‹ Rapport général présenté par M. Thiers au nom de la Commission de l'assistance et de la prévoyance publiques dans la séance du 26 janvier 1850Chapitre 2 sur 14 · I>F. I,’ ASSISTANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

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les devoirs que la Constitution , que la situation du pays, que votre propre humanité vous imposent, il fallait ne reculer devant aucune difficulté, et votre Commission, prenant, soit dans les créations du passé, soit dans les inventions du jour, l’exemple des diverses manières d’aider le travail, de diminuer la misère, les a soumises toutes à un examen préalable, et approfondi quoique préalable, pour choisir entre celles qui lui paraîtraient sensées, fécondes en résultats, conformes aux vrais principes sociaux , compatibles avec le bon état des finances, et celles au contraire qui lui sembleraient chimériques, ruineuses, antisociales, stériles enfin parce qu’elles seraient impraticables. Cette séparation entrale vrai et le faux, le possible et l’impossible, exigeait, outre un sentiment d’humanité très-sincère, une solide connaissance des principes sociaux, et votre Commission a employé tout ce qu’elle avait de lumières, consacré tout ce qu’elle pouvait donner d’attention , à remplir sa difficile tâche. Elle a passé en revue, nous osons le dire, l’organisation sociale tout entière; elle a parcouru la longue et douloureuse chaîne des misères humaines, pour chercher les moyens légitimes et efficaces de secourir le peuple, et d’améliorer son sort. Elle a ainsi, par un examen général , déclaré quels étaient à ses yeux les moyens admissibles, et ceux qu’elle ne ju-

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geail pas lels. Elle a rangé dans les moyens admissibles, non-seulement ceux qu’elle considérait comme incontestablement bons et praticables, mais ceux même qui n’étaient que spécieux, pourvu qu’ils ne présentassent pas un caractère antisocial, attentatoire à la liberté , à la propriété , à la richesse publique. Une fois reconnus bons ou seulement spécieux, elle les a renvoyés à des sous-commissions, pour les examiner en détail, pourcn proposer l’amélioration s’ils étaient déjà employés par la bienfaisance humaine, qui heureusement n’est pas d’hier, ou en proposer l’introduction s’ils n’avaipnt pas encore été mis en pratique. Quant à ceux qu’elle a reconnus inadmissibles, soit qu’ils fussent innocemment ou astucieusement chimériques, elle les a ondamnés d’une manière formelle, comme faux, indignes d’être essayés dans un pays moral et libre. Votre Commission a ensuite entrepris l’œuvre difficile de coordonner entre eux, de ramener à un ensemble commun les moyens qu’elle considérait comme admissibles, après vous en avoir proposé soit l’amélioration, soit l’introduction, selon qu’ils seraient anciens ou nouveaux. C’est à quoi elle travaille depuis que son examen général estachevé! Mais elle a pensé que pendant qu’elle serait livrée avec application et patience aune œuvre de détail, nécessairement longue, elle devait ne pas vous laisser dans l’ignorance de ses travaux , et vous faire connaître les

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PRINCIPES GENERAUX

principes qui l’avaient guidée, l’ensemble qu’elle avait conçu, afin que vous puissiez ou l’encourager par votre approbation si vous partagez sa manière de voir, ou la redresser si elle s’est méprise en quelques points seulement, ou l’arrêter sur-le-champ si vous jugez qu’elle se soit radicalement trompée. C’est un architecte qui vous soumet son plan avant que vous en décidiez l’adoption. Si le plan est bon , il faut l’adopter; s’il n’est que défectueux en quelque partie, il faut le rectifier; il faut le condamner tout à fait s’il est mauvais. C'est ce jugement, Messieurs, que la Commission m’a chargé de venir solliciterauprès de vous. D’autres rapporteurs viendront vous soumettre chaque question particulière; je suis chargé quant à moi de vous soumettre la question générale. C’est ce que je vais essayer de faire le plus brièvement qu’il me sera possible.

PRINCIPES GÉNÉRAUX

Pour s entendre il importe , dans la matière qui nous occupe comme dans toute autre , de poser quelques principes généraux , et de les poser solidement.

Ce qu’on appelle aujourd’hui l’assistance, et ce que dans tous les temps on a nommé la bienfaisance, est assurément la plus belle, la plus noble, la plus

DE l'assistance PCBL1QCE.

attachante des vertus, tant de l’homme que delà société. De même que l’individu ne saurait trop s’v livrer, l’État non plus ne saurait trop la pratiquer. Mais il y a cette différence entre l'un et l’autre, que l’individu agit avec ses propres deniers, et que l’État au contraire agit avec les deniers de tous, avec ceux du pauvre comme avec ceux du riche , et que si pour l’individu , il n’v a d’autre conseil à suivre que celui de donner le plus possible, pour l’État au contraire il faut recourir aux principes de la justice distributive, et examiner si en donnant aux uns il ne prend pas aux autres, si , en un mot, il ne manque pas aux règles d’une bonne et équitable administration. Si donc il n’y a d’autre limite à poser à la bienfaisance de l’individu que son propre penchant à faire le bien, pour l’État il y a des limites précises à tracer, et ces limites il faut les chercher dans les principes de la justice et de la raison. Ce sont ceux que nous allons essayer d'établir ici.

Le principe fondamental de toute société, c’est que chaque homme est chargé de pourvoir luimême à ses besoins et à ceux de sa famille, par ses ressources acquises ou transmises. Sans ce principe toute activité cesserait dans une société, car si l’homme pouvait compter sur un autre travail que le sien pour subsister, il s’en reposerait volontiers sur autrui des soins et des difficultés de la vie. Dans les pays où des couvents trop nombreux multi-

PRINCIPES GENERAUX

pliaient l’aumône, comme autrefois en Espagne, la charité exercée sans prudence engendrait la mendicité. Ce sont là des faits certains, hors de contestation pour les hommes éclairés.

Cependant Dieu dans le plan sublime de la création, a mêlé toutes choses sans confusion , et avec une harmonie qu’on admire toujours davantage quand on s’applique à y pénétrer. L'homme qu’il a doué de tant de facultés physiques et morales, qu’il a pourvu de tous les moyens de dominer la nature, de dompter les animaux pour ajouter leur force à la sienne , de traverser les mers sur des machines colossales que les vents ni les flots n’arrétent, l’homme, cet être si parfait que Dieu, dit-on, l’a créé à son image, Dieu a mis en lui la faiblesse à côté de la force, la maladie à côté de la santé, l’enfance avant l’âge mûr, la vieillesse après. 11 a divisé sa race en deux sexes, l’un faible, l’autre fort, et l’a constitué de telle sorte que cet être si puissant est quelquefois le plus débile des animaux, le plus incapable de se nourrir, de se défendre, d’exister avec ses propres moyens. Mais Dieu ne l’a pas laissé dépourvu, parce que dans certaines circonstances il l’a rendu malade et impotent. Il a en effet placé dans son âme des qualités morales qui le dédommagent amplement de ses infirmités physiques. Il a placé dans sou cœurla sympathie, la bonté, la bienfaisance, peu importe le nom donnéà cette vertu, vertu charmante, qui

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