En devenant roi de France, Louis XII s'était proclamé duc de Milan et roi des Deux-Siciles. Ayant besoin de la complicité du pape pour répudier Jeanne de France et épouser Anne de Bretagne veuve de Charles YIII, il avait fait alliance avec les Borgia; César était devenu Tun de ses favoris, en attendant que, par son mariage avec la princesse Charlotte, fille de Jean d'Albret, roi de Navarre, il entrât dans la maison de France.
Faenza, Pesaro, Sinigaglia, Piombino, Camerino, Urbino, allaient tomber en son pouvoir. Les Vénitiens, pour prix de leur complicité, prenaient Crémone et tout le Crémonais. Voilà ce que stipulait le traité signé à Blois, le 15 avril 1499... Le cardinal Jean, après avoir erré au milieu des spoliateurs sans trouver nulle part un sûr asile, se décide alors à quitter pour un temps l'Italie. Accompagné de quelques amis, il traverse l'État de Venise et passe en Allemagne. A Ulm, bien qu'il eut dépouillé toutes les marques extérieures de sa dignité, il est découvert et conduit devant Maximilien, qui l'accueille et lui donne un sauf-conduit. De là, il se rend en Flandre, oii Philippe le Beau le reçoit avec faveur. La France lui est moins hospitalière. Reconnu de nouveau à Rouen, il est arrêté et retenu quelque temps prisonnier. Son voyage se poursuit ensuite sans encombre jusqu'à Marseille, où il s'embarque pour retourner à Rome. La tempête le jette à Savone : là il rencontre Julien délia Rovere... La destinée mettant en présence, loin de Rome et battus par l'orage, les deux futurs papes, l'un très jeune encore, l'autre vieux déjà, et tous deux confondant leurs pensées, leurs haines et leurs espérances; n'y avait-il pas là de quoi tenter le dessinateur? Cependant aucun des épisodes de cette longue pérégrination n'est rappelé dans les bordures des tapisseries... De Savone, le cardinal Jean gagna Gênes, où il resta pendant quelque temps auprès de sa sœur Madeleine, mariée à Francesco Cibo, et revint à Rome dans le cours de l'année 1500. César
Borgia, au comble de la puissance, venait d'y rentrer en imperator^.
Pierre de Médicis, au milieu du bouleversement général, s'agitait toujours beaucoup, mais agissait peu. Le cardinal Jean, sans espoir de succès, dut aussi se remettre en campagne. On le voit alors tour à tour au camp de Louis XII et auprès de César Borgia, excitant l'un contre Florence, et parvenant à entraîner l'autre à uneactiond'éclat*. Deux fois le fils d'Alexandre VI fait trembler les Florentins'; deux fois Louis XII arrête César sur le point de triompher*. Ce fut
4. 26 février 4 500. César avait été nommé gonfalonier de rËglise. Peu de temps après, le 40 avril, Louis Sforza fut fait prisonnier par Louis XII et envoyé à Loches, où il mourut en 1540.
2. César était poussé surtout par Pierre de Médicis et par Vitetlozo Vitelli, qui avait à cœur de venger la mort de son frère. César pensait qu'il régnerait à Florence sous le couvert des Médicis.
3. Dans Tultimatum qu'il posait, César forçait les Florentins de rétablir Pierre de Médieis dans ses charges, honneurs et dignités. Les Florentins indignés se révoltèrent, et Louis XII, qui craignait César Borgia, exigea du pape qu'il rappelât son fils à Rome.
4. Alexandre VI venait de déposer la maison d'Aragon et de partager l'État de Naples entre TEspagne et la France. César Borgia s'était payé de ce service en s'em parant du duché d'Urbin. Il se croyait, de plus, en droit de mettre la main sur Florence et d'en disposer en faveur de Pierre de Médicis. Déjà il avait pris Gortone, Borgo-San-Sepolcro, Anghiera, Arezzo, quand Pierre Soderini se rendit auprès de Louis XII pour lui démontrer que le danger dont Florence était menacée ne larderait pas à le menacer luimôme aussi. Louis XII agit alors impérativement auprès du pape, et César dut rendre à la Toscane tout ce qu'il lui avait pris.
Pierre Soderini qui déjoua le plan des Médicis. II se rendit auprès de Louis XII et lui représenta que César, puissant comme il Tétait déjà, deviendrait menaçant, même pour le roi de France, s'il mettait la main sur la Toscane. Louis XII eut peur en effet de César, et lui fit rendre tout ce qu'il avait pris aux Florentins. Ceux-ci eurent dès lors toute confiance en Soderini, le nommèrent gonfalonier et voulurent qu'il conservât le pouvoir sa vie durant... Dans toutes ces tentatives avortées des Médicis pour reconquérir le pouvoir, il n'y avait rien eu qui sollicitât particulièrement les arts en faveur du cardinal Jean. Aui^si le peintre chargé des annales de Léon X s'est -il abstenu d'y faire allusion dans les bordures des lapisséries.
Alexandre VI mourut subitement le 18 août 1503. César Borgia tomba de haut. Il allait être nommé roi de Romagne et d'Ombrie : Gonzalve de Cordoue l'envoya mourir en Espagne. Le cardinal de Sienne, Antonio Todeschini, fut nommé pape, prit le nom de Pie III et régna vingt-six jours. Puis vint Jules IL Les Français , qu'il avait appelés , lui étaient devenus odieux. Battus sur le Garigliano, ils furent pour la seconde fois chassés de Naples, et Pierre de Médicis, à la suite de cette bataille, se noya en vue de Gaëte'. Il avait, dix années durant, erré à travers
4 . Le mausolée de Pierre de Médicis se trouve dans Téglise du Mont-Cassin.
ritalie, cherchant à ressaisirun pouvoir perdu sans retour. Au temps de ses splendeurs, Politien lui avait composé cette devise : In viridi leneras exuril flamma medullas. La flamme qui, en 1492, faisait entendre de douces modulations au milieu des lauriers, depuis dix ans déjà vacillait à travers la tempête et s'éteignît dans les flots du golfe aimé des poètes le 28 décembre 1503. Les Florentins avaient eu Pierre de Médicisen exécration. Après sa mort, la fortune de sa maison sembla renaître. AlphonsineOrsini, sa veuve, put revenir à Florence, et s'empressa de marier à Philippe Strozzi sa fille Clarice, qui était la fiancée de Balthazar Castiglione. Comme il était interdit à un citoyen de la République de contracter alliance avec les bannis, Philippe Strozzi fut condamné à l'exil, mais ce ne fut que pour la forme. Les magistrats, après avoir prononcé la sentence, fermèrent les yeux sur son exécution et laissèrent Philippe Strozzi rentrer presque aussitôt à Florence. Les anciens amis des Médicis, les Ruccellai, les Salviali, etc., ne cachaient plus leurs affections, voire leurs espérances. Il était clair que la situation s'améliorait pour les Médicis. Jules II avait oublié les anciennes haines des della Rovere, et le cardinal Jean jouissait à Rome en toute liberté de la grande situation qui convenait à son nom. Devenu chef de famille il se dirigeait avec prudence et habileté. Pierre avait tout compromis par ses impatiences. Il fallait laisser faire le temps. Jean de Médicis, en attendant, reprenait une ancienne prérogative de famille et se déclarait le protec-
teur des lettresel des arts : il s'adonnait àsa passion pour l'antiquité classique, lisait plus volontiers Virgile et Horace que saint Jérôme et saint Augustin, faisait du paganisme littéraire avec les platoniciens, cultivait la musique et s'entourait de musiciens, suivait les fouilles, visitait assidûment les sculpteurs et les peintres. Quoique passionné pour la chasse, il n'aimait pas la guerre; Jules II, au contraire, ne rêvait que batailles. Ces deux natures étaient fort opposées, ce qui ne les empêchait pas de très bien s'accorder. Le pape comptait sur la fidélité du cardinal et s'en rapportait à son jugement.
Le rôle politique de Jean de Médicis, de 1503 à 1513, est fort effacé. Le cardinal n'intervient pas dans les démêlés des différentes puissances avec Venise ; il n'est pas partie active dans la ligue de Cambrai^ ne paraît pas à la bataille d'Agnadel et n'a rien à faire avec les horreurs qui suivent. Fut-il, comme conseil, pour quelque chose dans le revirement de Jules II en faveur des Vénitiens et dans ses violences contre Louis XII ? On ne sait. Ce qui est certain, c'est que son ambition personnelle ne lui fit commettre aucune faute. Il se garda de conspirer contre sa patrie. Il voyait l'autorité de Pierre Soderini baisser chaque jour davantage et savait que le temps était proche où elle tomberait à néant . Ce fut la République elle-même qui se perdit. Jules II revenait de Ravenne è. Rome après la révolte de Bologne, lorsque, passant par Rimini, il se vit sommé de comparaître en personne devant le concile qui allait
se réunir à Pise le l*' septembre 1511. Florence, venant de soumettre Pise, assumait sur elle la responsabilité du concile, et Jules II jura de châtier les Florentins. Le cardinal Jean fut aussitôt nommé légat à Bologne, avec pleins pouvoirs sur l'armée que conamandait Marc-Antoine Colonna, et promesse de rentrer à la tête de cette armée dans Florence, dès que les Français auraient été chassés de la Romagne. Par malheur il fallut, pour aller en Toscane, passer par Ravenne, oii Gaston de Foix faillit mettre à néant toutes ces espérances. Les troupes françaises comptaient parmi leurs principaux chefs le cardinal de San Séverine, qui combattait armé de pied en cap ainsi qu'un homme de guerre. Le cardinal de Médicis, au contraire, continuait de porter dans les camps la robe et les insignes de sa dignité ecclésiastique. C'est dans ce costume qu'il fut fait prisonnier le 11 avril 1512*. Les apologistes le représentent héroïque durant le combat, impassible au milieu du danger, ramenant les fuyards et ranimant les courages, prodiguant aux mourants les dernières consolations*. C'est en remplissant ces pieux devoirs qu'il avait été fait prisonnier'. Les détracteurs, au contraire, prétendent que « le jeune et gros légat » mourait de