GLACE
vie, des hommes qui possèdent une grande connaissance du fleuve, qui ont surveillé la marche des eaux, hiver et été, depuis des années, qui comprennent les courants, connaissent les hauts-fonds et les rapides, sont persuadés que si ce plan est mis à exécution, le canal et les quais de Farran Point et de Morrisburg seront submergés, même en été. On ne saurait calculer les énormes dommages qui en résulteront sur des milles de distance en amont et même en aval.
On a relevé une différence de niveau de 90 pieds, de la tête des rapides Galop au pied du Long-Sault; en amont du Sault, une partie du fleuve, d'environ 50 milles de longueur, reste libre de glace de surface pendant l'hiver. Ce n’est qu’une suite de rapides de la tête des rapides Galop au pied du Long-Sault. En certains endroits l’eau y est peu profonde, et en d’autres, il y a des * sages étroits. En hiver, les bords sont couverts d’une neige que 1 vents entraînent continuellement dans le fleuve; de fortes chutes de neige surviennent et alourdissent ces glaçons qui se rapprochent et se collent ensemble à un endroit plus réserré, et arrêtent la descente des autres glaces. Toute obstruction qui entravera la marche des glaces produira des amoncellements en ces endroits; c’est la glace de neige qui se prête le mieux à la formation des obstructions. A certains endroits, près des rapides inférieurs, elle se solidifie et se colle au fond de l’eau; la descente continue des glaces en grossit la masse et il se forme alors un banc solide. Le niveau de l’eau est immédiatement élevé par ce barrage, les glaces du bord sont soulevées et viennent s'ajouter à la masse déjà accumulée; des bancs se forment par la poussée, et tout ce monceau se durcit sous la pression qui continue à s’y exercer; si les conditions se maintiennent favorables, ce travail se poursuit quelquefois plusieurs jours, et il se produit des inondations désastreuses, comme celles mentionnées ci-après. On sait qu’une fois l’eau a monté de 15 à 20 pouces en une nuit à Morrisburg. Sur demande téléphonique à Farran Point on apprit que nul entassement de glace n'existait en cet endroit; on s’adressa par téléphone à Dickinson Landing et l’on sut qu’un engorgement de glace, d'environ 20 pieds de haut, s'était formé en aval des rapides du Long-Sault, près de Cornwall; il fit monter l’eau à Dickinson Landing d'environ 3 à 4 pieds.
En 1887, un amoncellement de glace se forma à Farran Point, et l’eau s’éleva de 12 pieds au-dessus de la normale, de sorte que l’eau du fleuve passait par-dessus les portes; il fallut donc mettre des poutrelles sur le haut de ces portes, afin d'empêcher l’inondation du canal. Cette élévation eut pour résultat d’éteindre le rapide Plat.
Vis-à-vis de Morrisburg, dans l’état de New York, l'eau couvrit un tiers de la ferme d’un cultivateur qui, pour sauver ses animaux, fut obligé de construire une plate-forme; ces bêtes eussent été noyées, si le niveau avait monté beaucoup plus.
À la pointe Weaver, à peu de distance en aval de Morrisburg, les glaces débordèrent. Elles renversèrent une maison de brique qui devint ensuite la proie des flammes; les occupants eurent à peine le temps de fuir, tant fut rapide la poussée des glaces. Un peu plus loin, le ;remier étage d’une autre maison fut défoncé.
Le barrage proposé, s’il est construit, aura certainement pour effet de ralentir la vitesse du courant et de créer des engorgements: le Long- Sault est en réalité une soupape de sûreté pour cette partie du fleuve, car il entraîne les glaces formées dans les courants d’amont.
Un pont de glace ayant été la cause de la désastreuse inondation de 1879, on peut conclure que tout ce qui entrave la marche des glaces produit des amoncellements.
Si le barrage projeté est construit, il y a tout lieu de croire qu’il se formera une nappe d’eau calme sur une certaine distance en amont de la tête du Long-Sault. Elle se congèlera d’un côté à l’autre, et produira les mêmes effets que le pont de glace de Farran Point, en 1879.
Les plus anciens habitants de cette localité ne se souviennent d’aucun amoncellement des glaces dans le St. Laurent, avant la constrution des ponts de glace.
L’engorgement de 1879 ne remonta pas à plus de quatre milles de
Morrisburg, et cependant les eaux étaient plus hautes qu’en 1905, lorsque les glaces s’amoncelèrent jusqu’à un mille en amont d' village. Si en ce temps-là une forte chute de neige fut survenue, elle. . ît été poussée vers le pied des rapides où elle eût détruit l’usine gé ice et le coursier, et aurait pu faire une brêche au canal, et des de :r es impossibles à prévoir en seraient survenus. Néanmoins, les eaux :
rent le foyer de la chaudière à vapeur du château d’eau.
Si le barrage est construit, l’engorgement commencera beaucoup plus tôt dans la saison, en conséquence, il se produira une plus grande quantité d’accumulation de glace, et les chutes de neige, pendant une plus longue période, causeront des inondations plus désastreuses.
Les promoteurs, par la voie de la presse, annoncent que l’on fera une économie de temps en transportant les passagers et les marchandises par des bateaux qui feront usage de l’écluse proposée sur le territoire américain. Les hommes qui connaissent le fleuve pensent que le courant, en amont de Cornwall, est si fort que les barges ou les bateaux à la reu10rque ne pourront pas remonter l'emplacement de l'écluse projetée, car le chenal est très sinueux et de peu de profondeur à certains endroits.
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