‹ Rapides du Long-Sault, fleuve Saint-Laurent [microforme]Chapitre 151 sur 158 · LES · texte numérisé non relu

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de $50,000 pour la garder et lui avons promis usage gratuit d'éclairage et d’eau et exemption d'impôts fonciers; mais, ces avantages, quelque considérables qu'ils fussent, n’eurent aucun effet, et la compagnie alla s'établir dans l’ouest de l'Ontario à la portée de forces électriques. Une autre industrie que nous avions espéré garder à Brockville, car beaucoup de capitaux iocaux y étaient engagés, nous a laissés, emmenant à Welland cinquante de nos concitoyens. L'autre entreprise dont j'ai parlé nous a enlevé 150 de nos concitoyens, et elle emploie maintenant, me dit-on, près de 3,000 personnes. C’est autant de perdu pour Brockville. Nos manufacturiers nous promettent positivement à l’heure actuelle d'augmenter considérablement leur matériel, si nous leur obtenons de l'énergie électrique. Par conséquent, nous croyons que ce sont de fortes et graves raisons qui font que cette partie du St. Laurent et celle de l’est de l’Ontario sont si vivement interessées dans cette question. La force hydraulique, considérée sous un point de vue plus vaste, est appelée à fournir, de l'électricité au Canada; elle augmentera le confort public en général, remplacera la houille et nous débarrassera ainsi de beaucoup des inconvénients qu’entraîne ce combustible.

Elle aidera aussi, je crois, à conserver une autre de nos ressources naturelles, en éliminant les tristes ravages que causent les incendies le long des voies ferrées, quand la traction électrique aura été mise en service. On a dit en publie, et peut-être la Richelieu and Ontario Navigation Company ou autres intéressés l’admettront, que la beauté naturelle des rapides sera détruite. M. McCarthy a prouvé le contraire. Maintenant, je sens que nous apprécions profondément la réponse qu’il a faite à un allégation de ce genre. 11 nous semble qu’il y a bien répondu en démontrant que le paysage sera embelli. Quand ces bateaux descendront par le canal du Sault du Sud, en passant par cette écluse, les vogayeurs pourront comtempler 3,800 pieds de barrage, par-dessus lequel se précipitera une nappe d’eau de dix pieds de profondeur, spectacle unique au monde. Quand les bateaux traverseront la plus grande écluse ascenseur du monde, il y aura aussi là quelque chose qui attirera les voyageurs vers cette partie du pays. Ce sont des faits qui, selon moi, devraient être considérés au point de vue des touristes. L'écluse sera plus grande que celle d’Assouan ou d’Assint en Egypte, et une curiosité qui attirera les touristes. On a aussi parlé de la navigation. Or, je crois que l’on ne peut, à bon droit, dire qu’une rivière est navigable, dans le vrai sens du mot, si les vaisseaux ne peuvent la remonter et la descendre. Actuellement le Long-Sault ne peut être franchi dans les deux directions; seuls les bateaux de faible tonnage peuvent le descendre, mais ils ne le remontent pas. Nous pensons que la question du transport des marchandises a été assez bien traitée. Nous

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approuvons les opinions émises. Nous trouvons qu’on a assez clairement démontré que par l'exécution du projet les bateaux marchands feront une économie de temps d'environ quatre heures et demie. Nous favorisons ce projet au point de vue du transport des marchandises.

A Brockville, nous nous intéressons grandement au projet, et c’est pourquoi nous nous sommes portés en aussi grand nombre pour représenter notre ville. Nous aurions pu venir mille, car toute la population est aussi enthousiaste que la d{nutation, et nous sommes convaincus que tout ce qui entravera |: proj:t esi contraire au progrès. Il nous semble que la Commission -'evra avoir des r1:30n8 de la plus haute importance pour s'opposer à «on exécution. li faudrait qu’elle y vit un malheur national. Pour ncu:, nous consid: rons la question à un point de vue plus large, tout en derenuaui &18 intérêts locaux. Nous sentons que le Canada ne peut devenir une nation, sous le rapport de l’industrie comme sous tout autre rapport, que s’il contribue sa part au progrès général, en établissant les industries nécessaires à ses diverses parties. Maintenant, si vous voulez nous fournir, dans l’est de l'Ontario, l’avantage de nous procurer de la force hydraulique, à des prix aussi bas que Toronto et l’ouest de l'Ontario l’obtiennent des chutes Niagara, et au prix que peut l'obtenir Montréal, nos industries deviendront florissantes. A l'heure qu'f est, nous périssons faute de force motrice, et nos industries sont paralysées, traînantes, endormies. Nous avons besoin de quelque chose de ce genre pour nous stimuler, afin que nous puissons prendre une part active au développement de notre pays: et ce n'est que par la création des forces hydrauliques que nous pouvons contribuer à l'avancement général, et que nous pouvons devenir une nation. Je vous demande s’il est juste que tout le développement industriel de l’est de l'Ontario soit entravé pour l’amour d’un bateau qui, en 3} minutes par jour, pendant quatre mois de l’année seulement, et ayant à son bord 250 à 300 passagers en excursion d'été, s'amuse à sauter ces rapides. (Rire et applaudissements prolongés).

Le Présinenr Gienons: Je suis certainement heureux d’entendre ceci. Nous eussions tous été très peinés si nous avions manqué cette séance. (Bravo, bravo et rire).

M. H. A. Srewarr, C.R.: Je suis heureux de prendre la parole lorsque l'assemblée est en aussi bonne humeur. M. Maclaren a si bien présenté notre cause qu'il me reste très peu de choses à dire. Je viens ici représenter la Light and Power Development de Brockville. Si vous examinez les régistres des évaluations municipales, vous trouverez que nous sommes au premier rang sous ce rapport. Nous avons administré nos services publics avec largeur d'esprit, et, animés de pareils sentiments nous nous présentons à cette Commission aujourd'hui. Nous nous sommes rendu compte de l'importance de la force hydraulique. Nous avons

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examiné la situation et avons obtenu l'opinion des experts qui nous disent que la force hydraulique doit nous venir du St. Laurent. Il y a, d’autres sources, mais on ne peut s’y fier, elles sont erratiques, et l'on nous a conseillé d’avoir recours au St. Laurent. Le projet que vous avez à étudier, messieurs, nous fournira la force hydraulique dont nous avons tant besoin. Nous reconnaissons aussi les avantages tout particuliers que nous offre le St. Laurent; il serait étrange qu’il en fût autrement puisque nous habitons cette localité. Nous aimons à voir passer les bateaux et s'effectuer le trafic sur le fleuve, et nous serions les premiers À voler à sa défense en cas d'attaque; mais après avoir étudié soigneusement le projet, après avoir fait l'examen des lieux, nous déclarons que la navigation ne sera pas entravée, mais qu’au contraire elle sera améliorée. Nous reconnaissons maintenant que cette force est demeurée inutile, et sommes d’avis que le meilleur moyen de la conserver est de la développer, et c’est ce que nous venons demander. Le retard nous impatiente. Nous avons vu l’ouest de l'Ontario se développer, tandis que nous n’avons pas fait de progrès. Nous ne demandons pas d’eugager le crédit public, ni de dépenser les fonds publics, nous demandons simplement que l’on autorise la compagnie, qui a les capitaux et possède la confiance, d'effectuer le travail et de nous fournir ces forces hydrauliques. Au point de vue publie, je ne crois pas qu’un projet plus avantageux ait pu être soumis à une commission. Nous lui donnons tout notre appui. Nous sommes venus dix-huit ou vingt représenter les intérêts financiers de Brockville, et sommes persuadés que l’on donnera à notre cause ‘in accueil favorable. Nous disons que la navigation sera améliorée, u'e les ressources naturelles seront conservées, et que, si l’exécution d'1 projet est bien dirigée, en observant les restrictions requises, nous aurons un exemple d'harmonie internationale et de coopération qui sera bien acceuilli par tous les intéressés. (Bravo, bravo et applaudissements).

M. Hurcueson: Je suis heureux de constater que beaucoup du travail, qui aurait pu retomber sur moi, a été si bien accompli par ceux qui ont parlé avant moi, et que je suis en mesure de m’exempter une bonne somme de besogne. Je crois pouvoir trouver quelque point que l'on n’a pas traité ou que l’on n’a pas complètement exposé. On a soulevé une question qui est de nature à faire croire qu'il s’agit de concurrence entre l’est : l'ouest de l'Ontario. (Bravo, bravo). Je déclare qu'il y a coopératio ntre ces deux parties de la province. Il ne s’agit pas autant de l -t qui se développe au détriment de l’est, que de l’est qui contribue au développement de l’ouest; car si nous établissons des industries, fabriquons des articles de commerce pour les vendre, nous devrons faire l'achat de matières premières, et ainsi nous augmenterons le trafic, le commerce du pays en général et le ferons prospérer

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(Bravo, bravo). Il ne faut pas négliger la question de la beauté du paysage elle mérite considération, elle a son importance, mais il ne faut pas l'exagérer. Je déclare que ce pays, ce continent, ne peut pas maintenant négliger le développement des ses ressources naturelles. Notre pays et le continent sont prospères. Portons nos regards vers l'avenir, il ne faut pas s’arrêter aux gloires du passé, à l’administration du paysage naturel, mais s'occuper du développement des ressources que nous avons, afin de devenir deux grandes nations voisines qui vivent en harmonie. Et, s’il faut de la beauté naturelle, M. le Président et messieurs, qu'est-ce qui est le plus de nature à attirer les hommes intelligents, qui aiment à faire un voyage avec l’argent qu’il ont gagné par leur labeur? N'aimeront-ils pas à voir une entreprise née de la combinaison des ressources naturelles du monde et devenue une source de revenus? N’aiment-ils pas à voir comment l’homme a triomphé des lois de la nature et accompli un exploit appelé à faire progresser la nation? Donnez aux autres sujets l'importance qu’ils méritent, mais ne négligez pas cette question qui est, selon moi, de grande importance. Quand ces millionnaires des Etats-Unis prendront leur deux semaines d’ébats en été pour descendre le St. Laurent, et verront cette digue grandiose avec la nappe d’eau qui se déversera de son sommet, quand ils s’y intéresseront et apprendront ce qui a été accompli, ils jouiront plus de la vue de cette merveille qu’à sauter les rapides, comme l’a dit mon ami M. Maclaren.

Pour ce qui est de la question des ressources naturelles, je suis bien en faveur de leur conservation; mais il est toujours facile, dans des questions comme celles-ci, d'apporter des objections futiles. Sans doute les ressources naturelles n’ont de valeur réelle à moins d’être développées. Or, quand vous exploitez une mine de houille, que vous reste-t-il après l'avoir énuisée? Un trou inutile dans le sol. Son contenu ne peut être re vous avez enlevé ce qu’il y avait d’utile. Après avoir déboisé : t, vous devez attendre nombre d’années avant de pouvoir explo . ette forêt de nouveau. Mais ici, nous avons des forces qui n’ont besoin que de développement, qui n’ont aucune utilité matérielle. Maintenant, peut-on dire que lorsque nous confions à der; compagnies le soin de produire et d'utiliser cette force, nous alicnons nos ressources naturelles? Je demande quel est celui qui peut dire cela, étant donné surtout que la force produite sera divisée également, et que chaque nation en aura sa part?

Pour revenir à notre petite ville de Brockville pour laquelle je suis venu parler aujourd’hu‘ us avons certainement besoin de secours pour nos industries. Nuus avons une population de 9,000 habitants. Notre ville est jolie. Nous sacrifierons tout notre argent pour embellir notre ville et la rendre attrayante aux visiteurs; mais le taux de l'impôt foncier a été porté de 19 à 25 mills. Cependant le chiffre de la

population n'a pas augmenté dans les proportions naturelles, cm les jeunes gens vont où le champ d’action est plus vaste, où ils pourront grandir avec la région et rivaliser avec leurs voisins. Nous ne pouvons les garder ni espérer le faire, à moins d’avoir à notre portée des travaux pour les retenir chez nous. Maintenant, messieurs, il faudra certaine. ment avancer un grand nombre de raisons valables contre ce projet, pour renverser celles que mes amis et moi avons apportées en sa faveur. J'espère que l’on adoptera ici le système de procédure suivi dans le cours, et que, si nos adversaires présentent de nouvelles raisons contraires au projet, quelqu'un de nous aura au moins le droit d’y répondre brièvement.

M. R. A. PRINGLE, C.R.: Vous serez bien aimables si vous voulez m'écouter quelques instants. Je serai très bref, puisque je viens de la petite ville manufacturière de Cornwall, que je représente le Board of Trade et la municipalité de la ville de Cornwall. Il est presque inutile de vous dire que nous sommes unanimement en faveur d’un système quelconque au moyen duquel les rapides du Long-Sault pourront être harnachés en vue de la production de la force hydraulique. Le microbe de l’énergie hydroélectrique a fait son apparition chez nous. Il y a quelques années aussi, à la suite de beaucoup d’opposition, nous avons produit un peu de force hydraulique tel que vous le verrez sur cette carte, (montrant) au moyen de ce qui est connu sous le nom de barrage de l’île Seek. Bien que la somme dont nous disposons soit peu élevée, elle a rendu d'immenses services à notre population. Celle-ci a augmenté: aujourd’hui nous avons des manufactures—des filatures de coton, des fabriques de papier, ainsi de suite—employant quelques milliers de personnes. Nous utilisons tout le nombre de chevaux-vapeur produit. Nous trouvons à notre porte une source de force hydraulique, probablement la plus considérable du continent d'Amérique. Elle attend l’homme qui a la confiance et le capital pour l'utiliser. Je ne m’attarderai pas sur cette question parce que, je conclus par ce que vous avez dit, M, le Président, que vous êtes ici en qualité de corps aviseur, vous occupant surtout du principe er général concernant la possibilité d'exploiter cette source de force. Vous n'êtes pasici pour discuter sur les objections techniques pour savoir si ce plan suffira à protéger tous les intérêts, Il me sembie—je puis me tromper—que vous vous bornez au principe général: Peut-on autoriser ou recommander la production de cette force? L'exploitation de cette force hydraulique sera-t-elle nuisible à la navigation? Je suis un simple citoyen; je ne suis ni marin ni ingénieur; mais j'ai passé toute ma vie, sur les berds de ce fleuve, et il n’est past cessaire d’être ni marin, ni ingénieur, pour dire q" ..e projet est tout à fait possible, et que la déclaration de l'ingénieur, M. Rickey, est parfaitement juste et que, une fois ces amélioration exécutées, la navigation sur le

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Saint-Laurent sera grandement améliorée. (Bravo, bravo, et applaudissements). Je n’ai pas formé cette opinion aujourd’hui: elle date de plusieurs années. J'ai dit que notre gouvernement aurait dû, pour améliorer la navigation sur le fleuvest. Laurent—etmon opinion est con signée dans un régistre public—construire sur la rive nord le fleuve, immédiatement en aval de l’écluse de l'ile Sheek, une écluse-ascenseur au moyen de laquelle les bateaux auraient remonté le fleuve plutôt que de passer par quatre ou cinq écluses du barrage de l’île Sheek; et, dans l’espace de trois quarts d’heure ils auraient traversé les rapides du Long- Sault et continué leur route vers l’ouest. Ainsi l’idée n’est pas nouvelle pour moi. Depuis nombre d'années, jai la convictio.. que ces ouvrages rendront de grands services à la navisation. Je le répète, il n’est pas nécessaire d’être ingénieur ni marin: tout homme qui connaît les lieux ne peut tirer d'autre conclusion qu’au moyen d’un tel plan, les intérêts de la navigation de ce pays en bénéficieront. (Bravo, bravo).

Ici et là, j'ai entendu des arguments techniques défavorables à la question. Mais même, après avoir entendu les représentations qui ont été faites ici, messieurs, si vous émettez votre avis sur le principe général que l’accomplissement du projet est possible, et si les ingénieurs du gouvernement du Dominion et ceux du gouvernement des Etats-Unis, avec leur expertise et leur étude, viennent à conclure que des difficultés surgiront pour la navigation, quand ils approfondiront les détails qui sont de leur ressort d'étudier, certainement que les gouvernements ne se sentiront pas liés par votre rapport. Vous n'êtes ici qu’une commission de conseillers, et vous n’allez pas passer une annés ici une autre IÀ en quête de détails Mes cheveux ont blanchi depuis que cette discussion est sur le tapis. Nous avons, depuis des années, attendu son dénouement. Comme l’a bien exprimé M. MeCarthy, ce n’est pas notre héritage ni celui des Etats-Unis: c’est un bien commun dont nous sommes fiers. Il a été placé à notre porte, dans cette partie est de l'Ontario et au nord de New York, pour un but, et je crois que ce but est de nous donner la vie industrielle qui sera le succès de l’est de l'Ontario et du nord de New York. (Bravo, bravo). Que voyons-nous aujourd'hui à Massena? Petite ville presque adjacente à Cornwall, que l’on surnommait, il y a quelques années “Sleepy Hollow”. Aujourd’hui, avec la minime portion de force hydraulique tirée du St. Laurent par la rivière Grass, vous vovez une énorme industrie qui fournit du travail à des centaines d'hommes, parmi lesquels se trouvent plusieurs de nos Canadiens à l'emploi de cette compagnie. (Bravo, bravo). Qu'avons-nous À Cornwall? Nous avons vu venir dans notre ville un représentant de l’une des plus florissantes industries du Canada pour étudier la question de la force hydraulique. J'ai moi-même accompagné l'ingénieur dans tout le

district, et, malheureusement, il dut faire rapport que la question ne pou-

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vait être considérée, attendu la dépense énorme qu’il y aurait à amener une quantité additionnelle d’eau du ruisseau Hoople dans l’île Sheek; et cette compagnie alla s'établir dans une autre section, elle emploie aujourd’hui plus de mille personnes. (Bravo, bravo). Nous avons aussi vu la Singer Sewing Machine Company prête à s'établir chez nous, mais nous n’avons pas pu lui fournir de la force motrice, Elle s’est plus tard, placée à St. Jean, Quebec. M. le Président, est-il étonnant que, comme ville, nous venions vous dire. ‘N'y a-t-il pas eu assez de retard? Cette question n’a-t-elle pas été entre vos mains depuis quatre ans? N’avezvous pas formé votre opinion sur les principes généraux? N’êtes-vous pas, actuellement assez convaincus pour faire rapport que vous croyez que les intérêts de la navigation ne seront pas lésés, et pour laisser la question entre les mains de notre Gouvernement. (Bravo, bravo). Je suis consentant de me soumettre au jugement des hommes qui ont l’autorité en la matière à Ottawa, quelle que soit leur politique. (Bravo, bravo). Je les crois honnêtes, je crois qu’ils surveilleront et sauvegarderont les intérêts de notre peuple Canadien, tout comme le gouvernement Américain surveillera et gardera les intérêts du peuple Américein. Pardonnez-moi, Monsieur le Président et Messieurs, si j'ai abusé de votre temps, mais les gens de l’est de l'Ontario ont tant cette affaire à cœur. (Bravo, bravo et applaudissements).

Le Mame Evaxson: (Prescott.) Messieurs et les membres de la Commission Internationale des Eaux Limitrophes, je ne suis pas venu avec un dossier comme quelques-uns des messieurs qui ont opposé les délibérations, cet après-midi. Je suis venu en ma qualité ordinaire de eitoyen que les gens de la bonne ville de Prescott ont choisi pour maire lors des dernières élections. Je puis dire aux messieu's, qui ne connaissent pas l'endroit que Prescott est doué de plus grands avantages que toutes les villes de l’est de l'Ontario au point de vue du transport.

UxE Voix: Sauf Brockville.

Le Marre Evaxson: Je n’excepte aucune ville. (Rires). Je dis que Prescott possède des avantages supérieurs à ceux des villes de l’est de l'Ontario au point de vue du transport, et je désire prouver que son progrès est simplement retardé par le manque de force hydraulique. Vous savez comme moi que l’on considère comme morte une ville qui ne cherche pas de la force motrice à bon marché. C'est ce que cherche maintenant Prescott, et c’est pourquoi ses citoyens m'ont envoyé auprès de vous pour les représenter. Je vous assure, messieurs, que si ce projet est mis à exécution, et que Prescott obtient de la force motrice, au lieu d’être seulement une petite ville de 3.500 habitants, elle formera une cité d’au moins 10,000 âmes. Je suis certain que les avantages que présente Brockville sont considérables, et que la ville deviendra une cité d'au moins 50,000 habitants. (Bravo, bravo). Ce

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dont nous manquons c’est la force motrice. Les deux plus grands chemins de fer du continent —le Grand Tronc et le Canadien du Pacifique—passent dans notre ville. Nous sommes, pour ainsi dire, reliés au Central Vermont et au New York Central sur la rive opposée. Tous les bateaux venant de l'Ouest, de Fort William et Duluth à Montréal passent à notre porte. Messieurs, pourquoi ne pas nous mettre en position de demander à ces barges vides qui retournent vers l'Ouest d’arrêter prendre une cargaison dans notre port, car au moyen de force motrice nous pourrions leur manufacturer cela en cette ville? (Bravu, bravo). Je puis, messieurs, vous assurer que tous les citoyens de l’est de la province de l'Ontario, surtout ceux des comtés de Lecds et de Grenville sont fortement en faveur de la production de la force hydraulique au Long-Sault. (Bravo, bravo). La seule objection qui puisse être soulevée est d’après moi, celle de la beauté du paysage qui sera transformée. C’est celle que vous présentera la Richelieu & Ontario Navigation Company. Messieurs, je vous dis que dans moins de cinq années cette compagnie annoncera ces barrages comme étant la plus grande attraction qui existera entre Toronto et Montréal. (Bravo, bravo). Au lieu d'annoncer les rapides du Long-Sault elle annoncera ces barrages comme étant la plus grande attraction. Bah, aujourd’hui le voyage de Prescott à Montréal devient monotone, par le fait que l’on y rencontre trop de rapides. (Rires). Ce n’est qu’une série de rapides.

Vous en devenez si fatigués que vous préféreriez voyager en chemin de fer. Coupons l’un de ces rapides, et qu’on nous donne de la force hy-

draulique, c’est ce que demande l’est de la province. (Rires et bruyants applaudissements).

M. HENRY Hoccars, I.C.: Il y a deux ans, la St. Lawrence Power Company m'a soumis son projet, afin que je l’étudie et que je donne mon avis en la matière, et, je dois dire que j'ai agi avec grande prudence, vu qu’il s'agissait du fleuve Saint-Laurent, et que le projet entraînerait des conséquences, qui seraient ou néfastes ou immensément avantageuses, car, ce n’était pas seulement une entreprise locale. Je ne l'ai pas envisagé au point de vue local vu qu'il avait trait au chenal du fleuve St. Laurent qui intéresse tout le Canada, J ai fait l’étude de la question conjointement avec M. Rickey, et je puis dire qu’elle a été consciencieusement faite et que j'ai obtenu comme résultat définitif, après certaines modifications adoptées par M. Rickey, que l’accomplissement du projet, tel que présenté aujourd’hui est très possible. J'ai longuement discuté l’entreprise dans son ensemble avec les ingénieurs du Gouvernement Fédéral, individuellement et conjointement, et comme résultat, ces messieurs partagent notre opinion; ils s'étaient opposés au projet, dès le début, ne possédant pas clairement l’état des circonstances, qui depuis, leur à été expliqué et qui a changé leur oppo-

sition en adhésion au projet. La question revêt une très grande importance et, comme je l'ai dit, ne peut-être considérée au point de vue local. Elle doit être considérée au point de vue de tout le St. Laurent, qui est le cours d’eau le plus considérable du Canada; je me garderais bien de recommander un projet qui serait nuisible à cette voie d’eau. Je parle en ma qualité de Canadien, surtout de Montréalais et, comme ingénieur je ne prévois que de bons résultats pouvant courronner l’entreprise du barrage des rapides du Long-Ssult. Avant longtemps tous les rapides du fleuve Saint-Laurent seront traités de la même manière (Bravo, bravo) et notre navigation s'effectuera par voie du fleuve et non au moyen d’une série de canaux. L'extension de la canalisation n’est plus du domaine de l’avenir, le temps est arrivé d'étudier le fleuve St. Laurent, en vue d'opérer le prolongement de son réseau de eanaux, tel que ci-proposé, du lac Ontario au port de Montréal. Je crois que mon bon ami de vieille date, M. John Kennedy, qui fut pendant quelque temps ingénieur en chef du port de Montréal, et qui est actuellement l’ingénieur-consultant admettra qu’il est hors de question de faire des objections pour ce qui a trait au port de Montréal; et si je puis rappeler quelques remarques faites par M. Kennedy, il y a quelques jours, celui qui nierait la possibilité de construire pareils ouvrages sur le St. Laurent serait l’homme qui n'aurait pas la compétence voulue pour les faire. Les ouvrages sont d’exéeution possible. Je suis bien certain que, lorsqu'il aura suffisamment étudié la situation, M. Kennedy endossera le plan; et que, toute objection qu’il peut présenter pour le moment— je dis ceci avec tout le respect que je dois à M. Kennedy—provient du fait qu'il n’a pas eu le temps suffisant pour étudier tous les détails. Je ne m'occupe pas beaucoup des détails, pour le moment; je ne considère que l’ensemble de l'entreprise et je n'hésite pas à dire que l'exécution du projet en général est tout à fait possible. Comme Canadien j'en désire l'adoption, et dans l'intérêt du chenal du St. Laurent, j'espère qu’un jour on adoptera un plan général de canalisation du Lac Ontario à Montréal (Bravo, bravo et applaudissements).

M. H. G. Kezzey, I.C.: M. le Président, messieurs, mes Conniissances sur ce sujet sont purement techniques. Malgré que je sois Ingénieur en chef du Grand Trone, je viens ici privément. J'ai consacré toute ma vie au travail du génie. J'ai travaillé dans quelques-unes des plus grandes rivières du pays. Pour en venir à cette question et à celle de l'exécution du projet en considération, j'ai repassé tout le travail avec M. Rickey de l’écluse 20 à l’écluse 21, au delà de l’île Sheek et passé l'ile Croil, en descendant le Long-Sault jusqu’à Cornwall. Je r’'ai pas seulement étudié la eurte sur la muraille, mais tous les profils, les mesurages de M, Rickey, ainsi que ses méthodes de caleuls. Je n'ai pas revisé l'immense quantité de chiffres que présente une étude de te

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genre. Il m'aurait fallu des semaines. Les calculs ont déjà été vérifiés par divers spécialistes, des hommes dont la réputation est internationale. J'ai étudié les méthodes de calcul de M. Rickey, ses méthodes d'étude, et je puis dire qu’il s’est servi des plus savantes et des plus scientifiques connues de nos jours, et qui nous sont familières. Ces calculs ayant été vérifiés et acceptés par les ingénieurs éminents mentionnés, sont de nature à me convaincre que les résultats tels que j'ai les ai vus, sont justes. Ces résultats écartent de mon esprit jusqu’à l'ombre du doute que l’accomplissement de ce plan est parfaitemert possible. Les endroits choisis pour les barrages sont des fonds de roc solide. La stabilité de leur construction ne souffre aucun doute. Il suffit de iracer le plan du barrage: et lor

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plir un projet, elle ne regardera pas à quelques milles dollars, ju: : :! s'agira du plan d’un barrage de ce genre. J'ai compris que M. K:anedy avait dit qu'aucun homme ne peut prédire les effets de la glace dans un fleuve tel que le St. Laurent. C’est vrai, mais d’après les conditions établies par ces b'rrages, les amoncellements ne peuvent être pires qu’ils ne l'ont été à cet endroit du St. l urent. Au contraire ils seront moindres. Si, comme on l’a mentionbarrage était fait plus en aval dans le courant, il se trouverait rlacé sur un fort mauvais fond. L'histoire du pont de Cornwall, connue de tous les assistants, est une réponse suffisante à l'opinion émise par les ingénieurs de cette compagnie; remonter le courant jusqu’à la découverte d’un fond de roc solide. Quelques-unes des questions qui ont été soulevées ont trait “aux résultats que pourrait avoir sur les rives d’en aval la destruction d’un barrage. Si toute l’eau retenue par ces barrages était soudainement transportée en aval, dans la partie du fleuve entre le pied du barrage et Cornwall, le niveau de l'eau s’élèverait à peine de douze pieds. Si cette eau se trouvait subitement transférée dans l'étendue située entre le pied du barrage et le pied du lac St. François, le niveau de l’eau serait élevé de six pouces et trois huitièmes, et si, du point de départ, l'eau était distribuée sur toute l'étendue jusqu'au pied du lac St. Louis, le niveau de l’eau serait élevé d'environ 3} pouces. Je ne vois pas qu’il y ait lieu de craindre quelque désastre par suite de la rupture du barrage projeté. Mais, une telle supposition est absurde; la chose ne peut arriver, aucun grand barrage de ce genre ne peut manquer tout d’un coup. S'il est emporté pièce par pièce, l’eau s’élèvera graduellement comme résultat, et sera ainsi distribuée sur tout le fleuve. Comme je l'ai dit, j'ai étudié la question sans préjugé. Si dans les plans généraux de M. Rickey, j'avais trouvé quelque chose d’imparfait, je le lui aurais montré. Si j'avais trouvé quelque chose de contraire aux intérêts de Montréal, je ne serais jamais venu ici. Je ne vois en ceci qu’une production d'énergie électrique de plus d’un demi-

million de chevaux-vapeur par an, pour servir à la multiplication des industries sur les deux rives du fleuve St. Laurent et sur plusieurs milles d’étendue en toute direction. Je suis donc venu devant cette Commission pour déclarer que, comme ingénieur, je crois l’accomplissement du projet parfaitement possible, c’est-à-dire tout à fait sûr, et que toutes les petites objections qui pourrainet être soulevées relativement aux résultats des courants peuvent être facilement réfutées par les in génieurs, (Bravo, bravo et applaudissements).

M. McCarruy: Je suppose qu’il existe quelque moyen de casser les glaces?

M. Kezcey: Oh oui.

M. McCarruy: Pourrait-on les mettre en pratique dans ce canal, quand les barrages seront construits?

M. Keuuey: Oui, en toute sûreté; on ne pourrait pas le faire avec des courants aussi rapides que ceux qui existent aujourd’hui.

Le Sénareur DerBysniRe: M. le Président, et Messieurs les membres de la Commission, depuis plusieurs années Brockville a besoin de force motrice à bas prix. Nous avons cherché à obtenir cette force par tous les moyens. Après avoir pris connaissance du rapport de nos ingénieurs et fait visiter la région par un grand nombre de nos citoyens, nous avons conclu que la majeure partie de la force devait provenir de la localité, et que si l’on pouvait utiliser cette source de force ce serait un avantage énorme pour la ville de Brockville. Le coût de la force motrice --ra diminué en cesdistricts, et nous serons en position de maintenir l:- r.anufactures que nous avons actuellement, d’en établir d’autres ei de fonder des industries à cet endroit, puisque la situation est favorable. Comme vous le savez, monsieur, notre ville occupe le plus beau site du continent, aujourd’hui; au pied des Milles-Iles, sur le célèbre St. Laurent, le plus délicieux endroit du monde comme beauté naturelle et le plus avantageux pour la production de la force hydraulique. Nos concitoyens ont tous à cœur la prospérité de leur ville. Il n’y a qu'un moyen d'y arriver: une provision de force motrice à meilleur compte, afin de maintenir nos manufactures et d'en augmenter les produits. Nous désirons utiliser cette force à cause de sa simplicité, de sa propreté, et parce qu’elle est facile d’adaption pour toutes nos usines, petites comme grandes; et, je suis certain que notre pays ne sera pas le seul à cn bénéficier; les Etats-Unis en réclameront une bonne part. Je ne vois pas pourquoi la plus petite objection technique pourrait être soulevée par d’autres parties du pays qui aujourd’hui possèdent de la force hydraulique à bas prix, à moins qu’ils ne craignent que nous leur fassions concurrence avec les produits que nous pourrions facilement manufacturer, avec les ressources que nous pouvons si facilement uti-

liser dans notre localité. Je trouve que la Commission serait justifiable

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de recommander cette entreprise dans la mesure de ses for ces, parce que les ingénieurs l’ont déclarée possible « : ;u’il n’y a pas de raison pour que Brockville n’ait pas de force motrice « bas prix, puisqu'on peut l'obtenir si facilement, Nous avons les capitaux pour soutenir cette compagnie qui est prête à la produire, de sorte que nous recommandons avec assurunce ce projet à la Commission et au pays. (Applaudissements).

M. G.G. Foster. C.R.: M. le Président et messieurs, avant que cette session de la Commission prenne fin, je désire dire un mot aux commissaires ainsi qu’aux messieurs intéressés dans le projet, de la part de la St. Lawrence Power Company. Lorsqu’au début l’on vint me consulter au sujet de cette entreprise et que je demandai les services de M. McCarthy, on nous interroges en qualité d'avocats et de citoyens du Canada et l’on nous demanda de nous unir pour établir quelque chose qui était alors— quant au Canada— tout à fait inutile. Bien que nous ayons formé cette association, nous n'avons pas perdu de vue ni sacrifié l'intérêt que nous portons au Canada. Je tiens à dire à cette Commission et aux messieurs qui sont aujourd’hui nos adveïsaires, que nous lui conservons toujours le même intérêt. Aucun de nous ni de nos associés—n'est disposé à demeurer un instant membre de la St, Lawrence Power Company, après qu’un ingénieur quelconque, ou tout autre homme qualifié, nous aura prouvé que nous sommes sur le point de faire une des mulitiples choses qui, dit-on, ont nui à l'exécution de ce projet. (Bravo, bravo). Les ingénieurs les plus éminents du Canada et des Etats-Unis nous ont assurés que toutes les objections soulevées contre l'exécution du projet sont sans fondement, et c’est avec la conviction que notre requête sera accordée que nous la présentons à votre Commission, afin qu’elle reçoive votre appui.

Nous sommes unanimes, avec les messieurs qui représentent les intérêts du transport, à désirer que rien n’entrave les intérêts du Canada ni le fleuve Saint-Laurent; mais nous ne croyons pas que le progrès du Canada doit être sacrifié à la vente de quelques billets de touristes se rendant d’un point quelconque des Etats-Unis à Montréal. Nous ne croyons pas qu’au nombre de tous les rapides du fleuve, celui-ci seul devra demeurer tel qu’il est aujourd'hui, afin que le petit profit qu’il peut rapporter puisse être continué. Pour ce qui a trait à la grande question du transport, nous croyons que les intérèts canadiens ne seront pas compromis. Si telle n’était pas notre conviction, nous ne serions pas venus ici. Je déclare, M. le Président, que nous avons foi en la justice de la cause que nous soutenons devant vous. Nous croyons que cette force hydraulique peut être produite afin de faire progresser, non seulement les localités qui ont été représentées ici aujourd’hui, non seulement les endroits mentionnés, mais aussi la grande cité de Montréal. Nous avons à une population qui augmente par sauts et par bonds,

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