‹ Rapides du Long-Sault, fleuve Saint-Laurent [microforme]Chapitre 154 sur 158 · DS · texte numérisé non relu

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Maintenant, quant à la résolution que j'ai en main, je n’ai pas eu l'intention de jeter de doute sur la justesse de sa nature, ni de ses expressions, car elle rencontre parfaitement mes vues. M. W. F. Nickle, député de Kingston, venait d’être appelé à la Chambre et il me l’a remise pour vous la présenter. C’est une résolution du Kingston Board of Trade dont il s'était chargé:

Kinäsrox, Onr., le 6 février, 1910 A ceux que la chose concerne:

Résolu par le Kingston Board of Trade qu’un barrage à trevers le Long-Sauit nuira beaucoup à la navigation du fleuve St. Laurent

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vu qu’il est impossible de dire comment un barrage de la nature de celui qu’on propose peut changer les courants.

De plus le Board of Trade de cette ville proteste contre la concession à une compagnie privée de la force hydraulique qui appartient au pays; il demande que ces forces hydrauliques soient conservées à l'avenir pour l'usage du peuple, et déclare que nous n'avons pas le droit d’aliéner l’héritage de ceux qui viendront après nous, bien à à dans le moment nous ayons un surplus de force hydraulique locale, mais cela ne veut pas dire que nous en aurons un excédent après quelques années. D’un autre côté, si l’on peut produire de l'énergie hydro-électrique à bas prix, rien n'empêche d’en faire usage pour le chauffage, la fonte des minerais et la force mécanique.

choses seront probablement réalisées; par conséquent, il est de l'intérêt de notre pays de ne pas céder ces forces hydrauliques à des compagnies privées, et nous protestons hautement contre leur concession.

(Signé) KINGSTON BOARD OF TRADE JAMES RIDCHARDSON Président.

Le PRÉSIDENT GiBBoN8: Je ne désire pas me répéter, mais je veux que la chose soit distinctement comprise—M. King comprend la situation—que nous n’avons pas l'intention de faire une décision finale sur une série de plans ou de questions, pour le moment. Cette Commission propose que, s’il y a possibilité de produire de la force hydraulique, tout en sauvegardant les intérêts de la navigation, tout plan d’exécution soit de nouveau soumis à la Commission et sujet à la critique du public intéressé et en plus à l’approbation des ingénieurs des deux gouvernements. Quant aux autres points qui ont été soulevés, c’est-àdire, si une compagnie privée ou le public doit régler ces questions, cette Commission n'est pas supposée régir cette affaire. Personnellement, je crois que le pays devrait tout posséder et que toutes les ressources devraient lui être conservées; mais cette question n’est pas du ressort de cette Commission Internationale. Nous ne nous occupons que de la question internationale. Vous pouvez tous comprendre que les membres américains de cette Commission trouvent peu d'intérêt dans la question de savoir si la force hydraulique peut oui ou non, être amenée des Chutes Niagara à Cornwall , et dans celles qui ont été soulevées hier au sujet de la Hydro-Electric Commission. Je crois qu’il serait préférable de nous occuper de la arestion générale, car même si l’on pouvait transporter de la force électrique des Chutes Niagara à Cornwall, ce ne serait pas une raison pour empêcher les américains de livrer de la force électrique sur leur territoire.

M. G. H. Warsow, C.R.: M. le Président et messieurs, or a demandé de venir avec d’autres messieurs représenter une catégor:. d’in-

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térêts qui diffèrent de ceux qui ont déjà été discutés. Je veux parler des municipalités riveraines qui pourraient subir des dommages. Je veux en particulier parler de la ville de Morrisburg et de la municipalité voisine, Williamsburg, de même que des autres municipalités qui bordent le fleuve sur une assez grande étendue.

M. McCarruy: Quelles sont les autres municipalités?

M. Watson: Je représente particulièrement Morrisburg et Williamsburg, Matilda et Osnabruck. Maintenant les municipalités que je représente trouvent que le projet qui a été présenté, et qui est actuellement à l'étude, n’est pas possible et ne devrait pas recevoir votre approbation. Les municipalités, comme telles, sont très sérieusement intéressées. Les localités et les sections susdites ont été au nombre des premières, sinon les premières de la province, qui furent colonisées par une classe de personnes que nous tous respecterons toujours. Les habitants actuels sont leurs descendants et considèrent que le projet empiète grandement sur ce qu’ils croient être leurs droits acquis et surtout leur propriété. Quelques circonstances et conditions vous montreront clairement, je crois, que leurs intérêts matériels en souffriront. En premier lieu, sur une distance d’environ 154 milles de Morrisburg jusqu’à l'extrémité d’amont du canal de Cornwall, il y a une chute de 10 à 104 pieds. Ceci est suffisant-—et pas plus—dans les meilleures conditions, pour maintenir un courant qui empèche le fleuve de geler. Ce projet, s’il est mis à exécution, est destiné à entraver le courant. Ensuite il y a une autre circonstance; dans ces environs, il y à plusieurs passages étroits dans le fleuve. Je n’ai pas besoin de les mentionner en particulier, parce que vous les connaissez tous; mais le plus étroit est situé un peu en amont de Morrisburg—à une distance de quelques milles seulement.—Or, il est bien évident que ce projet commercial de barrer les eaux du St. Laurent d’une rive à l’autre jusqu’à une hauteur de 40 à 50 pieds, entravera sensiblement le débit du fleuve et changera les conditions des eaux telles qu’elles existent. Les eaux seront refoulées et les personnes que je représente ici éprouveront des dommages inévitables. C’est, je crois, une des plus fortes raisons qui me fait dire que ce projet n’est pas réalisable. Si sa mise à exécution devait endommager, détruire, ou léser les droits acquis et les intérêts d’une grande partie de la population, alors il faudrait en empêcher la réalisation, à moins que des raisons majeures et plus importantes n’en décident autrement. Il ne faudrait pas sacrifier de tels intérêts ou leur faire subir des dommages sans une nécessité absolue—pareille nécessité, comme on le suppose, ne provient pas d’un besoin commercial que des particuliers mettent en avant en vue de leurs propres intérêts. Telle est la situation. LC]

Rappelez-vous que la ville de Morrisburg a obtenu des baux du

Gouvernement du Canada pour tirer parti de ses propres privilèges.

Elle a le droit d’en jouir. Entre autres choses, elle a son éta »: : nent de distribution d’eau qui lui a couté $40,000—ce n’est pas uue petite somme pour une telle municipalité; son usine d'éclairage électrique lui a coûté presque autant; son usine de force motrice lui revient à $100,000. Ce sont là de grandes dépenses municipales, et sans tenir compte des particuliers, d’une compagnie ou d'associations, elles sont très considérables pour cette ville. En trois occasions au moins, par le passé, les terres des environs de Morrisburg ont été inondées par les eaux du St. Laurent. De grands dommages en ont résulté, et dans l’état actuel des choses, ces propriétaires fonciers se trouveraient encore menacés de pareils dommages. Lorsque l’on aura construit et entretenu le barrage dont il est question, et dont la hauteur sera de 45 pieds, et qui ne se trouvera qu’à une faible distance de cette localité, il n’est pas seulement probable, mais presque certain, que tôt ou tard, les terres seront encore inondées, et que de grands dommages en seront la conséquence. Quelle indemnité recevront les propriétaires? Pourquoi les expose-t-on à ces dangers? Il importe de ne pas les ignorer. Ils méritent sérieuse considération de la part de la Commission. 11 va de soi que si le gouvernement des Etats-Unis et celui du Canada entreprenaient des travaux d’un caractère international pour l’un ou l’autre pays ou pour les deux, les habitants riverains feraient des sacrifices, moyennant protection et compensation adéquates. Mais il ne s’agit pas de cela maintenant. Nous nous trouvons en présence d’une entreprise commerciale dont le seul but est le profit des promoteurs. Non seulement un tel projet met en danger nos droits acquis de vieille date au pays, mais le but des promoteurs est, je crois, d’assigner non pas à un gouvernement ni aux gouvernements, mais à des particuliers ies ciroits de possession et les intérêts des eaux et du sol de cette grande voie fluviale internationale. Nous savons tous qu’en vertu des termes du traité de Webster-Ashburton, les eaux de ces grandes voies internationales doivent être gardées absolument et pour toujours libres et ouvertes pour l’usage des habitants des deux pays. La mise à exécution de ce projet serait le renversement des termes et des conditions les plus essentiels du traité de Webster- Ashburton, parce que ce serait dépouiller les citoyens de ces pays de leurs droits de possession et de leurs intérêts, pour les concéder à des particuliers formant et entretenant une corporation commerciale.

Si quelques personnes, quel que soit leur rang social ou leur fortune, proposaient au Parlement de ce pays l’aliénation par le Gouvernement de ses droits, intérêts et juridiction sur ce fleuve, la proposition ne recevrait qu’un froid accueil de la part de ce parlement. Il est permis de douter qu’une telle offre eût été mieux reçue par la législature de l’état de New York et par le Congrès des Etats-Unis. On peut concevoir qu’ils ne seront pas plus disposés à accepter une pareille demande à

leur législature ou à leur Congrès de la part des citoyens du Canada, ni à céder à une nouvelle corporation, composée d’étrangers—permettez moi cette expression pour vous donner une exemple—leurs droits de possession et de juridiction sur le fleuve. En supposant le contraire, on peut dire que ce serait la première fois qu’ils feraient preuve d’une telle générosité. Mais pour nous la situation est encore plus grave, car on nous demande maintenant d’aliéner ces droits à des citoyens Américains qui, pour la plupart, sont les promoteurs et les pétitionnaires de cette entreprise, et dont les ouvrages seront presque entièrement en territoire Américain. Leurs objets seront avant tout américains; ils seront les maîtres de la situation en dépit de la législation conjointe des deux pays. Ils fourniront les capitaux; la possession et les revenus de ces droits leur appartiendront; l'énergie électrique sera distribuée dans l’£tat de New York et les Etats voisins. Sous ce rapport les contrats qui seront passés avec cette compagnie constitueront immédiatement des droits et des intérêts acquis. La durée de ces contrats sera probablement de plusieurs années; la Compagnie sera dans l'obligation de ies remplir, et la concession des immunités, faite par le Parlement, mettra le gouvernement dans l'obligation de lui permettre de les remplir. Donc, la concession comporte des droits stables et des obligations que l’on ne pourra pas annuler. Bien plus, notez cet autre point des droits et intérêts acquis. Cette Compagnie, ayant une énorme capitalisation, nécessaire à son opération, commence à lancer dans le public ses obligations, afin de se procurer des fonds que lui fourniront d’autres citoyens. Des droits acquis naissent de toutes parts, non seulement en vertu des contrats, mais de ces emprunts garantis par des bons et obligations, et des placements pour fins de fabrication. Ainsi donc, une fo: l’aliénation faite elle sera définitive, irrévocable. Donc lorsque la possession aura été concédée, elle sera permanente; adieu pour toujours les eaux du fleuve, non seulement pour le gouvernement du Canada, mais aussi pour celui des Etats-Unis; et cette possession se transformera en droits acquis dans des intérêts corporatifs ou dans des intérêts particuliers.

Il me :2mble donc qu’un tel projet n’est pas acceptable, venant d'individus qui ne travaillent qu’en vue de leurs bénéfices personnels. On a mis de l’avant qu'il fallait de l'énergie hydro-électrique, que l’on en demandait partout. Monsieur le Président, et les autres membres de la Commission, vous vous rappelez les déclarations franches et nettes, faites par M. Beck ou nom de la Commission Hydro- Electrique, en son propre nom et en celui du gouvernement provincial. Il est prêt à fournir toute la force voulue à toutes les municipalités de la province. Une telle déclaration est d’une haute portée, et, considérée au point de vue de cette force, elle est sans réplique, vu qu’elle tombe

des lèvres de la plus haute autorité en la matière. D'un autre côté, personne n’a oublié les vues exprimées sur le projet par la Commission de la Conservation, présentées par son président, M. Sifton. M. le Président et messieurs, je déclare qu’en tenant compté de ces conditions et de ces puissants motifs et raisons, ce projet commercial tel que présenté n’est ni équitable, ni acceptable, ni réalisable.

M. Larzeur: M. le Président, messieurs, come je vous l’ai dit hier, je représente ici la Chambre de Commerce de Montréal, et ne suis poussé par aucun intérêt privé. Notre unique désir est de protéger les intérêts commerciaux des citoyens . Une fois que nous aurons l’assurance qu’ils ne sont pas sacrifiés, notre tâche sera terminée. Après les assurances réitérées, que vous nous avez données aujourd’hui, portant que ce projet, considéré par nous comme incomplet et incohérent, en ce moment, sera présenté de nouveau à la Commission, après qu’il aura été élaboré et amélioré, et que nous aurons alors l’occasion de le discuter et de savoir s’il remplit en réalité toutes les exigences, il me semble que je fais mal de vous parler de la question principale d'aujourd'hui, c’est-à-dire si ce projet tel que arrangé, entrave ou entravera la navigation sur le fleuve St. Laurent.

Vous n’avez pas lieu d’être surpris ni trompés si nous, dépourvus de tous renseignements sur ce que l’on se propose de faire, fassions opposition au projet. Il incombait, naturellement, aux promoteurs de vous fournir toutes les données requises, et non seulement à votre Commission, mais, je le dis, au public, en général, dont les intérêts sont en cause. Leur devoir était de préparer et de fournir tout ce qui comportait étude, avant de demander son adoption. Les paroles que M. Kennedy vient de prononcer devant vous—et c’est une très haute autorité—ont dû vous convaincre que, bien que quelques points de détails puissent être réservés pour plus tard, d’autres peuvent être essentiels. Il se peut que, en fin de compte, le projet tel qu’il vous a été présenté, et exposé sous forme de plans et devis, renferme de tels dangers que vous serez obligés de le condamner. C’est pour cette raison que nous tenons à différer ce que nous avons à dire jusqu’à une date ultérieure, quand ceux à qui il incombre de recueillir et de fournir les données nécessaires nous les auront présentées. A entendre mon savant ami M. McCarthy la chose était si claire, si simple, si évidente, qu’il n’y avait pas matière à réplique. M. le Président et messieurs, si tel était le cas, au point de vue du génie, pourquoi tout ce mystère? Pourquoi ne nous a-t-on pas fourni les plans que l’on nous avait promis l’an dernier au mois de novembre? Que veut dire ce secret extraordinaire, que l’on garde jusqu’à la dernière minute avant la présentation du projet à l’adoption finale? Voilà quelque chose qui, à juste titre, pique notre curiosité. Nous ne saurions concevoir un instant que ceux qui appuient le projet aient l’au-

dace de vous demander une décision, avant qu’ils ne vous aient donné à vous et au publie l’avantage de critiquer leur entreprise. C’est tout ce que je tiens à dire pour le moment, sur cette partie du projet. Je suis persuadé que vous tenez moins à entendre des avocats que des experts; et c'est parce que je voulais vous présenter des faits basés sur les déclarations d'experts, que je vous ai dit que, pour le présent, faute de renseignements, il nous était impossible de vous prêter aucune aide. Les témoignages rendus aujourd’hui par M. Kennedy sont du genre de ceux que nous cherchons à vous offrir. Ce sont, je crois, de tels renseignements, donnés avec intelligence, par un homme qui parle en connaissance de cause, que la Commission devrait prendre en sérieuse considération. Ce n’est pas un exposé ez parte présenté par les ingénieurs des promoteurs ne s'appuyant sur aucune opinion raisonnée. J'ai écouté avec une sorte d'étonnement les vagues généralités énoncées par ceux pour qui je professe la plus haute estime en leur qualité d’experts, mais je n’ai jamais de ma vie entendu des simplicités du genre de celles qu’ils nous ont servies au cours de cette séance: pas la moindre chose qui mérite qu’on s’y arrête.

M. Kennedy a exprimé aujourd’hui une autre vue que je trouve juste et mes commettants me demande de la soumettre à votre considération. La voici: avant de recommander ce projet au gouvernement sous une forme quelconque, vous devriez considérer si le gouvernement ne devrait pas lui-même se charger des travaux d’amélioration de la navigation sur le St. Laurent, au moyen d’un système de canaux élargis, (bravo, bravo) plutôt que de permettre à des compagnies de production d'énergie hydro-électrique d’obstruer le fleuve et de paralyser plus tard l’action du gouvernement lorsqu'il voudra améliorer la navigation. (Bravo, bravo). Le président, il me semble, nous a dit, ilyauninstant, que cette question n’était pas du ressort de la Commission. Néanmoins, il à trouvé qu’elle était suffisamment sous sa juridiction pour —

Le PRÉSIDENT GiBBons: Je n’ai pas fait allusion à ce sujet; ce n’est pas ainsi que je l’ai compris.

M. Larceur: Je suis heureux de m'être trompé. J'étais sous l’impression qu’un tel projet était de la nature de celui que vous alliez recommander au gouvernement, et je sais que vos recommandations ont un poids considérable sur la question technique. Vous allez faire savoir au gouvernement si vous trouvez que ce projet est ou n’est pas réalisable, et, dans l’affirmative, vous lui recommanderez de le faire exécuter conformément à certains plans que vous aurez approuvés. Done, s’il est vrai, comme on nous l’a dit, que le gouvernement se propose d'élargir beaucoup les canaux, s’il est vrai, selon le dire de M. Kennedy, qu’il importe d'encourager l'agrandissement des canaux, et de barrer le fleuve, pour les fins de la navigation, tout en donnant le

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moyen de produire de la force hydraulique, il s’ensuit, naturellement que tous ces ouvrages devraient être ordonnés par le gouvernement et placés sous sa juridiction. Impossible de séparer les deux questions. Je vous prie donc de donner à ce sujet la plus sérieuse attention, avant de préparer vos recommandations. J'ai beaucoup aimé les vues exprimées par M. Kennedy sur le sujet; elles concordent tout à fait avec ‘elles que mes commettants m'ont chargé de vous présenter.

M. CumserLanD: M. le Président, en ma qualité de représentant de la Chambre de Commerce de Toronto, je suis heureux d’appuyer V'idée exprimé par la Chambre de Commerce de Montréal, à savoir que tout l'usage possible de cette voie fluviale devrait être réservé pour l'avantage des peuples et du commerce des deux pays. Si je vous ai bien compris, monsieur, vous nous avez dit, il y a un instant, que l’objet de cette asserrblée n’était pas la considération d'aucun plan ou projet en particulier. J'ai cru comprendre qu’il était dans vos attributions de présenter quelques recommand: *ions sur la proposition générale à l'effet de savoir s’il est possible de faire usage du fleuve pour la production de la forre hydraulique; et que vous aviez le pouvoir de recommander au gouvernement d’en faire une entreprise gouvernementale.

Le Présinenr GrsBoxs: Je ne le crois pas; non, j'ai dit qu’une telle question relevait du gouvernement, mais non de la Commission.

M. CumBerLanD: Quoiqu'il en soit, vous avez demandé des renseignements sur le principe général, pour vous mettre en lieu d’en faire rapport, sans vous attardez à savoir si le travail serait exécuté, soit par ane compagnie, soit par le gouvernement. Maintenant, je vous demande qu’il soit bien entendu que les avis de convo”ation à cette assemblée ne soient pas considérés comme liant personne, car l'avis d’assemblée mentionne qu’elle est convoquée, non pas pour un but général, mais pour un objet particulier concernant la production de la force hydraulique aux rapides du Long-Sault, par la Long Sault Development Company de New York, et par la St. Lawrence Power Company de l'Ontario. Je comprends donc que la définition du seul objet de cette assemblée devra porter que nous discutons un projet général et des possibilités générales, et non des plans en particulier. Je suis heureux de la chose, car nous n'tions pas appelés pour en parler, et c'était un des principaux point: mis de l’avaat par la Chambre de Commerce de Toronto. Je continuerai done à parler du sujet d’une façon générale, non pas seulement comme membre de cette Chambre, mais en homme qui a été longtemps en ranport avec la navigation,

Je comprends que le principe général est celui-ci: La production des différentes forces hydrauliques et électriques sera subordonnée à la navigation. Ce fleuve est un cours d'eau navigable, Son cours se dirige tout entier vers l'est. Tout le inonde admet qu'il est navigable en cette

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direction; inutile d’entrer dans les détails. On semble penser qu’il n’est pas navigable dans la direction de l’ouest, et qu’il ne l’a jamais été. Au contraire, toutes les régions du centre des Etats-Unis et tout le Haut- Canada dépendaient, autrefois, de ce fleuve pour le commerce international, et pour l’échango domestique des produits des régions situées sur les deux côtés des lacs d’en amont des rapides du Long-Sault; tous ces articles étaient transportés par bateaux sur ce fleuve. A cette époque c’était un fleuve navigable, il servait au transport des marchandises provenant des deux pays. Done, je déclare que les droits de la navigation sont acquis dans les deux directions. Si nous devons mettre en ligne de compte les siècles à venir, il ne sera pas défendu de rappeler que l'on remontait ce fleuve il y a 60 ou 70 ans. Je comprends donc alors, monsieur, que votre Commission cherche à savoir jusqu’à quel point sera faisable une division du volume d’eau de ce fleuve international, afin de permettre de produire de la force hydraulique de chaque côté, subordonnément aux intérêts de la navigation. Je ne connais aucun exemple d’une manière différente d'agir. Prenons, par exemple, le Sault Ste Marie. On a divisé proportionnellement les eaux en cet endroit, subordonnément aux intérêts de la navigation. Je soutiens done que les droits des deux pays sur la navigation sont inaliénables, et que l'on ne peut faire usage de ces eaux qu'après avoir satisfait aux exigences de la navigation.

Voici un autre point: ce fleuve se partage pour ainsi dire en deux routes pour les besoins des deux sortes de transports--celui des passagers et celui des marchandises. Considérons d’abord les rapides du Long-Sault au point de vue des passagers et des touristes, Les droits de ces deux classes en ces rapides, sont plus considérable: qu'on ne les a jamais expliqués devant cette Commission. Ces rapides sont classés parmi les merveilles du monde. Ils ont leur grandeur et leur beauté esthétique qui valent, en leur genre, celles des chutes Niagara. Nuls autres rapides au monde ne sauraient leur être comparés. Nulle part au monde un steamer de grande dimension ne peut se laisser entraîner par leurs tourbillonnements, et sous la main habile d’un pilote expérimenté, permettre À ses passagers de contempler, pendant quelques minutes, la puissance incomparable d'un fleuve majestueux. Les rapides du Long-Sault sont uniques au monde. Voici done une des merveilles de la nature et l’on se propose de l’anéantir, J’ose done croire, mon-

sieur, que votre Commission, si j'en juge par ses actions passées, ne recommandera pas l'exécution d'un tel plan, sans l'avoir minutieusement scruté dans tous ses moindres détails. Quels sont les intérôts que vous avez À étudier? Ce ne sont pas ceux d'une seule compagnie de navigation; ce sont les droits du public voyageur d’un publie qui vient tant des autres pays que du nôtre. Je déclare que les villes de Toronto,

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Buffalo, Niagara Falls et toutes autres villes situées sur la ligne des touristes, de cette partie du continent, sont intéressées au passage de ces touristes en leurs enceintes et leurs environs. Il n’y a pas un homme dans Buffalo, Niagara Falls ou Toronto, qui ne soit intéressé d’une manière ou d’une autre à l’arrivée ou au départ d’un touriste, dont vous ne deviez tenir compte, car chacun d’eux a un droit acquis en ces rapides. Nous pouvons voir ce que l’on peut faire avec ce trafic, si nous nous reportons quelques années en arrière, lorsque les touristes qui fréquentaient cette route étaient traités bien différemment de ceux d’aujourd’hui. Nous constatons l’augmentation constante, les efforts continus des compagnies de navigation qui développent cette ligne de voyageurs, afin de faire face à l’accroissement continuel du nombre de personnes qui s’y rendent de toutes les parties des Etats-Unis et du monde et qui cherchent la route de St. Laurent. Que sera-t-elle dans cinquante ou cent ans, si vous détruisez une des merveilles du monde? Supposons que l’on se place au point de vue commercial et que l’on dise: “il se perd beaucoup d’eau dans les chutes du Niagara; on y gagnerait en les barrant et en faisant :sage de l’eau pour produire de l’énergie hydro-électriqne dechaque eôté”. Ce serait une proposition pratique. On pourrait la mettre à exécution; le fera-t-cn? Non. Pourquoi pas? Tout simplement parce que l'intérêt du prblic voyageur, et celui de notre population, qui vient admirer 4 grandeur naturelle que le Tout-Puissant nous a-donnée-et qu’il nous permet de conserver, s'y opposent. Je crois, monsieur, queles rapides du Long-Saait ont autant de droit à la conservation que les chutesdu Niagæa. Vous pourriez, peut-être, en prendre une partie-et-en permettre l'usage, mais, au moyen du public, vous ne devez pas les-détruire.

Pour revenir aux bateaux du Canada-et au transport par eau des marchandises canadiennes, je déclare qu’à ce sujet il y a des questions autrement importantes que eelles qui vous ont été présentées jusqu'ici. On cherche à construire ce canal entièrement sur le côté américain. Je suis très heureux d'apprendre, de la bouche de M. Kennedy, qu'il serait possible aussi—car les ingénieurs, depuis qu’ils ont bâti la tour de Babel, vous diront, pourvu que vous leur donniez assez d’argent—

Le PrÉsiDENT Gissows: On n’est pas encore d’accord sur le point de savoir s’il doit être entièrement sur le côté américain. Je dis que ce sont là des détails que nous ferions mieux de ne pas discuter.

M. CumBerLanND: J'ai cru que nous diseutions pour savoir s'il devait être entièrement sur le côté américain. On a dit qu'il passerait en territoire américain, et les lettres qui ont été déposées par différentes compagnies en font mention cumme devant être construit sur territoire américain ; et je dis qu’une telle proposition est maintenant soumise à la Commission. Je vais maintenant vous dire pour quelle raison. Il

est déclaré en ces lettres que l’on a fait une offre aux différentes compagnies de transport de passagers et de marchandises, et qu’elles auraient approuvé la construction d’une écluse sur le côté américain. C’est là une question qui nous a certainement été présentée. On leur en a promis l’usage complet, et c’est ce qui leur a fait modifier leur acceptation — comme l’a dit M. Kennedy, on a inséré dans le projet un ou deux “Si”. Combien de temps durera cet usage complet? Est-ce pour un jour ou à perpétuité? Qui a fait cette promesse d'usage complet? Une compagnie privée, et rien de plus.

Le PRésineNT GrBBoNs: Je ne veux pas vous interrompre, mais les écluses seront placées sous la juridiction des gouvernements respectifs, elles ne constitueront pas une possession pour des particuliers. La Commission ne permettra jamais, quel que soit le plan qui sera adopté, de laisser les écluses aux mains des particuliers.

M. CumBERLAND: Il me fait plaisir d'entendre ce quo vous venez de dire; mais avant que l’on donne un consentement formel à la dérivation de l’eau pour cette fin vers ce côté, il faudra autre chose. C’est bon de dire qu’un usage complet sera permis. Maintenant, mes amis qui font partie de la Commission me pardonneront, si je dis, en me plaçant au point de vue de la navigation, que la question dominante n’est pas l'offre d'usage complet de l’écluse. Savoir s’en servir, la permission d'en faire usage, sont des points beaucoup plus importants. On peut bien dire : “Servez-vous en”, mais quelqu'un peut s’interposer et dire: “Vous n’y passerez pas”.

Me permettra-t-on de rappeler quelques faits du passé a:ant trait à la navigation —uniquement pour dire que nous avons appris à sourire lorsqu'il s’agit des agissements du Bouvernement américain, et à les oublier, sauf à nous en servir de leçon, lorsque nous faisons avec lui une convention qui a rapport à l'avenir. En 1870, le seui canal cunstruit pour se rendre aux Grands lacs se trouvait en territoire américain, au Sault Ste Marie. Une petite difficulté survint au Nord-Ouest, et Lord Wolseley et ses soldats voulurent s'y rendre. Nous les embarquâmes sur des bateaux à vapeur à Sarnia et À Collingwood, et les conduistmes au Sault. Mais, on nous refusa de les laisser passer par le canal. Le passage fut interdit non seulement aux hommes, mais à toutes leurs provisions et munitions. 11 nous fallut les faire Passer, au moyen d’un autre bateau, par le canal du Sault, jusqu’à une autre extrémité du canal, à un endroit appelé Pointe aux Pins. Bien que le canal du côté Américain ne fût pas occupé, il nous fallut faire transporter du Sault Canadien jusqu’à Pointe aux Pins, hommes, bagages, munitions, vivres, et es faire embarquer sur un autre bateau. On ne tergiversa pas longtemps: nous construisimes notre propre canal; en bons enfants, nous en avons permis l'usage Pour toujours à tout le monde, sans excepter nos amis les Américains.

Je vous cite un autre exemple. En 1872 il fut promis, en vertu du traité de Washington, que les canaux des deux côtés serviraient indifféremment aux citoyens des deux nations. A-t-on jusqu’à présent permis à un seul bateau canadien de passer par le canal d’Erié? Non; pas un seul n’a pu y passer, car l’état de New-York—l'état dans lequel doit être creusé ce canal—n’a jamais permis aux bateaux canadiens l'entrée du canal de New York.

Le COMMISSAIRE CLINTON: Permettez-moi de vous interrompre. Nulle défense n’est faite aux vaisseaux américains ou canadiens, pouvant se servir de ce canal, d’y passer librement, sans péage.

M. CumsErLAND: J'espère que lorsque le canal aura été agrandi, pour donner passage à des navires d’un plus fort tonnage, nos amis Américains se montreront plus généreux.

Le Commissaire CLINroN: Je vous demande pardon. Nous n’avons jamais refusé le passage de ce canal aux bateaux du Canada. Mais vous parlez de vaisseaux; le canal ne peut recevoir que de petits bateaux d’un tirant de sept pieds.

M. CumserLanp: Vous avez raison; je sais cela. Me permettezvous de vous demander si une barge canadienne 2 la permission de passer par le canal Whiteball, dans ’état de New York?

Le CoMMissaIRE CLINTON: Je ne connais pas ce point.

M. CumserLann: Les canaux du Canada sont mis à la disposition de tout le monde; mais la même liberté n'existe pas dans ceux de l’état de New York. Voici un autre exemple. En vertu d’un arrangement conclu en 1872, une barge canadienne, qui prend une cargaison de planche à Ottawa, peut se rendre seulement jusqu'aux Etats-Unis, et non au-delà. 11 faut qu’elle y décharge sa cargaison et s’en retourne. Elle ne peut traverser la frontière par le canal de Whitehall et continuer sa route. Une barge américaine peut partir d’Albany et se rendre à Ottawa, prendre du bois canadien s’en retourner par les canaux canadiens et par les canaux américains. Nous accordons aux barges américaines liberté complète de passer en nos canaux, mais l’état de New York ne permet pas aux nôtres l'entrée du canal de Whitehall. Je ne cite ceci qu’à titre de bons exemples. De plus, en 1892—si j'ai bonne mémoire— le Canada imposait un péage sur les bateaux passant par le canal Welland. le même taux était perçu sur les bateaux canadiens et sur les bateaux américains, indistinetement. Nous avons eru qu’il serait de l'intérit de notre port de Montréal, que, orsque l'exportation du grain se ferait par la voie de Montréal, transporté des régions des laes supérieurs sur bateaux soit américains, soit canadiens, ces bateaux bénéficieraient d'une réduction de péage au canal Welland. Voilà ce qu’on appelle être généreux. Malheureusement, on n'a pas eu pour nous les mêmes égards. L'état du Michigan imposa un péage, au canal du S: ult Ste

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Marie, sur tous les bateaux canadiens, qui avaient précédemment passé librement et aux mêmes conditions que ceux des Américains. Je mentionne ces faits, monsieur, tout simplement pour vous montrer qu'ily a des choses qu’il ne faut pas passer sous silence, avant l'offre ou la promesse d’un usage libre des ouvrages proposés au Long-Sault. Ces points devront être réglés de façon que le droit d’usage soit fixé pour toujours. On nous traitait, au temps que j’ai mentionné, de voyageurs ou de coureurs des bois; mais, grâce aux relations plus amicales qui se sont développées depuis entre le Canada et les Etats-Unis ,je crois qu’il y aurait possibilité d'arriver à une entente, quant à ce qui regarde les droits de la navigation; mais non par l'intermédiaire d’une compagnie privée. Ces Compagnies privées qui offrent tous ces droits à ces messieurs se disant prêts à les accepter, ne pourront pas remplir leurs engagements. Elle peuvent bien dire: “Vous en aurez l’usage”, mais elles ne sauraient leur donner le droit de s'en servir, puisque ce sont les gouvernements seuls qui possèdent un pareil droit. Donc, c’est aux gouvernements, et non aux compagnies, qu’il faudra s'adresser. Voilà donc pour ce qui concerne le transport des marchandises. La Commission peut determiner la quantité d'eau qu'il faudra détourner pour les objets de ces canaux, mais elle ne peut nullement garantir la continuation de leur usage.

Quant à l'énergie électrique, je crois que nous pouvons conclure, par tout ce que nous avons vu et entendu, que c’est là l’objet principalcomme l’a fort bien dit M. Kennedy—avec la question du canal qui lui aété ajouté. Telle est le véritable but du projet. Je ne m’en étonne pas, puisque les ingénieurs ont déclaré qu’il y aura possibilité de produire 600,000 chevaux-vapeur. Je ne m'étonne pas que ceux qui cherchent à obtenir les avantages qui découlent de cette production emploient tous les moyens possibles pour arriver à leur fin. C’est un projet plus grandiose que celui d’endiguer les chutes du Niagara. On m'a dit que la production aux chutes serait de 450,000 chevaux-vapeur, ce qui n’est qu’une faible quantité en comparaison de celle que produira le Long- Sault. Les chutes du Niagara ne forment que les deux tiers de la dimension des rapides du Long-Sault. Rien de surprenant que l’on cherche à s'en emparer.

Le PRÉsIDExT Grepoxs: Je ne vous poserai qu’une question. Pensez-vous qu’il importerait de produire 600,000 chevaux-vapeur, étant donné que la chose fût possible, sans nuire à la navigation? Ou bien devrait-on laisser perdre cette ressource?

M. Cumsrrianp: Me posez-vous cette question ?

Le Présibexr GiBBoxs: Oui.

M. CumserLanp: Je réponds que vous pouvez en produire la quantité que vous voudrez, pourvu que vous sauvegardiez les droits de la

navigation. Je n’ai pas dit 600,000, mais le projet comporte qu’il sera possible d’arriver à ce chiffre: et dire que tout cela sera produit sur le côté américain. Une quantité plus petite sera développée sur le côté canadien, environ 100,000; il y sera construit aussi un petit canal et une usine génératrice de petite dimension. Je suis heureux de penser qu’il y a possibilité de créer une minime quantité d’énergie électrique dans ce voisinage; et ces compagnies privées ont dit—et il est évident qu’elles ont influencé l'opinion des habitants de Brockville et de Cornwall — “nous vous fournirons toute l'énergie électrique dont vous aurez besoin”. Peuvent-elles le faire? Elles en sont incapables. Qui dit qu’elles le feront ou qu’elles ne le feront pas? Le gouvernement Américain. On me fait savoir que jusqu’à présent il n’a été conféré aucune autorité pour l'exporter. Au moment où ces offres sont faites à Brockville et à Cornwall et aux autres villes, et au Canada, les compagnies n’ont reçu aucun droit d'exporter pas même le plus petit cheval-vapeur électrique du côté américain au côté canadien, pas un. Que vaut donc cette offre? Tout dépend entièrement du gouvernement; donc, il faut en revenir au gouvernement. Maintenant, supposons que cette force soit produite sur le côté canadien, et que nous puissions la produire toute, nous ne pourrions pas obtenir le droit absolu de l'exporter à l'état de New York. Il arrive aujourd’hui que l'excédent de la force produite aux chutes Niagara se trouve de notre côté. Quelle sorte d’auorité avons-nous pour l'exporter aux Etats-Unis? Pouvons-nous le ‘aire pendant un an? Non. Pendant un jour? Non. Tout ce que l’on peut obtenir, c’est un permis révocable, sujet à révocation en tout temps. Donc, telle étant la situation, le premier point à régler ne consiste pas à savoir comment sera produite cette force, ou qui devra la produire; mais comment en disposer, une fois qu’elle sera créée. Il me semble que ce sont là des points essentiels. Rappelez-vous qu’il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui, mais de l’avenir du Canada. Je déclare donc qu’il faut tout d’abord régler la question de l’usage de l’eau; ensuite la manière de s’en servir; et, enfin, savoir qui en aura l’entreprise.

Je désire maintenant dire un mot à mes amis des Etats-Unis et aux Canadiens, sur le sujet général. Je me place non pas au point de vue de la navigation, ni d’un intérêt particulier quelconque, mais je me fais le représentant de toute la population des deux pays. Je traite de la proposition en son sens général, telle qu’elle est devant nous. Il peut se faire qu’il y a quelques années, on ait eu quelque raison—qui n'existe plus aujourd’hui—de partager cette force hydraulique avec une compagnie de production d'énergie électrique, il n’y a rien en cette proposition qui avancera cette compagnie d’un iota. Pourquoi cette hâte après que le sujet est resté en suspens si longtemps? Pourquoi remarquons-nous tant d’agitations parmi les municipalités qui ont été invitées

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à se faire représenter ici? Nous ne voyons pas que l’on étudie ces changements avec la Commission, mais en dehors d’elle. Pourquoi achète-ton les opposants, et fait-on des arrangements avec ceux qui étaient les adversaires du projet par intérêt pour leur commerce? Quelle est le moteur de tout ceci? Parce que nos amis, les promoteurs, se sont collé l'oreille à terre, tout en tenant un œil ouvert vers le ciel (rires), et ils entendent et ils voient ce qui se fait. D’une extrémité à l’autre de la République Américaine, l’état des esprits est plus agité que jamais sur la conservation des ressources naturelles du pays. Rien n’est plus apparent que ce qui stimule aujourd’hui la population américaine en faveur de la conservation des ressources naturelles, telles que celle de la terre et de l’eau, pour le bénéfice de cette population, qui cherche à les empêcher de tomber dans les mains de ceux qu’elle traite habituellement de “‘barons’”’—il y a les barons du bœuf, les barons de la houille, les barons de l’eau, les barons de l'électricité. Je n’invente pas ces expressions, je les cite, elles ont été employées aux Etats-Unis, depuis que ce projet vous a été présenté la première fois.

Le PRÉSIDENT GiBBons: Vous pouvez nous appeler tous ‘barons’.

M. CumBEerLAND: Il s’est créé ici un impression et je tiens à dire que votre devoir et vos intérêts comme Commission, sont ceux du peuple en général. Il ne s’agit pas de considérer s’il est faisable de concéder les ressources naturelles à une corporation privée, mais de conserver, de tout votre pouvoir, le droit publie pour le public. La-même question a été agitée au Canada, après qu’elle 2 été soulevée aux Etats-Unis. Je suis heureux de dire que nous suivons leur exemple sous ce rapport, et la conservation des ressources naturelles devient maintenant une questions dominante chez nous. Vous avez devant vous le rapport du comité exécutif de la Commission Canadienne de la Conservation. Je déclare donc qu’en étudiant ce sujet vous devez le traiter, non pas comme un projet privé, mais comme une proposition qui tend à dépouiller le publie de ses droits. Le temps est venu d'arrêter le vol et l’aliénation des droits et des ressources du peuple. Jamais je ne pourrai admettre que les représentants du public auront l’audace de braver l'opinion publique et de proposer d’aliéner à quelques individus les droits qui appartiennent en propre à ce public. Le peuple est le propriétaire des eaux: c’est à lui qu’appartient la force hydraulique, et c’est à lui seul-que la Commission, qui le représente, doit remettre tous ses droits. (Applaudissements).

M. Mereprru: Monsieur le Président, messieurs, je n‘ai qu’un mot à dire. Ce que je me proposais de vous exposer est effacé par le fait que vous, M. le Président qui, je crois, parlez au nom de la Commission, avez déclaré que ce que vous vous proposez de faire maintenant est de savoir si un projet quelconque—je n’entends pas celui-ci en particulier, mais un projet quel qu’il soit—est réalisable. C'est-à-dire que, étant

donné qu’un projet quelconque sera jugé réalisable, les plans vous seront soumis et les promoteurs viendront à vous.

Le Présidenr GiBBoNs: Nous allons leur recommander de revenir. Nous n’avons pas le pouvoir de décider cette question; mais telle sera la recommandation, que toute la Commission approuve, je crois—que nul projet ne sera adopté sans l'approbation de la Commission.

Le Commissarre CLinTon: C’est pratiquement une des conditions de la recommandation.

M. Mergoiru: Voici ce que je tiens à savoir: je comprends que, lorsque les plans seront soumis à votre étude, les personnes qui se croient intéressées au sujet auront l’avantage de se présenter devant vous et de vous exprimer leurs vues sur ces plans; ai-je raison?

Le PrésipenT GiBBons: Oui.

M. Meneorrm: La seule autre vue que l’on m’a chargé de vous présenter est celle-ci: si vous jugez qu’un projet quelconque peut être réalisable, veuiliez ne pas oublier l'opinion de la Shipping Federation du Canada: cette Fédération demande que le projet adopté devra être exécuté et exploité par les gouvernements respectifs qui sont les propriétaires des eaux du fleuve et de son lit; que la concession à perpétuité de ces droits si étendus à des particuliers, quelque estime que nous puissions avoir à leur égard, sera une injustice inqualifiable faite aux deux pays. Telle est l'opinion que j’ai mission de vous présenter; c’est la seule, à part celle de vous demander de considérer les plans.

M. R. C. Smiru: M. le Président, messieurs. Je suppose que je puis dire maintenant pour quelle raison je suis ici. Quand quelqu'un se présente et déclare en toute franchise qu’il représente des intérêts privés, c’est, on peut le dire, un homme condamné d'avance. Mais prenez la chose telle qu’elle est, et voyez quels intérêts financiers actuellement en jeu seraient paralysés. Tout d’abord, laissez-moi vous dire que la déclaration faite, à l’ouverture de ces séances, que le représentant de la ville de Montréal était ici pour défendre secrètement les intérêts de la Montreal Light, Heat & Power Company, était purement gratuite, purement imaginaire. Nimes amis M. Meredith et M. Lafleur, ni moi-même n’avons le moindre rapport avec la Light, Heat & Power Company de Montréal; et essayer de porter préjudice à cette compagnie, à 250 milles de distance, n’était certainement pas une bonne note pour les arguments avancés en faveur d’un si grand projet. C’est peut-être une indication de la pénurie des raisons employées pour le défendre. Je veux répondre à une chose qui a été dite, ou plutôt suggérée ici par quelques-uns. On a dit que les résidants des environs du Long-Sault réclament de l'énergie électrique, qu’il leur en faut absolument. La St. Laurence Company à inséré en son dernier rapport qu'elle pourrait produire 3,000 chevauxvapeur de plus, à Cornwall même, pour lesquels elle n’a aucune demande.

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Il y a de la force à Merrickville, à Morrisburg, partout. En outre, nous avons la déclaration officielle et sans réplique de M. Beck, membre du gouvernement de l'Ontario, portant que le gouvernement a offert de l'énergie électrique à toutes ces municipalités: qu’il est prêt à la fournir, non pas au prix mentionné par cette Compagnie, mais à un taux beaucoup moindre. Donc, tout le bruit et les clameurs, ainsi que les discours qui ont créé un peu de sensation en cette salle, sont tout à fait hors de question; car je soutiens que M. Beck les a complètement et autoritairement réduits à néant devant cette Commission.

Le PRÉSIDENT GiBBons: M. Smith, voulez-vous me permettre de dire un mot—car je fais aussi bien d’en finir avec cette question. En admettant qu’il n'existe pas de demande immédiate, une Commission Internationa e peut-elle refuser la permission de produire de la force hydraulique, s’il y en a nécessité de l’autre côté de la frontière, en supposant que nul n’en demande ici? Prenez ce point de vue et dites-moi ce que vous allez répondre.

M. R. C. Surrn: Je suis enchanté d’avoir à répondre à ce que désire le Président, il vient de m’ouvrir un vaste champ. Toutes ces questions internationales doivent être traitées avec une grande courtoisie, je dirai plus, avec délicatesse. Mais, puisque j'aurai occasion de revenir plus d’une fois sur ces questions internationales, je puis dire maintenant que je n’ai pas regret d’avoir proféré de telles paroles, car j'ai confiance aux hommes qui sont ici, ils occupent des places distinguées dans le monde des affaires; inutile pour eux de prendre des gants blancs pour discuter les questions internationales qu’ils ont devant eux. Donc, tout ce que je vais dire s’adressera plutôt aux membres Américains qu'aux membres Canadiens de la Commission. Si vous considérez, dans les recommandations présentées au gouvernement, le besoin de force électrique que l'on propose de produire, alors je dirai, le plus poliment possible, que la Section Canadienne de la Commission Internationale des Eaux Limitrophes devra étudier les besoins du Canada dans le voisinage de cette production.

Le PRÉsiDENT GiBBoxs: Naturellement,

M. R. C. Suiru: Je ne tiens pas à exercer aucune pression sut votre jugement. Loin de moi la pensée de vous tracer une ligne de conduite: je ne prétends pas même suggérer que cette question exerce une influence dominante, mais je dis que la Section Canadienne devrait tenir compte de sa valeur, avant de préparer sa recommandation. Si, sur examen, il est trouvé qu’il n'existe aucune demande de force électrique, où qu'une telle force est nécessaire, mais peut être fournie par l’exrédent produit actuellement, ou par ce qu’il est possible de créer, dans la localité même, je déclare alors qu'il importerait, en tous cas, de ne pas laisser ce sujet dans l'ombre.

Permettez-moi maintenant de vous parler au nom de la Richelieu & Ontario Navigation Company. Si j'avais préparé quelques notes, je serais tenté de croire que M. Cumberland me les aurait dérobées, car il a présenté et élaboré la cause de cette compagnie beaucoup plus puissamment et avec plus de dextérité que je n'aurais su le faire. Les rapides du Long-Sault ont été traversés en bateaux depuis 1843. La Richelieu & Ontario Navigation Company, après des débuts très humbles, est aujourd’hui la plus puissante compagnie de navigation de l'intérieur du pays. Son capital est de cinq millions de dollars, et elle possède des navires qui certainement figurent avec avantage parmi les autres. Mlle a grandement perfectionné son service, dépensé d'énormes sommes d’argent pour annoncer la route du St. Laurent dans tout le pays et ailleurs, même jusqu’en Europe. C’est facile de faire fi de tout cela et de dire: il ne faut pas que nous laissions ‘sauter les rapides’ au détriment du développement des industries. Je suppose, monsieur, que nous devrons courber la tête et laisser le chariot de Juggernaut niveler tout ce qui est pittoresque et qui nous fait éprouver quelques sensations agréables au cours de la vie. Je suppose que l’on se servira bientôt de toutes nos belles cascades, et que l’on sacrifiera tout ce qui est beau, à la production de cette énergie hydro-électrique. Mais, je ne m’arrêterai pas à cette considération; je vais me placer à un autre point de vue. Nous trouvons, en relevant la statistique, que ce commerce, développé graduellement par la Richelieu & Ontario Navigation Company, attire plus de 50,000 personnes chaque année en ce pays, que ces personnes ont dépensé de $2,750,000 à $3,000,000 parmi nos gens d’affaires. Elles ont dépensé $3,000,000 dont notre pays a bénéficié. Je dis, en conséquence, que ceci mérite considération. Vous avez répété à foison que les droits de la navigation priment tout. Tout se réduit à ceci: nous avons maintenant un chenal naturel; on vous demande de le remplacer par un artificiel. On s'efforce de vous convaincre que le nouvel état de choses ne constituera pas un obstacle à la navigation; et, immédiatement après, mon savant ami, M. McCarthy, vous a dit, avec son éloquence bien connue, que ‘‘cette écluse sera la plus grande écluse ascenseur qui soit au monde’; que la Development Company attirera des curieux de toutes les parties du continent pour venir admirer cette puissante écluse, plus élevée qu'aucune de celles qui aient jamais été construites.

Permettez-moi de me rapporter incidemment à un autre sujet. À. Calvin a dit hier avec grande clarté et beaucoup de franchise, qu'on l'avait désintéressé; que lui, représentant les intérêts du flottage, avait été—puis-j" me servir d’une expression vulgaire— ‘Squared’? réglé. (Rires.)

M. McCartay: Parlez-vous de bois?

M. R. C. Surra: Je ne parle pas de bois équarri, Not square timber (Rires). En tous cas, M. Calvin est venu ici, et il vous a dit—

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ent du levrons ce qui réables tes nos duction à cette ouvons, lement * 50,000 ensé de dépensé que ceci ts de la ntenant rtificiel.

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Le PRÉSIDENT GiBBoNs: C’est une question de vol ge, deals.

M. R. C. Surru: Je ne veux pourtant pas vous parler de roulage de billes—log-rolling—(Rires)—toujours est-il que M. Calvin vous a déclaré ici qu’il avait fait un contrat, et que l'encre était À peine sèche sur le papier, que cette corporation commerciale avait consenti à le dédommager de toutes ses pertes. Je veux maintenant vous dire ceci, ou vous demander ceci; ont-ils du même coup—

Le PRÉSIDENT GiBBons: Réglé les vôtres, fiz you? (Rires prolongés).

M R. C. Smith: Voilà, je crois, une des meilleures questions posées par le Président aujourd’hui. (Rires). Je n’allais pas vous demander si j'avais été réglé, mais je voulais vous poser cette question: cette corporation a-t-elle pris les mesures voulues pour dédommager tous les autres intéressés, lorsque les billes de M. Calvin et lorsque les trains de bois de M. Calvin, et les trains de bois de tous les autres seront glissés par cette écluse? On n’a pas dit à M. Calvin, ‘“‘vous allez quitter votre commerce”. On continuera encore l'exploitation du bois: le fleuve descendra encore des trains de bois, et ceux de M. Calvin et ceux de tous les autres flotteurs de bois passeront par cette écluse unique, la plus grande qui sera au monde, et quand nos bateaux à vapeur arriveront aux portes de l’écluse, et que les trains de bois de M. Calvin, ou ceux d'un autre, seront de passage dans l’écluse, il leur faudra attendre. A-t-on songé à nous indemniser pour ce retardement? Pas du tout. Je dis, m'appuyant sur le fait que cette corporation a convenu de dédommager M. Calvin, qu’elle a admis devant cette Commission qu’elle est tenue d’indemniser les autres intérêts qu’elle aura lésés.

M. McCartuy: Vous avez dit c'était déjà réglé ‘‘square’’?

M. R. C. Surru: Je voulais dire qu’elle devait dédommager les autres intéressés. Elle en reconnaît l'obligation: mais je dis qu’en agissant de la sorte, et en régiant M. Calvin, elle ne rend pas cette route de transport plus commode ni plus rapide ou expéditive pour ma compagnie et Pour ceux qui en font usage. Autre chose. Cette route que nous avons suivie, et qui est libre, sans obstruction, passe par des eaux internationales. Une petite partie de cette voie, à l'endroit où le fleuve forme coude, se trouve entièrement sur territoire américain, mais lorsque cette route suit les eaux internationales, elle est libre de toute obstruction. On propose maintenint de remplacer cette voie libre par une seule écluse,

située tout entière en territoire américain. Cette écluse se trouve non seulement sur le côté américain, et propriété du gouvernement des Etats-Unis, nous dit-on, mais les ouvrages de régulation et de commande, se rattachant à cette entreprise de production de force hydraulique, — totalement construits aux Etats-Unis.

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