ASSOCIATIONS OUVRIÈRES
dit individuellement à des ouvriers, on le pourrait peut-être en les associant entre eux, et qu'nlors au lieu de faire la fortune d’un patron, ils feraient la leur, en travaillant sous un nom collectif. Cette invention est digne de celles que nous avons vues naître depuis quelques années en dehors de toutes les notions du bon sens et de la pratique.
La première question qui se présente est celle de savoir à quelle source on puiserait le capital de ces associations. Ce qu’on appelle le crédit, c’est-à-dire l’escompte , s’accorde à des établissements déjà existants, ayant réussi, ayant inspiré confiance par leur manière de se comporter, et d'acquitter leurs engagements. Alors des banquiers ou des banques, en escomptant leur papier, leur procurent certaines facilités pour le mouvement journalier de leurs affaires. Mais il n’y a pas d’établissement de crédit , il n’y a pas de banque, qui, à moins de folie, pourrait exister sur le principe d’accorder le capital de fondation à dos entreprises industrielles. Ce capital, condamné à périr si une entreprise ne réussit pas, doit être fourni ou par un commanditaire, ou par des actionnaires qui veulent en courir la chance, dans une espérance de gain plus souvent trompée que réalisée. Mais nous le demanderons, qui fournira jamais ce capital de fondation à une entreprise collective, à une association? Assurément personne. Qu’on essaie, en effet, de créer des associations
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outre ouvriers, qu’ou fosse courir des prospectus, et on verra si des actionnaires se présenteront pour leur fournir ce capital passible de toutes les pertes! Des associations de ce genre il n’y a qu’un capitaliste capable de les commanditer; il n’y en a qu’un auquel on conseillerait une aussi grande duperie, et ce capitaliste, c’est l’État. Aussi lorsque cette étrange combinaison des associations ouvribres s’est offerte aux esprits inexpérimentés , on a demandé à l’État la somme nécessaire pour leur premier établissement, et l’Assemblée constituante a voté trois millions pour cet objet. 11 ne faut pas calomnier cette Assemblée , qui a fait preuve en plus d’une occasion d’un grand courage et de beaucoup de lumières; il ne faut pas la calomuier en supposant qu’elle aurait pu méconnaître ce qu’il y avait d’injuste et de déraisonnable à prendre dans la bourse des contribuables de quoi fournir à certaines classes le moyen de spéculer sur telle ou telle industrie; à demander par exemple au paysan qui gagne 30 sous par jour, de quoi fournir à des ouvriers mécaniciens qui gagnent 5 et C francs, le moyen de spéculer sur la fabrication d’une locomotive. L’Assemblée constituante a parfaitement senti qu'une telle manière d’agir, tentée autrement que comme essai, comme mesure propre à éclaircir une question économique, serait impossible en droit
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et en fait; el elle a entendu, en fournissant tout ou partie du capital à certaines associations, leur fournir la faculté de s’étahlir, et de montrer ce dont elles seraient capables. A ce titre elle a bien et sagement fait, et nous l’approuvons entièrement.
Les vérités qui sortiront de cette expérience valent bien les trois millions qu’elles auront coûtés, et à notre avis beaucoup plus. Nous aurions volontiers accordé des fonds plus considérables s’il l’avait fallu pour accomplir une expérience aussi importante. Quoi qu’il en soit, la question du capital de fondation restant insoluble dans tous les cas, car on ne peut pas admettre que l’État le fournirait! on a voulu expérimenter quelle serait de la part des associations collectives leur manière de se conduire. L’épreuve n’est pas achevée, mais déjà on peut l'affirmer , elle vérifiera les prévisions de tous les hommes sensés. Ce n’est pas en effet sans motif que les capitaux sont disposés à se refuser à des associations d’ouvriers, pour ne se donner qu’à des maîtres entreprenant une industrie quelconque avec l’activité, la sollicitude, l’uuité d’action de l'intérêt individuel. Les motifs de ce refus sont fondés non pas sur un certain éloignement pour les ouvriers, car les mêmes capitaux qui se refuseraient à des ouvriers associés , se donneraient à un ouvrier habile, qui agirait comme maître; ils sont fondés sur l’incapacité naturelle d’une
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association de celte nature. Une collection d’ouvriers ne saurait être pour elle-inéme, ni vigilante, ni sévère, ni forte en volonté, ni économe, ni éclairée, conimo il faut l’être pour diriger avec succès une entreprise industrielle. Un maître qui ne peut pas renvoyer des ouvriers, différencier leur salaire d’après leur mérite, les obliger à travailler avec telle ou telle activité, prendre ses résolutions à lui seul et à l’instant, ne saurait prospérer. Les associations ouvrières ne sont autre chose que l’anarchie dans l’industrie. Les faits qui se passent actuellement en seront bientôt la démonstration la plus palpable. Votre Commission se prononce, bien entendu, contre toute idée de prélever le capital des associations ouvrières sur les deniers de l’État; elle se prononce à cet égard avec la plus extrême énergie, comme on le doit contre une idée subversive de toute justice. Mais elle déclare , en outre, qu’elle ne croit pas à des collections d’individus les propriétés nécessaires pour l’exploitation d’une industrie quelconque. Toutefois , une expérience est commencée dans une intention que votre Commission approuve, et elle est d’avis de la poursuivre jusqu’à l’absorption entière du capital déjà voté.
S’il n’est pas possible de procurer à tous les ouvriers le moyen de devenir entrepreneurs en leur fournissant des capitaux, car le crédit ne peut pas les aller chercher tous, et d’ailleurs il n’y aurait
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plus d’ouvriers, tous étant devenus maîtres; s’il n’est pas possible non plus de leur procurer collectivement ce qu’on no peut pas leur fournir individuellement par la difticulté de faire prospérer les entreprises collectives, il n’en est pas moins vrai, il faut le redire sans cesse, qu’il existe pour eux des moyens de s’élever, puisqu’ils s’élèvent souvent aux plus hautes fortunes, en commençant à l’aide du travail à la tâche par être de petits entrepreneurs spéculant avec les capitaux de leurs maîtres, et en finissant à l’aide de l’économie par devenir de grands entrepreneurs spéculant avec leurs propres capitaux, ce qui les conduit infailliblement à la richesse si leur intelligence est an niveau de leur ambition. Tous ne pouvant s’élever, il faut bien que ce soient les plus intelligents qui s’élèvent, et le moyen n'est pas de procurer le crédit à tous, parce que la confiance ne peut se donner à tous, mais aux plus habiles, ce qui se fait de la manière la plus simple, de proche à proche, par la confiance inspirée au maître qui les connaît, puis au capitaliste qui les a vus prospérer. Le crédit universel , c’est l’impossible. Le crédit aux ouvriers associés c’est l’impossible aussi, avec une conséquence de plus, l’étouffement du génie individuel , car le principe de toute association serait, s’il y avait du bénéfice, de se le partager également sans distinction de mérite. S’il y a quelque chose que l’ouvrier de génie dftt re-
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douter, ce serait l’association dans laquelle il périrait étouffé, et sacrifié à la médiocrité.
Mais si l’ouvrier, dans son âge mûr, doit s’élever tout seul , et s’il en a les moyens , est-ce à dire que , dans aucun cas , la société ne puisse rien eu sa faveur, et qu’elle n'ait pas à étendre sur lui sa prévoyance et même sa bienfaisance? nous sommes loin d’avancer une telle assertion. Seulement il faut soigneusement distinguer les cas, si on ne veut pas s’exposer à sortir des vrais principes sociaux. Ainsi nous n’admettons pas que l’État doive fournir des capitaux à l’ouvrier ou au paysan, pour procurer à l’un le moyen de devenir entrepreneur, à l’autre le moyen de devenir propriétaire , car il prendrait ordinairement au plus pauvre pour donner au moins pauvre, car la société serait un état de confusion, où le tien, le mien n’existeraient plus. Mais si nous n’admettons pas cette folle manière d’intervenir de la part de l’État, il est une intervention accidentelle, rare, volontaire comme la bienfaisance, n’entraînant ni confusion de biens, ni engagement téméraire, ni ruine du trésor public, c’est celle qui consiste, par exemple, à secourir une localité ou uue industrie exceptionnellement frappées d’un fléau. Qu’ime ville soit livrée aux flammes , ou bien une contrée à l’inondation , la bienfaisance privée s’émeut , se met à l’œuvre, et soulage individuellement beaucoup de